Couverture du roman Ermitage les Bains

Ermitage les Bains

8.3 / 10.0
Dans Ermitage les Bains, Adrien et Roxane tentent de reconstruire leur vie après des drames personnels. Ce modern novel explore leur quête de résilience au bord de la mer. Découvrez cette romance fiction books où chaque rencontre devient un pas vers la guérison et un nouveau destin.
Résumé de Ermitage les Bains
Au bord de la mer, Nini gère un bar à champagne et loge ses cinq hôtesses dans sa demeure aux volets bleus. Un soir, elle reçoit Adrien, un homme brisé par le décès accidentel de son épouse. Dans cet Ermitage les Bains, il rencontre la mystérieuse Roxane, exilée de Rio après un terrible drame. Malgré leurs blessures, ces deux âmes meurtries tentent de se reconstruire. Entre confidences et plaisirs simples, ils cherchent ensemble la force d'avancer vers un nouvel horizon.
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Ermitage les Bains Chapitre 1

Un brouillard qui ne demande qu’à entrer

Il voudrait planter des épingles dans le cœur des femmes endormies afin qu’advienne l’amour et à sa suite, tout ce qui n’existe pas, qui attend dans les recoins obscurs d’être enfin délivré.

Les épingles à bout rouge qu’il aurait choisies prendraient tout leur temps pour atteindre le muscle le plus vivant et essentiel de la femme endormie près de lui. D’un trou d’aiguille, il aurait voulu ouvrir un cœur. Allongé seul sur son lit.

La femme ? Il l’aurait sans doute trouvée sur l’écran de ses nuits blanches où rien ne se passait vraiment. Sauf cette fois où il avait aperçu cette femme. Celle dont il percevait toute la délicatesse d’un cœur prêt à se laisser transpercer. Bien profond pour que s’écoule enfin l’amour dont il rêvait.

Celui qui retient tout de l’instant présent.

Celui qui s’écoulait par un petit trou béant du cœur de la femme endormie qu’il connaissait à peine. La nuit prenait fin. Il s’était assis sur son matelas de luxe.

Dans son pyjama à damier, lui ne dormait jamais. Il attend l’éclat d’un amour apaisant et serein s’écoulant de ce cœur qui bat au ralenti. À côté de lui. Couché sur le côté, il attend que sa belle endormie atteigne le sommeil paradoxal. Celui qui ouvre les cœurs grâce à un minuscule trou sous la peau.

Avec un peu de courage, il aurait pu lui dire que c’était son rêve familier. Celui qui hantait ses nuits de solitaire

La belle endormie ne lui demande rien. S’endort et disparaît. Dans son rêve, l’aiguille laisse s’échapper du sang bleu foncé. Celui des cœurs imprévisibles, celui qui se donne sans compter, sans se préoccuper du goutte-à-goutte permanent qui peu à peu remplit l’oreiller de douceurs amères, de caresses froides et de points d’interrogation. Ces idées le traversent au plus profond de sa nuit.

Toujours, il espère un émerveillement, au moins une joie après son trou d’épingle dans le cœur de sa belle endormie. Celle dont il rêve.

Toutes les nuits, il est déçu. Le sang ne lui parle pas et la femme dort profondément. Il se demande comment parler de vagues, de caresses et de longs temps de paresse à quelques gouttes de sang ? Il voudrait qu’elle soit là. Chaude auprès de lui. Et à la fin de cette nuit d’errance, il ne l’entend plus respirer

« Près de ma bouche, je veux que l’amour se déverse sur mon oreiller. Toutes les nuits, je cherche le visage de cette endormie qui se réveillera enfin auprès de moi. L’amour s’écoule et je pleure dans mon grand lit froid. Le jour se lève. Je ne dors pas. La femme a disparu. Elle s’est évanouie sans me dire au revoir.

L’amour ? Je ne l’ai connu qu’une fois. Alors, dans la chambre d’un Palace que j’occupe depuis trois mois, Avenue de la mer, je me lève et vais éteindre l’écran plat. J’avais choisi l’hôtel après un bel héritage. Tout devenait plus simple pour le maladroit chronique que j’étais. Incapable d’établir la moindre liste de courses, mettre le bon programme de lavage, brancher un appareil électrique, payer les factures en temps et en heure. »

10 h. Sa chambre lumineuse ; il est debout. Son pyjama à damier capture son rêve d’aiguille et d’amour pour le mettre dans la cage de son cœur. Ses jambes ne savent plus où aller. Il ne voit pas d’amour. Mais s’entête à lui parler :

« Je prends votre odeur, vous qui n’êtes pas là. Je laisse mon grand lit froid : déception, défaite. M’approche du frigo ; envie d’un goût sucré sur la langue. Je ne peux approcher la tendresse dans une flaque de sang et fréquenter les coins sombres de mon être. Il n’y a plus rien qui attend d’être délivré. Pas de crapaud qui attend de se transformer en prince. Ne reste plus qu’un lourd parfum sur un oreiller blanc.

Les longs rideaux aux fenêtres de ma chambre de luxe me donnent envie de pleurer, de déverser des larmes rouges et insolubles. Suis assis sur mon lit, ma tête entre mes mains. Inutiles, désespérément inutiles. Elles ne peuvent même plus mettre un cœur de femme au chaud. De toute façon, il n’y a personne à côté de moi. Que des tissus délicats dans mon grand lit froid.

J’ai fermé la porte à double tour. Mon cœur à triple tour. Mes jambes sont raides, mes mains immobiles. Je marche comme un robot. Ça sonne à ma porte. Suis de mauvaise humeur. Un autre coup de sonnette. J’arrive dans l’entrée, jette un coup d’œil au miroir, me recoiffe et j’ouvre ma porte.

Une jeune femme en robe rose bonbon et chaussures de Betty Boop est face à moi. Lèvres rouges :

— Bonjour, je suis votre voisine d’en face ; la Suite 26, pour quelques jours.

Jamais rencontré une femme qui se présente dans le couloir d’un Palace. Suis surpris. Elle continue avec ses lèvres rouges :

— Je m’excuse mais je n’arrive pas à remonter la fermeture éclair de ma robe jusqu’en haut. Je suis invitée à une avant-première ce soir.

— Bonsoir ! Voilà une demande très originale dans un Palace. J’accepte volontiers. Je m’appelle Nicolas…

— Merci. »

Elle se retourne déjà en mettant ses cheveux en palmier. Il remonte la fermeture éclair jusqu’à la base de son cou, elle sent la sauge et la cannelle. Le long couloir aux estampes japonaises raffinées en décor. Elle le remercie et part vite en lui faisant un signe avec le livre qu’elle tient à la main.

Avenue de la mer, le palace qu’il a choisi d’habiter est placé au centre d’une ville de la côte d’Opale où il était né. À 40 ans, Nicolas Martel aime les couleurs nuancées de son hôtel. La nuit, des liserés lumineux prennent un air de fête. Des balconnets arrondis et leurs fenêtres semblent être des coquillages comme suspendus. En pleine ville. Avenue de la mer, le mur de l’école d’en face est peint en bleu. Pour faire illusion. Cela va très bien avec son : Hôtel de Luxe, Chauffeur et Bar à Cocktails.

Son héritage l’avait mis à l’abri. Cela lui donnait le temps de parcourir la ville ou d’en partir sans prévenir.

« J’ai grandi entre des meubles en bois précieux et des chats de race. Chez nous, l’argenterie brillait sur la table à manger. Enfant, j’avais même une voiture à pédales. En plastique dur. Mon père était mon héros. Le modèle de mes aventures d’adolescent. Un honnête homme qui avait divorcé d’une honnête femme, ma mère. Après 10 ans de mariage, ma mère s’ennuyait auprès d’un homme d’affaires. Leur séparation comme un vilain abcès que l’on perce, pour être enfin soulagé, m’avait rapproché de mon père. Après leur divorce, il m’emmenait partout avec lui pendant les vacances. Moi, j’habitais avec ma mère devenue concierge d’immeuble après leur divorce. J’avais 7 ans. J’ai grandi et mon père m’a

Elle aimait nager. Un vrai poisson. Elle aimait la couleur bleue et manger avec ses mains. Directement dans la bouche. Je fixais souvent la veine jugulaire gonflée de son cou et ses cheveux châtain clair. Clara. Elle n’est plus là. Dans mon lit, il n’y a plus Clara. Je t’avais suppliée de venir me rejoindre au plus vite. De ne pas tarder, de te dépêcher, que je t’attendais. Tu m’avais pourtant dit “Non !” en riant.

Moi, j’avais retenu une Suite dans un Hôtel 5 étoiles, Avenue de la mer. Pour t’épater. Après l’accident, je me suis installé ici. Face à un mur bleu au centre d’une ville de province.

Dans ma chambre, Avenue de la mer, la mer frissonne entre flocons de neige et faisceaux de phares. C’est la nuit. Je ne reconnais plus rien. Je ne vois plus rien : tes yeux, ton visage, ta peau. Oublier ? On dirait que tout est parti. On dirait que tu es partie Clara. Mais moi, je te vois. Je t’entends. Je pleure et tu portes ton long peignoir rose poudre. »

Lui s’obligeait à être toujours élégant et soignait particulièrement ses mains. Il y mettait la crème que Clara lui avait offerte. Sur sa peau. Quand elle était là, elle tendait ses mains à Nicolas. Il les mettait sur son visage, sur sa bouche, son front.

Ce matin, le ciel d’en face est bleu sale. Lui, la tête entre ses poings. On frappe à la porte. Il se lève et va ouvrir. Elle est face à lui avec ses collants cuivrés et ses longs cils bleus. Betty Boop, suite 26. Devant sa porte. Elle tortille ses mains tout en le regardant :

— Hier, j’ai oublié de me présenter. Je m’appelle Clémentine et je suis scénariste d’une série télé qui a beaucoup de succès en ce moment.

Il l’invite à entrer dans son boudoir aux lignes épurées et aux éclairages parfaits.

— Vous allez tourner ici ? Un épisode ?

— Non, je viens reprendre mon souffle après les idées qui jaillissent, l’écriture au kilomètre et les nuits blanches. Les tournages. Ici, j’oublie tout et je lis.

— Passionnant ! Que lisez-vous en ce moment ?

— Le troisième mensonge

— Cruel ! Enfantin !

Elle s’assoit sur le canapé du boudoir. Lui la laisse faire, amusé. Il choisit quant à lui un large fauteuil en velours gris perle. Il ne sait pas où mettre ses mains. L’observe.

— Mademoiselle, j’ai toujours rêvé qu’on me fasse la lecture. Lentement. Apprécier chaque mot, chaque silence. Je me permets de vous dire cela parce que… J’aime le livre que vous lisez ; enfantin et cruel à la fois.

— Vraiment ? Pourquoi pas ?

Mouvement de recul de Nicolas. Première fois qu’il le demande à une autre femme que Clara. Avant de se rasseoir dans son fauteuil gris perle. Les pulpes de ses doigts devenues transparentes serrent fort les accoudoirs. Il tourne la tête pour ne plus la voir et s’éloigne d’elle, de ses longs cils bleus. Betty Boop. Il est 14 h. Sonnerie de son portable qu’elle prend : « Un appel important ! Excusez-moi, je dois partir immédiatement… » Lui, dodeline de la tête : « Oui ! Bien sûr ! » Elle se lève d’un bond et se sauve par la porte silencieuse qu’il lui tient ouverte. « À bientôt ! »

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Table des matières de Ermitage les Bains

Ch. 1 Ch. 2 Ch. 3
Ch. 4
Ch. 5
Ch. 6
Ch. 7
Ch. 8
Ch. 9
Ch. 10
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