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Couverture du roman Elle l'a bien cherché

Elle l'a bien cherché

Après son divorce, L. tente de refaire sa vie et croise le chemin de Roger. D'abord prudente, cette mère de famille accepte de le voir dans des espaces publics avant de céder à une invitation à son domicile. C'est là que le véritable visage de son prétendant se révèle brutalement. S'inspirant d'un épisode réel de son existence, Maria Briffaut, déjà connue pour son ouvrage Les fantines, livre ici un récit de suspense psychologique glaçant et personnel.
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Chapitre 3

Et, après un court silence :

— Est-ce que toi ? Tu as un peu d’argent de côté si j’en crois ce que tu viens de me dire ? Ce serait un bon placement avec un intérêt sur les bénéfices, ça peut rapporter.

Il la regarde, l’air tendre, ses yeux fouillent les siens. Tout à coup, elle a du mal à respirer. Il vient d’exprimer ce contre quoi elle avait cru se prémunir. On dirait bien que, quelque part, elle est à nouveau une proie. Dégoûtée. Elle s’en veut de s’être trompée sur lui à ce point, mais comment deviner ? Vérifier le badge professionnel n’a pas été suffisant. Elle ne pouvait quand même pas lui faire remplir un questionnaire ou lui demander directement s’il avait l’intention de lui soutirer de l’argent.

Elle doit mettre les choses au point sans tarder.

⸻ Je ne prête rien, dit-elle fermement.

Il se détourne un instant, mais tout de suite, beau joueur, lui sourit à nouveau. Quant à L., elle est à présent décidée à tourner les talons au plus vite et pour toujours. Inutile, cependant, de risquer une querelle. Agis avec diplomatie, ma fille,pense-t-elle, arrange-toi pour que la séparation se fasse sans heurt et sans douleur.

Après avoir balayé d’un dernier regard cet appartement où elle ne reviendra plus et gratifié d’un rapide baiser cet homme qu’elle ne reverra pas, elle lance gaiement qu’il est temps qu’elle parte. Il est plus de vingt heures. Elle se lève.

— Où veux-tu aller si tôt ? demande-t-il

— Je rentre chez moi, il va me falloir une bonne heure pour faire le trajet, ma fille va m’attendre.

Il se lève, file dans la cuisine d’où il lui crie qu’il va lui préparer un café pas trop fort à cette heure-ci. Tu veux un pousse-café après ? J’ai un bon cognac, tu vas voir.

Non, elle ne veut ni café ni cognac ni quoi que ce soit. Elle n’a qu’une envie, partir.

— Non, merci. Je dois vraiment m’en aller.

Elle ôte sa veste du dossier de la chaise, ramasse son sac à main près du canapé et se dirige vers la cuisine où elle le surprend en train de mettre en route la machine à café.

— Café long, expresso ? Il a l’air détendu, aimable, plein de prévenance. La bouteille de cognac trône déjà sur le plan de travail.

— Non, désolée, c’est gentil, mais il faut vraiment que je parte. Une autre fois, je resterai plus longtemps.

Roger apporte le café sur un plateau qu’il pose devant le canapé et lui fait un clin d’œil en tapotant l’un des coussins.

— Viens t’asseoir, susurre-t-il.

L. a revêtu sa veste et, le sac à main en bandoulière, se dirige vers la porte. Roger ne bouge pas. Elle saisit la poignée de l’entrée, la tourne, rien ne se passe. Elle recommence, en vain, comprend que la porte est fermée à clé. Il a dû boucler les serrures pendant qu’elle pénétrait dans l’appartement. Elle n’y a prêté aucune attention. Un frisson, à peine.

— Écoute, je dois partir, ouvre cette porte. Où est la clé ?

Il sifflote et commence à siroter son café.

Elle secoue avec violence la poignée, hausse le ton pour réclamer la clé, finit par crier et donner des coups sur le battant. Roger ne se démonte pas. Elle se souvient des barreaux aux fenêtres. Tout à coup, elle est vulnérable, elle est prisonnière. Il faut qu’elle sorte.

Elle se retourne pour le regarder, il est de dos, très calme, un bras sur l’accoudoir du canapé, la tasse à la main. L’évidence s’impose, elle respire, car il doit plaisanter sans doute, se moquer d’elle, il va se lever et lui ouvrir, elle est en train de s’affoler pour rien, de « marcher », de « courir » même et lui, avec sa tournure d’esprit machiste, va se dire que les bonnes femmes paniquent pour un rien.

Elle le regarde avec espoir.

— Bon, tu as réussi, tu m’as fait peur, maintenant il faut que j’y aille, s’il te plaît.

Il ne lui répond pas et termine tranquillement sa tasse de café. Elle secoue à nouveau la poignée de la porte, mais plus mollement. Elle reprend ses esprits.

Au bout d’une minute ou deux, elle se décide. Elle doit obéir à ce maniaque, boire son café, il la laissera partir ensuite. Il ne doit pas supporter qu’on lui résiste. Elle commence à le cataloguer parmi les cinglés, mais décide de se faire violence. Peut-être est-il dangereux. Elle craint d’accroître la tension entre eux en se montrant récalcitrante. Elle s’approche de la table de salon.

— Bon, je vais le boire, ce café. Et elle saisit la tasse. Ses mains tremblent un peu, il ne semble pas le remarquer. Elle s’assied sur une chaise, loin du canapé, avale une gorgée du liquide brûlant.

— Il est bon ? Pas trop fort ? J’aurais dû te proposer du déca.

Que de prévenance ! Se moque-t-il ? Elle lui assure que non, pas de déca, c’est parfait.

Roger verse un peu de cognac dans un verre, s’avance vers elle pour le lui tendre, s’en sert un. Son beau visage est calme, il a l’air à la fois innocent et satisfait. Décidément, il a la manie de plisser les yeux.

Elle se force à envisager la situation de façon positive, il va la libérer après le pousse-café, ce n’est pas possible autrement. Ils boivent de concert. À petites gorgées, elle fait semblant de savourer alors que, très inquiète, elle sent à peine la brûlure du liquide dans sa gorge. Elle prend son temps pour ne pas l’indisposer, pour qu’il soit content d’elle, qu’il veuille lui faire plaisir à son tour pendant que lui, sibyllin, penche son verre, admire la couleur ambrée du liquide, le hume avant de l’avaler avec un claquement de langue satisfait. Il guette son appréciation. Pour ne pas le contrarier, elle sourit et marmonne un compliment sur la qualité du cognac.

Son verre vide, figée, elle n’ose rompre l’instant, se lever, demander à nouveau la clé. Elle n’est pas sûre de la réponse. Elle se rend compte qu’il est en train de lui parler, n’a rien entendu, les battements de son cœur ont couvert ses paroles. Elle le prie de répéter, il s’exécute.

— Il est neuf heures. Tu veux voir un film ou écouter de la musique avant qu’on aille se coucher ?

Aller se coucher ? Elle se lève brusquement.

— Maintenant, il faut que je parte pour de bon, je suis en retard. Ma fille va s’inquiéter.

Elle espère toucher la corde sensible.

— Tu ne voudrais pas, toi, que l’un de tes enfants s’inquiète de ne pas te voir rentrer. Tu dois comprendre cela.

— Ta fille est grande, ce n’est plus une enfant, elle peut se passer de toi. Reste avec moi, ce n’est pas la mer à boire.

Son ton est sans réplique. Puis, tout de suite, il se radoucit.

— On va passer une nuit tranquille. Tu ne trouveras pas la clé, de toute manière.

Elle lit sur son visage un mélange de détermination, de confiance en lui et d’ironie. Il a pris le ton d’un adulte qui veut ramener à la raison un enfant capricieux. Elle ouvre la bouche, la referme. Les mots se bloquent dans sa gorge. Une larme coule au coin de son œil, descend jusqu’au lobe de l’oreille. Elle l’essuie rageusement, résolue à faire face.

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