
Drogo
Chapitre 2
POV Drogo
Aujourd'hui est une journée spéciale pour moi. C'est mon anniversaire et pas n'importe lequel. J'ai seize ans. Ce soir, quand la Lune sera haute, mon Loup se dévoilera pour la première fois. Je dois avouer que j'ai hâte d'y être. Je le sens s'éveiller depuis quelques jours. Il remue et n'a plus qu'une envie se dégourdir les pattes.
Je crois que mes parents ont aussi hâte que moi d'y être, ma mère ne tient plus en place depuis des jours alors que mon père lui, m'a déjà raconté trois fois comment s'est déroulé sa première transformation lors de ces deux derniers jours. Je ne sais pas vraiment comment ça va se passer par la suite, peut-être que je ressentirais le besoin de partir, comme mes parents m'en ont parlé à quelques occasions où alors rien ne changera et je resterais ici pour encore quelques années. Je dois dire que je n'ai pas vraiment envie de fouler ce monde extérieur et en me penchant à la rivière pour prendre de l'eau, mon reflet me rappelle pourquoi.
Mes doigts se posent sur cette hideuse cicatrice. ça c'est produit il y a des années, pourtant, je me souviens encore de ces humains et de leurs regards plein de haine. De la peur qui s'est emparée de moi en cet instant alors que mes parents arrivaient pour me défendre. Je me rappelle du bain de sang qui en a suivit et surtout du fait qu'après ça, je ne me suis plus jamais approché de nos frontières.
La simple idée de devoir partir me réveille la nuit. Même si je sais que je suis suffisamment fort pour affronter l'extérieur, je n'ai aucune envie de croiser des humains. L'eau s'agite alors que j'y plonge mes doigts, un courant se forme dessinant un tourbillon qui gagne en vigueur, jusqu'à ce que ma mère vienne poser sa main sur mon épaule en me faisant sursauter.
- Nous aimerions te parler Drogo, dit-elle en me souriant.
- J'arrive.
Je détourne mon regard de cet étendue d'eau et me relève avant de la suivre un peu plus loin, jusqu'à notre maison. Mon père est installé devant, nous attendant, une tasse de thé fumante à la main. Ma mère s'installe à ces côtés alors que je m'assieds face à eux. Mon regard glisse sur eux, c'est rare qu'ils veuillent me parler en même temps et j'avoue être assez curieux de savoir ce qu'ils veulent me dire. Mon père attrape la main de ma mère alors qu'elle me sourit avant de me dire.
- Tu sais, nous aussi avons fait partie de ce monde il y a longtemps, commence t-elle. C'était il y a très longtemps, à une époque où nous avions encore de l'espoir. J'ai obtenu mes pouvoirs de ma mère qui elle même les a hérité de sa mère, si Adrien en possède aussi c'est uniquement par ce qu'il est mon âme sœur, ma moitié, mon Loup. Bien entendu et comme tu peux t'en douter, aucun autre Loup ne possède ce type de pouvoirs, d'ailleurs aucune créature sur la terre ne les possède. Nous sommes les seuls à les détenir et il y a une bonne raison à ça.
J'avoue que je ne me suis jamais posé plus de questions que ça. Pour moi, mes pouvoirs sont quelque chose de naturel. Ils sont en moi depuis que je suis née. Mes parents les ont toujours utilisé devant moi même si à ce jeu là, ma mère est bien plus forte que nous deux. Je n'ai jamais croisé d'autres Loups, tout ce que je sais, je le tiens des récits de ma famille.
- Pour les deux premières, reprend t-elle, tout était différent. Même si elles étaient incroyable, elles avaient moins de pouvoirs que moi et elles les ont surtout utilisé pour le bien être et la protection de leur meute. J'ai choisi une autre voix, surtout parce que j'ai eu la chance de rencontrer ton père qui m'a toujours suivis, qui a toujours cru en moi. Et plus je me suis engagée sur cette nouvelle route, plus mes pouvoirs se sont développés.
Elle inspire profondément en fermant les yeux un court instant. En la voyant ainsi, je comprends que ressasser tout ça est douloureux pour elle, mais elle se reprend rapidement et continue.
- La nature souffrait. Les humains et leurs égocentrismes la détruisaient sans s'inquiéter des répercutions. Réduisant un peu plus l'habitat des autres créatures magiques. Petit à petit, ces dernières ont arrêté de se reproduire, de prospérer. Les plus faibles allaient s'éteindre dans l'indifférence générale. Mais comme tu le sais, nos pouvoirs sont liés aux éléments, à la terre elle même alors avec ton père, nous avons parcouru le monde, offrant à chacun de nos pas un peu de notre force. Au début, c'était subtile. Quelques fleurs qui sortaient de terre après notre passage, l'herbe qui devenait plus verte, plus vivace et après quelques temps, on a vu l'impensable pour beaucoup. Des femmes arborant des ventres rond, offrant un nouvel espoir à l'avenir. Les races ont alors commencé à prospérer à nouveau, les forêts se sont agrandies, étendues et nous étions sûr que le monde allait retrouver sa beauté perdue. Nous pensions que chaque créature avait le droit de vivre comme ces ancêtres, comme elle le méritait et nous étions sûr que nous étions garant de leur avenir, que notre devoir était de les aider, de les soutenir.
- Pourquoi?
- Parce que c'est le rôle d'une Reine de prendre soin de ces sujets et celui d'un Roi de soutenir sa moitié dans ces choix, ajoute t-elle dans un souffle.
Je ne suis pas sûr de vraiment saisir le sens de ces mots. Mon père se penche doucement vers ma mère pour embrasser sa joue comme si il voulait lui donner du courage afin qu'elle continue à me parler.
- Nous nous sommes longtemps posé la question, ajoute t-elle. Fallait t-il vraiment te dévoiler ton héritage? Avais tu besoin de porter ce poids sur tes épaules avant que tu ne sois prêt pour ça?
- Je ne comprends pas, de quoi tu parles?
- Ma grand mère était la première Reine des Loups, ma mère la deuxième bien qu'elle aurait déjà pu faire plus, puis je suis venue au monde, avec plus de force, plus de puissance. Je suis née Reine, sauf que mon royaume est la terre est elle même.
Je regarde ma mère comme si je la découvrais pour la première fois. J'ai toujours su qu'elle était puissante mais jamais je n'aurais cru qu'elle puisse avoir un tel rang, qu'elle puisse avoir le pouvoir de diriger le monde alors qu'elle s'en est coupée bien avant ma naissance.
- Comme ta mère te l'a dit, commence mon père, on s'est battu pour les créatures. On les a défendu contre ceux qui voulaient les anéantir. On a assisté à beaucoup de batailles, beaucoup trop. Si nos pouvoirs nous ont toujours protégé, malheureusement, nous sommes incapable de sauver tout le monde. Chaque guerre engendre des pertes et c'est ces pertes qui nous ont le plus blessés. Jour après jour, ceux que l'on avait aidé revenaient pour demander plus, pour nous demander de l'aide dans une autre bataille, dans une autre guerre. Personne ne s'est jamais posé de questions sur nous deux mais comme ta mère me l'a apprit il y a bien longtemps de ça, tout est lié. Chaque vie, chaque brin d'herbes, chaque goutte de sang qui s'enfonce dans le sol. La douleur de tout ces morts à commencé à nous faire poser des questions. Autant de pertes pour des conflits sans importance alors que tout ce que nous voulions, c'est que tous vivent en harmonie. Et puis, continue t-il en soupirant, on a perdu un ami qui nous été cher. Un ami plus précieux que bien d'autres. Cette perte a tout changé pour nous et pour la première fois de notre vie, on a utilisé nos pouvoirs pour venger une mort. On aurait jamais du faire ça, on le sait tout les deux mais la douleur était telle qu'elle nous a aveuglé. Avec du recul, on se dit qu'on aurait du agir différemment, mais voilà, ce qui est fait et fait. Nous ne pouvions plus revenir en arrière et nous ne voulions plus supporter ces pertes alors que ce monde recommençait à décliner petit à petit.
- On aurait aimé que tu naisses dans un monde épanouie, déclare ma mère, un monde où tes pouvoirs n'auraient plus eu la moindre importance.
- Mais nous avons échoué et après toutes ces batailles, après toute cette peine et cette douleur, on a tourné le dos à tout ce qui avait fait notre vie pour venir ici et nous concentrer sur nous, sur nous deux.
- Tu es notre fils Drogo, notre héritier, le prochain et le seul qui pourra accéder à ce trône maudit à notre place. Tu ne le sens pas car nous sommes tes parents et que tu as toujours vécu avec nous, mais si tu devais partir, tu verrais les autres s'incliner devant toi sans qu'ils ne puissent rien y faire. Ils te reconnaîtront comme étant leur Roi et viendront naturellement à toi pour une raison où une autre.
- Dès qu'on a su que tu grandissais dans le ventre de ta mère, on a sentit qu'une page se tournait, qu'un nouveau chapitre allait s'écrire et que cette fois, c'est toi qui en serait le personnage principal. Bientôt, ton Loup et toi ne ferez plus qu'un et à ce moment là, tu ressentiras le besoin de partir, l'appel des grands espaces, celui d'avoir ton territoire, le tien et non le nôtre.
- Je ne suis pas sûr de vouloir partir, dis-je un peu plus bas que je le voudrais.
- Nous le savons tout les deux mon fils, mais tu vas vite découvrir que l'instinct d'un Loup est très fort. Ta mère et moi savons déjà ce que nous allons voir, nous le savons depuis que tu es né. Tu as la carrure d'un Alpha, sa prestance naturelle, sa force brute. Si nous vivions dans une meute, tu pourrais en prendre la tête sans la moindre difficulté. Tu comprendras par toi même mais deux Loups comme nous ne pourront pas cohabiter ensemble très longtemps. C'est dans nos gênes, on ne peut pas lutter contre ça et même si avec ta mère tu es ce que j'ai de plus précieux au monde, la tension entre nous va devenir invivable.
Je les regarde à tour de rôle, saisissant chacune de leur parole. Je vais donc devoir partir, qu'importe ce qu'il m'attend à l'extérieur, je vais quitter cet endroit qui m'a vue naître pour affronter cette population qui a poussé mes parents à ce retranchement. Une larme coule sur la joue de ma mère, elle n'a pas plus envie de me voir partir que moi. Je me lève pour aller jusqu'à elle et essuyer cette perle salée sur sa peau. Même si ils ont gardé le secret jusqu'au bout, ils ont tout fait pour que je sois prêt pour ce moment. Pour cet instant où je prendrais mon envol.
Ma mère se lève à son tour et me prend dans ces bras avant de me serrer contre elle.
- Suis les conseils que je t'ai toujours donné Drogo. Fais confiance à ton instinct. Fais confiance à tes pouvoirs. Tu es mon fils, notre fils. La nature sera toujours derrière toi, les éléments toujours à porté de main.
- Je sais maman, je me rappellerais de tout ce que tu m'as dis, de tout ce que tu m'as apprit. Je te le promet.
Elle me serre un peu plus en étouffant un sanglot et moi je lui rends cette étreinte qui sera sûrement l'une des dernières que l'on pourra partager en fermant les yeux. Encore quelques heures, juste quelques heures et je devrais faire mes premiers pas, seul, dans ce monde.
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