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Couverture du roman Et si, je...

Et si, je...

Cette œuvre offre une plongée intime dans le quotidien d'une jeune femme en pleine transformation. Sur une période de sept ans, le récit explore ses tourments intérieurs, ses angoisses profondes et ses éclats de joie. À travers des questionnements existentiels, elle livre sa vision unique du monde et de l'existence. Soleil De Lune signe ici un texte empreint d'une vive émotion, fidèle à sa passion de toujours pour la littérature et le partage de ressentis sincères.
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Chapitre 2

Une ampleur vaste

Janvier 2014

Ce vendredi-là, je ne me sentais pas bien, je crois. En fait, je ne sais pas. J’étais entourée, mais seule. Cette sensation étrange de ne pas vraiment savoir vers qui se tourner lorsque l’on ne contrôle plus rien. Cette vaste sensation de vide infini en soi.

Je sentais que j’avais le visage inexpressif et rempli de rien. J’avais le sentiment d’être comme dans un film ou l’actrice principale est dans un moment où l’on complètement perdu, où l’on oublie le sens de sa propre vie. Il faudrait que je puisse prendre le temps de me recentrer sur moi-même. De penser à évoluer.

Pourquoi j’écris déjà ? Parce que je ne sais pas me confier aux personnes, par méfiance et peur du jugement. Je ne suis pas le genre de personne qui se confie à la première personne venue. Mais je sais qu’un jour j’évoluerai. J’y crois et j’ai espoir en moi-même. Je saurai exprimer davantage ce que je ressens et ce que je pense. Mon visage exprime, malgré moi, mes émotions négatives. Il renvoie le sentiment intérieur de ce que j’ai. Sans pour autant expliquer ce que j’ai, mon visage le dira à ma place. Donc je trouve dans la solitude, une volonté de ne pas déranger autrui. Mais en faisant cela, je pense que je me dérange personnellement.

Je ne tiendrai pas jusqu’au bout de la journée. Je rentrerai chez moi, m’isolerai et réfléchirai en silence, en regardant le sol rouge et blanc de ma pièce faussement gaie. La solitude, j’aime ça parfois. Soudainement, une douleur aiguë me monte à la tête, un fil de fer invisible partant de mon œil droit, allant jusqu’à l’arrière de ma chevelure, me tiraille. Une migraine commençait à émerger de ce vacarme assourdissant que mes pensées faisaient entre elles.

Je monte à l’étage et préviens ma responsable de l’école en études supérieures, que je ne tiendrai pas la journée. Elle m’autorise à quitter les locaux, et pendant cette pause de midi je m’en vais. Je suis rentrée sans un mot, sans un regard ni un au revoir. Je ne suis pas au meilleur de moi-même et personne ne le sait mais tout le monde le voit.

J’ai conscience qu’une partie de moi n’est plus mon « moi » que j’étais et je ne sais pas jusqu’où cela ira. Cette formation me transforme, je le sais, je le vois. Je ne peux pas faire machine arrière car je rejette l’idée de pouvoir renoncer à terminer.

Et si j’avais été peintre ou photographe, est-ce que je serais dans ce désarroi ? Comment faire pour ne plus me laisser aller sur tout ? Remplie de négation à mon sujet je réfute l’idée d’être une fille… une femme spéciale. Je suis quelconque, dans la foule, dans la masse d’individus qui sont remplis de chair et d’os tout aussi quelconque. Sombre état d’âme que j’ai là n’est-ce pas ?!

Fade est l’état dans lequel je me trouve car une migraine m’avait prise tout entière. Je n’arrivais plus à penser, je me demandais vraiment quand tout cela aller cesser. Parfois, je voudrais sauter complètement les épisodes nuls de ma vie, accélérer le temps et n’avoir que les bons moments. Mais c’est impossible, on n’est pas sur le mode d’un magnétoscope (engin génial d’une époque).

Je suis restée plusieurs heures ou jours chez moi. Aucune envie de rien, très loin j’étais, perdue dans mes pensées interminables. Et les larmes ne coulaient pas, et pourtant je voudrais extérioriser. Lundi, je devais retourner sur mon lieu de professionnalisation, je n’avais pas le choix. Je devais faire face, tenir bon et faire comme si tout allait bien. Quand j’allais en cours théoriques, c’était une pause psychologique ou je pouvais ne pas parler, juste prendre les cours, regarder par la fenêtre, me laisser vagabonder ici et là. Je n’avais de comptes à rendre à personne, je n’étais pas obligée de me justifier. Et lorsque l’on me demandait si j’allais bien, je disais « et toi ? ». Toujours pour détourner la conversation, pour ne pas me plaindre, pour ne pas me risquer de craquer en public. Selon moi, parler de soi, surtout lorsque cela ne va pas fort, est signe de faiblesse et cela m’attaque au moral. Et vous savez quoi, lorsque je réponds « et toi », personne, je dis bien personne ne remarque je n’ai pas répondu, ce qui confirme ce j’abordais quelques lignes auparavant, généralement, les personnes apprécient parler d’elles-mêmes, au détriment des autres.

Dans ma période de vide absolu, je me suis rendu compte que parfois l’on tombe sur des personnes qui paraissent être des perles mais qui ne sont que des cailloux lorsque l’on s’approche de plus près. Ce vendredi-là, à la suite de mon départ précipité, en début d’après-midi quelques personnes se sont souvenues qu’elles avaient mon numéro dans leur répertoire. Avec du recul, je me dis que ce n’était que de la curiosité et non pas de l’inquiétude sincère. Elles m’ont envoyé un message sur mon mobile, juste pour se rassurer que je n’allais pas prendre la décision de quitter ces études. En état de faiblesse, je leur ai dit que je n’allais pas bien mais sans développer, du moins ce que j’ai dit à chacune de ces personnes n’est rien de ce que je vivais réellement. Oui, après tout, qui n’est ne s’est pas retrouvé.e seul.e. e avec des situations familiales étranges, ou encore des difficultés dans les lieux professionnels et des soucis avec ses soi-disant ami.e.s qui ne le sont pas. Bref un « truck machin-chose » commun et sans équivoque n’est-ce pas ?!

Bref, ces collègues de formation, remplis de semblants, à dire les phrases bateau « ah courage ». Personne ne pense être en mesure de m’étayer. En même temps, je ne leur donne pas la possibilité de le faire, car je n’ai pas confiance. Toujours cette fichue méfiance vis-à-vis des autres que moi. Et puis ils/elles me prenaient faussement en pitié en disant « trouve quelqu’un à qui parler ça te soulagera blablabla ». Un.e professionnel.le ?! En clair, une personne totalement inconnue qui étudierait ton mal-être pour essayer de t’aider. Non je ne suis pas prête. Je ne veux pas. J’ai voulu faire confiance et je me suis arrêtée à temps. Ou du moins, je me suis éloignée de tout le monde. Je ne regrette pas, car grâce aux erreurs que j’ai commises, je n’arrive plus du tout à faire confiance à qui que ce soit. Est-ce une « réussite » de ne plus avoir confiance aux autres ? Et pour quelles raisons j’emploie le verbe « arriver »... Il s’agit d’un accomplissement d’arriver à ne plus faire confiance aux autres ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. De nature réservée, je garde volontairement un mystère tout autour de ma personne. Cette année, je suis consciente d’être en train de changer totalement. En somme, de me reformater.

Je n’attends plus rien de la vie qu’une suite de papiers à barbouiller de noir. Il me semble que je traverse une solitude sans fin, pour aller je ne sais où, et c’est moi qui suis tout à la fois le désert, le voyageur et le chameau.

Gustave Flaubert

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