
Fille Rejétée? Non ! L'héritière d'un empire !
Chapitre 3
Chapitre 3
Les roues de la berline noire glissaient silencieusement sur l'asphalte mouillé. À travers la vitre, les lumières de la ville défilaient dans un flou irréel. Sienna restait figée, incapable de détacher son regard des documents posés sur ses genoux. Chaque ligne confirmait ce que James lui avait révélé.
Elle était une Caldwell.
L'héritière d'un empire.
- Tout va bien ?
La voix de James la tira de ses pensées. Il était assis en face d'elle, un verre de whisky à la main, l'air calme, presque détaché.
- Je... Je ne sais pas, répondit-elle, sa propre voix étranglée par l'émotion.
- C'est beaucoup à assimiler, j'en ai conscience.
Beaucoup ? Ce mot était bien trop faible. Quelques heures plus tôt, elle était une femme trahie, humiliée, dépossédée de tout. Et maintenant, elle roulait dans une voiture de luxe vers un manoir appartenant à une famille qu'elle n'avait jamais connue.
- Où allons-nous ? demanda-t-elle.
James posa son verre et croisa les doigts.
- Au manoir Caldwell. Ta grand-mère t'y attend.
Sienna fronça les sourcils.
- Ma grand-mère ?
- Eleanor Caldwell. La femme la plus puissante que tu auras l'occasion de rencontrer.
Le ton de James était teinté de respect, mais aussi d'une certaine appréhension.
- Et elle savait... qu'elle avait une petite-fille ?
James détourna légèrement le regard.
- Elle l'a toujours su.
Sienna sentit une colère sourde monter en elle.
- Alors pourquoi m'avoir laissée avec les Whitmore ? Pourquoi m'avoir abandonnée ?
Il soupira.
- Ce n'est pas aussi simple, Sienna.
- Oh, vraiment ? ironisa-t-elle.
Elle serra les dents, essayant de contenir le flot d'émotions contradictoires qui menaçait de la submerger.
La voiture ralentit, puis tourna dans une allée bordée d'arbres centenaires. L'obscurité de la nuit ne parvenait pas à masquer l'imposante silhouette du manoir qui se dressait devant eux.
Un monstre de pierre et de verre, majestueux et intimidant.
- Bienvenue chez toi, murmura James.
Sienna ne répondit rien.
Le chauffeur descendit et ouvrit la portière. L'air nocturne était chargé d'humidité et de l'odeur de la terre mouillée. Elle inspira profondément avant de sortir.
La façade du manoir était éclairée par des projecteurs, mettant en valeur ses colonnes imposantes et ses larges fenêtres aux rideaux tirés. Deux immenses portes en bois sculpté se dressaient devant elle.
- N'aie pas peur, dit James en posant une main légère sur son bras.
Elle releva le menton.
- Je n'ai pas peur.
C'était un mensonge, bien sûr. Mais elle refusait de le montrer.
Les portes s'ouvrirent avant qu'elle n'ait eu le temps de frapper. Un majordome à l'allure sévère s'inclina légèrement.
- Monsieur Caldwell. Mademoiselle Sienna.
Elle fronça les sourcils.
- Vous connaissiez mon nom ?
Le majordome esquissa un sourire discret.
- Nous attendions votre arrivée.
Un frisson parcourut sa colonne vertébrale.
James posa une main sur son dos et la guida à l'intérieur.
Le hall d'entrée était encore plus impressionnant que l'extérieur du manoir. Un immense lustre en cristal pendait au plafond, projetant une lumière dorée sur le marbre noir et blanc. De grandes toiles de maîtres ornaient les murs, et un escalier monumental se divisait en deux ailes menant à l'étage supérieur.
Tout respirait la richesse, l'opulence, mais aussi une certaine froideur.
- Suivez-moi, dit le majordome.
Sienna se raidit, mais le suivit malgré tout. James marchait à côté d'elle, silencieux.
Ils passèrent sous une arche menant à un salon aux proportions démesurées. Des fauteuils en velours bordeaux, une cheminée où crépitaient encore quelques braises, des bibliothèques remplies de livres anciens.
Et au centre de la pièce, assise dans un fauteuil sculpté, une femme.
Eleanor Caldwell.
Elle était vêtue d'une robe en soie bleu nuit, son port altier renforcé par un collier de perles qui brillait sous la lumière tamisée. Ses cheveux argentés étaient impeccablement coiffés en un chignon serré. Mais ce furent ses yeux qui captèrent immédiatement l'attention de Sienna.
Froids. Perçants.
Des yeux qui ne laissaient rien transparaître.
La femme tapota légèrement l'accoudoir de son fauteuil avant de prendre la parole.
- Approche.
Sienna resta figée.
Tout en cette femme respirait l'autorité. L'assurance de ceux qui ne se justifient jamais.
James posa une main légère sur son bras en guise d'encouragement.
Elle s'avança lentement.
Lorsqu'elle fut assez proche, Eleanor l'observa attentivement, comme si elle analysait chaque détail de son visage.
- Tu ressembles à ta mère.
La mention de sa mère fit tressaillir Sienna.
- Vous la connaissiez ?
- Bien sûr. C'était ma fille.
Un silence pesant s'installa.
Eleanor inclina légèrement la tête.
- Tu dois avoir beaucoup de questions.
Sienna croisa les bras.
- Vous pouvez commencer par me dire pourquoi vous m'avez abandonnée.
James se tendit légèrement à côté d'elle, mais Eleanor ne réagit pas.
- Abandonnée ? C'est ainsi que tu vois les choses ?
- C'est ce qui s'est passé, non ?
Eleanor appuya ses doigts entre eux.
- Non, Sienna. Ce n'était pas un abandon. C'était une nécessité.
La jeune femme sentit la colère monter en elle.
- Une nécessité ? Vous voulez dire que me laisser avec une famille qui ne m'a jamais aimée était une meilleure option que de me garder avec vous ?
Eleanor la fixa longuement avant de répondre.
- Ta mère voulait te protéger.
Sienna serra les poings.
- Me protéger de quoi ?
- De ce monde. Du nôtre.
La voix d'Eleanor était calme, mais il y avait une gravité indéniable dans son ton.
- Les Caldwell ne sont pas une famille comme les autres, poursuivit-elle. Nous avons des alliés, mais aussi des ennemis. Beaucoup d'ennemis.
Sienna eut un rire amer.
- Et vous pensez vraiment que j'étais plus en sécurité avec les Whitmore ?
- Ils n'étaient pas une menace. Ils étaient... insignifiants.
Le mépris dans sa voix était palpable.
- Alors pourquoi maintenant ? insista Sienna. Pourquoi me récupérer après toutes ces années ?
Eleanor prit un moment avant de répondre.
- Parce que ton temps est venu.
Sienna plissa les yeux.
- Mon temps pour quoi ?
La vieille femme se leva lentement et s'approcha d'elle.
- Pour reprendre ta place.
Elle posa une main froide sur son bras.
- Tu es une Caldwell. Et il est temps que le monde le sache.
Un frisson parcourut Sienna.
Quelques heures plus tôt, elle était une fille rejetée.
À présent, elle était l'héritière d'un empire.
Et une chose était certaine.
Elle n'avait pas fini de surprendre ceux qui l'avaient sous-estimée.
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