Couverture du roman Enterrée vivante : Son esprit indomptable

Enterrée vivante : Son esprit indomptable

7.9 / 10.0
Trahie par son fiancé Julien et son frère Adrien, Camille a passé dix ans enfermée en psychiatrie. Ce complot visait à dissimuler l'infidélité de Julien avec Carla, l'héritière biologique de la famille. Alors qu'ils la faisaient passer pour folle, Julien bâtissait sa carrière politique. Aujourd'hui apaisée et libraire en bord de mer, Camille voit son passé ressurgir. Face à ce procureur influent qui ne la reconnaît plus, elle reste de glace. La vengeance commence par un simple regard froid.

Enterrée vivante : Son esprit indomptable Chapitre 1

Il y a dix ans, ils m'ont enterrée vivante. Mon fiancé, Julien, et mon frère adoptif, Adrien, m'ont fait interner, me faisant passer pour folle afin de couvrir sa liaison avec la fille biologique de ma famille, Carla, perdue de vue depuis longtemps.

Ils m'ont effacée de leurs vies parfaites, me dépeignant comme un danger pour moi-même et pour les autres. Pendant que j'étais droguée et brisée dans une clinique psychiatrique, il l'a épousée, consolidant ainsi son lien avec le pouvoir de notre famille et lançant sa carrière politique.

Mais j'ai survécu. J'ai reconstruit une vie tranquille sur les cendres de mon passé, trouvant la paix dans une petite librairie en bord de mer. C'était mon sanctuaire.

Jusqu'à aujourd'hui.

Ils ont franchi ma porte, brisant une décennie de silence. Julien, maintenant un puissant Procureur de la République visant le Sénat, me fixait, son sang-froid se fissurant.

« Camille ? »

J'ai soutenu son regard, ma voix froide et posée, la voix que j'utilisais pour n'importe quel inconnu.

« Puis-je vous aider ? »

Chapitre 1

Il y a dix ans, ils m'ont enterrée vivante. Aujourd'hui, ils sont entrés dans ma librairie.

La cloche au-dessus de la porte a tinté. Un son habituellement associé à la bienvenue, mais qui cette fois-ci sonnait comme un glas funèbre. J'ai levé les yeux du comptoir que j'essuyais. Ma main s'est figée. Le chiffon m'a glissé des doigts, atterrissant avec un bruit sourd et humide sur le bois poli.

Julien Marchand. Adrien de Valois. Ils se tenaient dans l'encadrement de la porte, leurs silhouettes sombres se découpant sur le soleil éclatant de la côte.

Julien, toujours aussi incroyablement séduisant, plus âgé maintenant, avec une allure plus acérée dans son costume sur mesure. Il était Procureur de la République, en lice pour un siège au Sénat, murmuraient les actualités. Adrien, mon frère adoptif, semblait exactement comme dans mes souvenirs, mais en plus froid. Sa montre de luxe a brillé lorsqu'il a ajusté le poignet de sa chemise. C'était un PDG impitoyable, le bâtisseur d'empire.

Mon souffle s'est coupé. L'air était devenu lourd, épais, comme le silence qui précède toujours une tempête.

Ils étaient dans ma petite librairie-café, le sanctuaire que j'avais bâti sur les cendres de mon ancienne vie. Un lieu modeste, sans prétention, au bord de la mer, empli de l'odeur du vieux papier et du café frais. C'était ma paix. Ma paix si durement gagnée.

Les yeux de Julien, du même bleu perçant que je me rappelais, se sont ancrés dans les miens. Il avait l'air surpris. Son regard a vacillé vers le petit livre relié en cuir usé que je tenais, puis est revenu sur mon visage. Une bataille silencieuse se jouait entre nous, une décennie d'histoire non résolue suspendue dans l'air.

Adrien, toujours pragmatique, a été plus rapide à se ressaisir. Sa main a glissé dans sa poche, comme pour cacher quelque chose, un geste nerveux que je reconnaissais de notre enfance. Il s'est éclairci la gorge, essayant de rompre le charme.

J'ai ramassé le chiffon, lentement, délibérément. Mes mouvements étaient calmes, maîtrisés. Mes mains ne tremblaient pas. J'ai continué à essuyer le comptoir, le regard fixé sur ma tâche, pas sur eux. C'était mon espace. Ici, c'était moi qui contrôlais.

« Puis-je vous aider ? » ai-je demandé, ma voix neutre, professionnelle. C'était le ton que j'utilisais avec n'importe quel client, un étranger.

Julien a tressailli. Le masque de son sang-froid s'est fissuré une seconde. Il a dégluti difficilement.

« Camille ? » a-t-il marmonné. Mon nom, sur ses lèvres, semblait étranger.

Je n'ai pas accusé réception de la question. J'ai continué à essuyer, le dos droit.

« Vous cherchez un livre en particulier ? Ou peut-être un café ? »

Adrien s'est avancé, son expression indéchiffrable.

« Ça… ça fait longtemps », a-t-il dit, la voix rauque. Il a balayé du regard la petite boutique, ses yeux s'attardant sur les étagères de livres, les coins lecture confortables. Il s'attendait probablement à me trouver dans un caniveau quelque part, pas à me voir prospérer.

« En effet », ai-je répondu, sans toujours croiser son regard directement. « Dix ans, pour être précise. » Mon ton ne trahissait rien. Pas de colère, pas de tristesse, juste la simple énonciation d'un fait.

Julien a changé de pied.

« Tu… tu as l'air en forme », a-t-il finalement réussi à dire, la voix tendue. C'était une tentative maladroite de conversation, une branche d'olivier couverte d'épines.

« Je le suis », ai-je dit, après une légère pause. « Et vous, Monsieur le Procureur ? Toujours en train de gravir les échelons politiques ? » J'ai utilisé son titre, une frontière claire entre nous. Pas Julien. Pas le garçon que j'avais autrefois aimé.

Il a reculé comme s'il avait été frappé. Son visage a blêmi. La couleur a quitté ses lèvres. Il est resté là, pétrifié, la réalité de ma froide indifférence le frappant plus durement que n'importe quelle dispute ou accusation n'aurait jamais pu le faire.

Adrien, voyant la réaction de Julien, est intervenu.

« Nous étions juste de passage », a-t-il dit rapidement, une pointe de désespoir dans la voix. « Carla voulait voir cette partie de la côte. »

Carla. Le nom a fendu l'air, tranchant et froid. C'était toujours Carla. La femme qui avait volé ma vie, celle que Julien avait choisie à ma place. Enceinte, je me suis souvenue. Les articles de presse l'avaient mentionné.

« Je vois », ai-je dit, ma voix toujours aussi plate. « J'espère qu'elle apprécie sa visite. » Je m'en fichais. Plus maintenant. La simple mention de son nom ne provoquait plus une vague de douleur, seulement une douleur sourde et lointaine. C'était une cicatrice, pas une plaie ouverte.

« Et aussi », a poursuivi Adrien, ignorant la gêne, « Mère est ici. Éléonore. Elle… elle se demandait si tu accepterais de la voir. » Il m'a regardée, une lueur de ce qui aurait pu être de l'espoir dans ses yeux.

J'ai enfin croisé son regard. Ma mère adoptive, la femme qui avait signé les papiers qui m'avaient envoyée au loin.

« Il n'y a rien à voir », ai-je dit, la voix ferme. « Et s'il vous plaît, ne lui mentionnez pas ma présence. Cela ne ferait que causer une détresse inutile. » Pour eux, pas pour moi.

Julien a ouvert la bouche, un son désespéré s'échappant de ses lèvres, mais aucun mot n'est venu. Il avait l'air perdu, vidé. Le charisme qui le rendait si fascinant, si dangereux, avait disparu.

À ce moment précis, la porte de l'arrière-boutique s'est ouverte à la volée. Chloé a fait irruption, ses cheveux rose vif une touche de couleur dans l'intérieur rustique.

« Camille ! J'ai fini de réapprovisionner la section art ! Je peux me faire un smoothie ? » a-t-elle gazouillé, les yeux pétillants d'enthousiasme.

Son regard a balayé les trois silhouettes devant le comptoir. Chloé, ma famille de cœur, l'adolescente farouchement loyale que j'avais recueillie il y a des années. Elle avait une lueur espiègle dans les yeux, un esprit vif sous une apparence souvent tourmentée. Elle était tout ce que la famille de Valois n'était pas : authentique, bruyante et pleine de vie.

Un sourire sincère, un de ceux qui atteignent les yeux, a adouci mes traits. C'était un sourire que je n'avais offert à personne dans cette pièce depuis une décennie.

« Bien sûr, ma chérie », ai-je dit, la voix chaude. « Sers-toi. »

Chloé m'a adressé un grand sourire, puis a jeté un coup d'œil à Julien, Adrien, et à Carla, désormais silencieuse, qui était restée cachée derrière eux jusqu'à présent. Carla, très enceinte, le visage pâle et tiré, s'agrippait au bras de Julien. Ses yeux ont croisé les miens, écarquillés d'un mélange de peur et d'autre chose, quelque chose que je ne pouvais pas tout à fait déchiffrer.

« Bien », ai-je dit, me tournant vers le trio, mon sourire disparu, ma voix de nouveau glaciale. « S'il n'y a rien d'autre, j'ai des clients qui attendent. » Mon regard a balayé ostensiblement le café presque vide. C'était un renvoi, clair et sans équivoque.

Les yeux de Julien sont tombés sur le comptoir, encore humide de mon nettoyage. Il a fixé l'endroit où le chiffon était tombé, puis le petit coquillage complexe que je gardais près de la caisse, un souvenir de ma nouvelle vie. Sa mâchoire s'est crispée. Il avait l'air de vouloir dire quelque chose, n'importe quoi, mais les mots semblaient coincés dans sa gorge.

Adrien a posé une main sur l'épaule de Julien, un signal silencieux. Il m'a adressé un bref signe de tête, une lueur de douleur dans ses propres yeux. Ils ont tourné les talons, une retraite silencieuse, et sont sortis du magasin. La cloche a de nouveau tinté, une note finale et glaçante.

Chloé, toujours observatrice, les a regardés partir, le front plissé.

« Waouh, Camille », a-t-elle dit, sa voix baissant à un murmure. « C'était qui ces gens ? Ils avaient l'air importants. Genre, le genre de gens qu'on voit aux infos. »

J'ai repris le chiffon, reprenant ma tâche.

« Juste de vieilles connaissances, Chloé », ai-je dit, ma voix calme, presque sans émotion. « Rien de plus. »

Mais Chloé était perspicace.

« L'homme au costume impeccable, Julien Marchand ? N'est-ce pas ce Procureur qui se présente au Sénat ? Et l'autre ressemblait à Adrien de Valois, le PDG du Groupe Valois. » Elle a égrené leurs noms, les yeux écarquillés. « On aurait dit qu'ils te connaissaient. »

J'ai serré le chiffon. La vérité avait le goût d'une pilule amère, mais je l'avais avalée tant de fois.

« C'était le cas, autrefois », ai-je admis, ma voix à peine audible. « Il y a très longtemps. »

C'étaient eux qui m'avaient détruite.

Je me suis souvenue du froid de l'acier du brancard, des mains brutales qui me maintenaient. Des murs blancs et stériles de la clinique psychiatrique. Des médicaments forcés qui engourdissaient mes sens, brouillaient les contours de ma raison. Ils appelaient ça une crise de nerfs. J'appelais ça une prison.

Je me suis souvenue du visage d'Adrien, dénué d'émotion, alors qu'il signait les papiers. Sa main tenant le stylo fermement, trahissant la sœur qu'il avait autrefois adorée. Julien, à ses côtés, calculant déjà son prochain coup, ses yeux vides de l'amour qu'il avait juré ressentir pour moi. Il avait sécurisé son lien avec la famille de Valois, avec leur pouvoir et leur influence, en me jetant aux oubliettes.

Ils m'ont effacée de leurs vies, de leur histoire. Ils m'ont dépeinte comme instable, un danger pour moi-même et pour les autres. Tout ça pour protéger leurs mensonges soigneusement construits, leurs vies parfaites. Tout ça pour couvrir la liaison sordide de Julien et Carla.

Ils m'ont laissée dans cet endroit, brisée et abandonnée. Mais je n'étais plus brisée. Pas par eux, en tout cas. Je m'étais reconstruite, morceau par morceau brisé. Et je ne les laisserais pas me briser à nouveau.

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