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Couverture du roman Enténébré - Tome 1: À l'aube de l'avènement

Enténébré - Tome 1: À l'aube de l'avènement

Le quotidien paisible de John bascule le jour où il recueille un mystérieux nourrisson. Des années plus tard, Marshall, l'enfant, développe des pouvoirs si dangereux qu'il manque de tuer John. Ce dernier ne doit sa survie qu'à l'intervention inattendue du troisième prince vampire, son rival de toujours. Liés par leur affection pour le garçon, porteur d'une prophétie menaçant le monde d'Aurum, les deux ennemis s'allient. Mais leur passé les rattrape brutalement.
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Chapitre 1

Chapitre 1

Périphérie de Londres, janvier 1870

Londres. Cette ville en perpétuelle évolution où le progrès façonne ses rues et ses habitants, où le traditionnel s’unifie au moderne avec grâce, semble attirer plus d’une personne de tout horizon et de toute classe. Certains de ces nouveaux arrivants réussissent à faire fortune, tandis que d’autres se perdent dans les rues mal famées la nuit. Des imprudents disparaissent dans les ruelles tandis que d’autres attendent sous la lueur des réverbères. La vie à Londres peut parfois être aussi singulière que certains de ses habitants. Étrangement pâle et plus grand que la moyenne, parlant une langue qui ne ressemblait à rien de connu, des yeux aux couleurs changeantes, plus d’un habitant faisait sensation lorsqu’il sortait de sa maison. Ces habitants en question, de toutes les classes et aux métiers bien différents, se disaient toujours être d’ailleurs et si les Londoniens pensaient à un autre pays, il n’en était rien. La plupart vivaient au cœur même de Londres, par choix de facilité pour leur travail ou simplement pour la beauté de la ville industrielle tandis que d’autres, plus rêveurs ou solitaires, préféraient la périphérie. La campagne était plus calme que les usines et plus belle que les machines de fer et d’acier.

L’intendant John O’Connor était un de ces discrets habitants singuliers qui préférait la campagne à l’agitation de la ville. Âgé d’une trentaine d’années à peine, visuellement parlant du moins, le stress qui le rongeait laissait penser qu’il portait sur ses épaules plus d’un problème. Toujours vêtu d’un ensemble trois-pièces noir sans le moindre défaut et aux chaussures cirées, cet homme se séparait rarement de sa cape ornée d’une curieuse broche en or. Ses courts cheveux noirs, fins et séparés par une raie bien centrée, contrastaient avec sa peau finement dorée. Ses yeux verts, aussi glaçants que son intransigeance au respect des règles, faisaient de lui la plus grande crainte de tous les enfants de l’orphelinat des Laird. Ce manoir, le seul endroit où sa singularité n’était qu’un détail, devint le lieu de salut pour son âme enténébrée.

Ainsi, comme chaque matin depuis son arrivée, O’Connor descendait le grand escalier principal à l’heure où la rosée rendait les roses plus fragiles qu’elles ne l’étaient déjà. Le soleil peinait à se lever en ce début d’année mais il n’en avait que faire, ses insomnies lui faisant bien souvent perdre la simple notion de jour et de nuit. Penser et ressasser la nuit, travailler le jour ; la routine qu’il avait grâce à l’orphelinat rythmait sa vie et y donnait le sens qu’elle avait perdu. John maudissait la lenteur dont pouvait faire preuve le temps après le crépuscule, le silence devenant sa seule compagnie dans sa petite chambre confortable. Alors, comme chaque matin John descendait la mine basse, le manque de sommeil apparaissant de plus en plus sous ses yeux dépourvus d’étincelle de vie.

« Monsieur O’Connor », le salua le précepteur aux bras chargés de rouleaux, le tirant brusquement de sa rêverie.

« Oh, monsieur Juno. Je ne vous avais pas vu… Encore les bras chargés ? »

« C’est ça devoir enseigner tant d’enfants dans la même bâtisse, la quantité de travail ne baisse jamais. Auriez-vous vu le comte ce matin ? On m’a dit qu’il était déjà levé mais impossible de mettre la main sur lui. »

« Il doit être dans son bureau, comme d’habitude. Pourquoi le cherchez-vous au juste ? »

« J’aimerais mettre en place une excursion dans la forêt avec les plus jeunes enfants mais il me faut son accord. Il est extrêmement pointilleux avec ça donc je ne vais pas me risquer à les faire sortir sans son approbation, il serait capable de m’envoyer à la potence ! »

« Oh, je pencherais plus pour le renvoi que la potence, il n’est pas extrême à ce point. En tout cas, je serais vous je me dépêcherais parce qu’il a un rendez-vous à huit heures et il doit encore prendre son thé de sept heures. »

Le précepteur acquiesça et doubla son supérieur, se hâtant de monter le grand escalier principal comme il pouvait avant de s’arrêter net.

« Monsieur O’Connor », l’appela-t-il du haut de l’escalier. « Vous devriez prendre une infusion de camomille, cela aide à trouver le sommeil et apaise l’esprit. »

« Pourquoi me dites-vous cela au juste ? »

« Vous semblez constamment tourmenté par quelque chose. Les souvenirs peuvent nous hanter mais il ne faut pas oublier qu’ils ne sont que ça, des souvenirs. Prenez soin de vous, nous n’avons qu’un seul corps et qu’une seule vie. »

« Vous avez raison, je tiendrai compte du conseil. Passez une bonne journée monsieur Juno mais ménagez-vous aussi un peu, il ne faut pas vous surmener ainsi. »

« Je peux vous le dire aussi. À plus tard, monsieur O’Connor, ce fut un plaisir de vous parler ! »

Les deux hommes reprirent chacun leur chemin, tous deux sachant pertinemment qu’ils ne suivraient pas le conseil de l’autre. O’Connor termina sa route jusqu’à la petite salle à manger privée où, sur la table d’ébène, un thé vert fumant et de délicieux scones juste faits l’attendaient.

« Bonjour monsieur O’Connor, ce matin nous vous avons préparé un thé vert à la rose », fut-il rapidement salué comme chaque matin par la gouvernante en chef après qu’il fut assis à sa place.

« Bonjour à vous aussi. Non laissez, je me servirai en sucre ce matin ne vous en faites pas. Retournez donc à vos tâches, je ne compte pas manger rapidement ce matin, les nouvelles sont fraîches ? »

« Le journal vient tout juste d’être livré, monsieur O’Connor. »

« Parfait, merci beaucoup. La journée a l’air de bien commencer, faisons en sorte qu’elle continue ainsi, madame Pommy. »

« Je pense que nous n’avons pas à nous inquiéter de cela. Le ciel est dégagé, il n’y aura pas de neige aujourd’hui et c’est tant mieux. »

« Pourquoi donc ? »

« Les enfants sont ingérables lorsqu’il neige. Ils veulent tous sortir pour aller jouer dedans mais le comte refuse catégoriquement. »

« Ah bon ? Pourtant c’est bien lorsqu’il neige pour les enfants, ils peuvent la modeler et utiliser leur imagination. Pourquoi le comte refuse-t-il de les laisser sortir ? »

« Je n’en ai pas la moindre idée, mais il est réellement intransigeant sur ça. Je pense que cela vient de l’enfance de monsieur. »

« Elle a été compliquée ? »

« Attendez, vous n’êtes pas au courant ? »

L’intendant releva la tête de son journal et haussa un sourcil, faisant perdre le sourire à la gouvernante.

« Cela est une bonne chose que vous ignorez ce genre d’information à propos de la famille de monsieur, croyez-moi. Si je peux me permettre de vous donner un conseil : ne lui demandez jamais, mais réellement jamais, de parler de lui-même », s’empressa-t-elle de le mettre en garde, plus proche de lui qu’elle ne l’avait jamais été.

« Je veillerai à suivre ce conseil à la lettre. »

« Merci beaucoup. Monsieur a beaucoup souffert et lui faire ressasser de telles choses lui ferait plus de mal qu’autre chose. En tout cas, pour en revenir aux enfants, la journée risque quand même d’être longue. »

« Pas plus que d’habitude. »

« Je pense que si. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai le pressentiment qu’ils vont être très agités aujourd’hui. »

« Ne vous en faites pas, je suis sûr que vous gérerez parfaitement bien cela. Il n’y a aucune raison de s’en inquiéter, ne pensez-vous pas ? »

« Vous êtes gentil. »

« Vous l’êtes tout autant pour travailler ici. »

Madame Pommy adressa comme réponse à son supérieur un tendre sourire avant de partir vaquer à ses occupations, autrement dit réveiller les enfants de l’orphelinat des Laird. À nouveau seul, l’intendant John posa son journal qu’il avait terminé entre temps et se perdit dans ses pensées, son regard braqué sur les jardins qu’il apercevait au travers des fenêtres. Toujours parfaitement bien entretenues par un jardinier au talent inégalé, les allées de gravier blanc adoucissaient les contours brutaux des parterres de pensées. L’intendant aimait autant les extérieurs que l’intérieur de la propriété des Laird. Ses recherches à propos de cette famille furent fastidieuses mais intéressantes, la plupart des réponses à ses questions venant d’anciens journaux gardés par le comte lui-même, les dires des anciens domestiques ou encore des commérages des citadins londoniens lorsqu’il se rendait en ville.

La famille Laird est bien différente des autres familles nobles. Il n’y a jamais de réception au manoir si ce n’est pour les rares mariages. Cette famille n’a pas besoin de scandale pour que son nom soit dans les journaux et sur les lèvres des Britanniques, ils ont juste à sortir, furent les paroles du chef cuisinier, présent du temps de l’ancienne propriétaire. Il ne fallut que peu de temps à O’Connor pour réaliser toute la justesse des dires du cuisinier. Craintes à cause de ses fréquentations étranges depuis des siècles, les routes de Londres se faisaient soudainement plus vides lorsque le fiacre de la famille Laird les empruntait. Mais Londres n’était pas le meilleur endroit pour comprendre ; l’archiviste du manoir détenait plus d’un renseignement et secret.

« Des informations sur la tante du comte ? » s’étonna le vieil homme depuis son échelle, les yeux rivés sur les livres qu’il dépoussiérait.

« Si cela ne vous dérange pas. J’avais pensé à les demander au comte mais je me suis ravisé, de peur de le contrarier. »

« Vous faites bien, croyez-moi. Cette comtesse au grand cœur a décidé de fonder l’orphelinat à la mort tragique de son frère aîné. Seule contre tous, elle n’a jamais baissé les bras malgré toute l’encre qui avait coulé à propos d’elle. Une femme non mariée à la tête d’une puissante dynastie et sans héritier de son sang, quel scandale ce fut ! »

« Oh, j’imagine bien. Les journaux furent enflammés pendant un moment, n’est-ce pas ? »

« Vous n’avez pas idée. Malheureusement, telle une flamme dans un bocal de verre, elle s’est éteinte sans un bruit dans son sommeil. Le comte ne s’en est jamais vraiment remis mais comme nous lui avons dit, nous devons tous partir un jour ou l’autre. Aussi, il est bon de voir cette fatalité comme une motivation pour saisir la vie à pleine main et profiter de chaque instant. »

« Profiter ? Ce n’est pas prudent de trop profiter, vous savez. À trop vivre dans l’instant présent on se retrouvera sans rien dans le futur. »

« Tout est une question d’équilibre, monsieur O’Connor. Il faut profiter au maximum des moments de bonheur et saisir chaque opportunité, croire en ses rêves et tout faire pour les réaliser. »

« Tous les rêves ne se réalisent pas. »

« Si votre rêve est de devenir un être de la nuit dont les journaux stupides abreuvent de fausses preuves, alors non. Mais si vous rêvez de vivre ailleurs ou quelque chose du genre, il peut se réaliser. »

« Vous n’y croyez pas, à ces histoires d’étranges personnes à Londres ? »

« Non, absolument pas. Certes, certaines personnes ont des attitudes étranges comme l’ami du comte… Mais franchement, vous pensez vraiment qu’il est un vampire ?

Voyons. Ces histoires sont juste pour vendre du papier et profitent des rumeurs en causant du mal aux vraies personnes, innocentes, qui sont bêtement rejetées. »

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