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Couverture du roman Et doucement coule sa vie

Et doucement coule sa vie

Marquée par le meurtre brutal de son ami d'enfance Philippe, un garçon fragile tué par ses parents, Émilie jure de devenir avocate pour protéger la jeunesse. Sa vocation s'intensifie lorsqu'elle découvre le secret tragique de sa propre naissance. Entre douleur et résilience, ce récit explore son combat pour la justice. Anaïs-Henriette Gaby signe ici un premier roman poignant, plaidoyer humaniste contre l'intolérance qui invite à plus de compassion et d'espoir pour l'avenir.
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Chapitre 3

Le praticien glisse l’échographie dans une enveloppe, il rassure sa patiente, le bébé va très bien. Elle est jeune mais, pour en avoir vu défiler des futures mamans, il ne doute pas une minute. Malgré sa jeunesse, Rose sera une très bonne mère.

Il faut préparer la chambre, pour ce petit bout de chou. Amélie qui n’a pas une retraite extensible aurait bien aimé savoir s’il fallait une majorité de bleu ou de rose, afin de dépenser chaque centime à bon escient. Elle a bien prévenu sa nièce, pas question de demander de l’aide à sa mère, elles se débrouilleront toutes seules.

— Voyons, tante Amélie, on n’est pas obligé de tomber dans les clichés : rose pour une fille, bleu pour un garçon. Pour ma part, je trouve cela un peu ringard.

— C’est vrai, ma chérie, tu as raison. La semaine prochaine nous irons faire les boutiques, cela nous donnera des idées.

Elle est si jeune, sa nièce. Au moment où elle devrait comme toutes les filles de son âge s’amuser, sortir, danser, étudier pour préparer son avenir, cette dernière doit assumer l’arrivée d’un enfant, prévoir tout ce que cela implique, comme responsabilités. On avait volé son innocence.

On est samedi matin, Rose qui a eu du mal à dormir, a mis du temps pour se lever. Le café coule, une bonne tasse de ce breuvage, va l’aider à faire surface. Amélie guette à la fenêtre, son attitude interpelle la jeune femme. Le facteur ne passe pas si tôt, que peut bien surveiller sa tante ? Sa façon de faire est curieuse, elle essaie de s’occuper, mais revient toujours soulever le rideau et scrute la rue. Tout d’un coup, la voilà qui s’exclame :

— Ah ! Les voilà ! Ce que je suis contente ! Ma chérie, ton cousin Pierre vient d’arriver.

La future maman qui n’était pas au courant fait part de sa surprise.

— Oh ! Je ne savais même pas qu’il venait, pourquoi ne m’avoir rien dit, tatie ?

Amélie s’esclaffe, tout heureuse d’avoir étonné la jeune femme.

— Mais parce que cela n’aurait plus été une surprise, voyons ! Oh, je suis tellement heureuse.

Chantal, la femme de Pierre, est là aussi, Rose ne la connaît pas beaucoup. Elle est intimidée, que doit penser cette jeune femme, qui bien sûr doit être au courant de son histoire ? La future maman n’est pas très à l’aise. Mais alors que tout le monde est installé devant une tasse de café, Amélie sort un gâteau qu’elle a confectionné la veille. Viennent ensuite des croissants, achetés avant que sa nièce ne se réveille, elle a tout prévu.

Croyant être au bout de ses surprises, Rose qui a entendu la sonnette de la porte d’entrée va ouvrir. Elle se retrouve face à Richard, une caisse à outils à la main, tout sourire. Que diable peut-il bien venir faire ici, de si bon matin ? Ce dernier embrasse Rose et déclare :

— Je crois qu’il ne manquait plus que moi, me voilà et en plus bien armé, prêt à faire feu.

Avant même que Rose interloquée ne réponde quoi que ce soit, les amis d’enfance, heureux de se retrouver, s’embrassent comme du pain béni. C’est quoi tout ce remue-ménage ? Est-ce que l’on fêterait quelque chose ? Si c’est le cas de quoi peut-il bien s’agir, et les outils c’est pour démonter la maison ! Rose fait part de son impatience.

— Est-ce que quelqu’un va bien vouloir me dire ce qu’il se passe ? Richard, que fais-tu ici ?

Tout ce petit monde se regroupe autour d’Amélie, avec une certaine connivence. Si la jeune femme ne comprend rien, eux semblent parfaitement savoir pourquoi ils sont là, et tous en chœur.

— On est là, pour le bébé.

La jeune femme est sidérée, ils ont perdu la tête.

— Comment ça, pour le bébé ? Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, il n’y a pas de bébé. Je n’ai pas accouché, il est encore dans mon ventre bien au chaud. J’espère qu’il va y rester encore un peu.

Amélie regarde sa nièce avec tendresse, et l’informe.

— Je leur ai demandé de venir nous aider à préparer la future chambre, je voulais te faire la surprise. Pierre a pris une semaine de congé.

Justement, l’intéressé s’approche et lui tend une enveloppe, sur cette dernière sont notés les quatre prénoms de ses cousins. Rose la décachette et, à cette minute découvre qu’elle peut avoir confiance, qu’il existe encore des personnes capables d’affection et de gestes généreux. Elle, qui a dû faire le deuil de l’amour d’une mère, se trouve bouleversée. Son cousin précise le sujet, de ce merveilleux signe d’amour.

— On s’est cotisé avec mes frères, ils n’ont pas pu venir mais ils ont voulu participer à leur manière. Rose, cet argent c’est pour te dire, on est tous avec toi. Tu peux compter sur nous et sur maman.

Les larmes coulent sur ses joues, après tant de souffrances endurées, cachées aux yeux de tous. Toutes ces années perdues, coincées entre la peur, le dégoût d’elle-même. Après avoir tant de fois souhaité mourir et rejoindre son père, elle découvre l’héritage que ce dernier lui a laissé, une famille aimante et généreuse.

— Je ne sais pas quoi dire, merci bien sûr. Vraiment, c’est trop, il ne fallait pas. Et toi, Richard, que fais-tu là ?

— Tu ne crois pas que j’allais laisser Pierre faire tout, sans moi. Je ne suis pas bon bricoleur, mais ça devrait le faire, je suis motivé.

Ce à quoi son ami d’enfance répondra :

— Ah ça, je confirme il n’est pas bricoleur pour deux sous. Je me souviens encore, quand on allait au garage voir papa, il avait peur de la graisse.

En manquant s’étouffer de rire, Richard réplique.

— On ne peut pas être bon partout, moi j’étais l’intello de la bande. Super plan, pour draguer j’aidais les filles à faire leurs devoirs, elles tombaient comme des mouches.

— Oh le vantard, dis plutôt qu’il te fallait bien cela pour les attirer. Alors que moi un seul regard et hop, dans la poche.

Réponse de Pierre à laquelle sa femme ne manquera pas de rétorquer tout sourire :

— Oui, mais c’est moi que tu as épousé. Quand vous aurez fini de blaguer, on pourra se mettre au travail, il y a du taf, je vous signale.

S’adressant à elle, Richard reprend son sérieux.

— Je te reconnais bien, Chantal, toujours efficace, c’est moi que tu aurais dû épouser. Si je me rappelle bien, c’était nous les petits fiancés, avant que tu ne craques pour ce farfelu qui te sert de mari.

— Tu parles, c’était du temps de la maternelle, tu m’achetais en m’offrant des bonbons.

Tous se mettent à rire, Amélie les regarde avec tendresse. Ces souvenirs lui rappellent le temps où ils n’étaient, tous, que des bambins turbulents. Son mari était encore là et ils étaient tous si heureux.

Elle doit se secouer, au lieu de se laisser gagner par la nostalgie. Chantal a raison, il y a du boulot en perspective.

— Bon, je ne voudrais pas casser l’ambiance de ces joyeuses retrouvailles, mais Chantal a raison. On devrait peut-être s’activer, je veux que ma nièce se repose en début d’après-midi.

Rose leur explique qu’elle veut que la pièce ne soit pas trop chargée. Elle verrait bien des murs couleur lavande, et un, en gris très léger. Elle pourrait y accrocher des cadres, au sujet animalier. Les meubles blancs, un tour de lit ainsi que le linge avec des motifs de lutin. On pourra apporter les dernières touches quand bébé sera là, et que l’on connaîtra enfin son sexe. Elle est tout excitée et rougit, envahie par l’émotion. Elle ne se rend pas compte, à quel point elle est touchante. Chantal remarque le regard plein de douceur, que Richard porte sur elle.

En voilà un qui est amoureux, pensera la jeune cousine. En catimini, elle regarde le ventre arrondi de Rose, elle l’admire. À sa place, elle n’aurait pas eu le courage de garder l’enfant. Elle n’aurait pas été capable d’aimer un être conçu dans des conditions aussi atroces. Est-ce une bonne chose ? Un jour ou l’autre, il saura sûrement qu’il est issu d’un viol. L’amour de sa mère sera-t-il suffisant ?

On s’organise, ce samedi il faut acheter la peinture et les meubles. Le lendemain on videra la pièce, Richard sera présent. Hélas, à partir de lundi, il ne pourra passer que le soir. Pierre le rassure, il n’a besoin de personne pour peindre une pièce. Mais il est le bienvenu pour descendre une canette de bière avec lui.

Les achats prendront plus de temps que prévu. Ce n’est qu’à treize heures trente, qu’ils passeront à table. Amélie a fait une quiche lorraine, un rôti de bœuf des pommes de terre sautées et, pour finir, une glace. Rose mange avec appétit mais la fatigue se fait sentir. Pierre lui conseille d’aller faire la sieste préconisée par sa mère. Pour retourner chercher ce qui a été choisi, ils n’ont pas besoin d’elle.

Ce n’est pas pour autant qu’elle arrivera vraiment à se reposer. Les garçons débarrassent la chambre à grands coups de boutades et d’éclats de rire. Chantal essaie de les calmer, en vain.

— Je le savais que tu serais un boulet, Richard, une simple vis est un problème pour toi. J’espère que tu seras meilleur, pour tes futures plaidoiries, ironise Pierre.

— Je plaide coupable, avec circonstance atténuante, mon père non plus n’est pas bricoleur. Pour toi, c’est facile de te moquer, avec un rien, le tien réparait n’importe quoi.

— Ça, je sais, c’est pour cela que quand tu venais au garage, mon père voulait que tu ne touches à rien. Il t’appelait le petit briseur.

— Ah mais, le petit briseur s’en sortira dans la vie. Je vais écouter son conseil, il m’avait dit d’épouser une bricoleuse en chef, il faut juste que je la trouve.

Chantal trouve une réponse à la dernière réflexion de Richard, qui fera bien rire Amélie. Cette dernière a entendu depuis la cuisine où elle met une tarte aux pommes au four.

— Méfie-toi, on n’est plus à la maternelle. Si tu comptes la trouver en offrant des bonbons, tu risques de passer pour un pervers.

— J’essaie avec des chocolats, cela fait moins suspect. C’est bon les chocolats, c’est doux, c’est fondant, je suis sûr il y en a bien une qui va craquer, répond amusé le futur avocat.

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