
Drogo
Chapitre 3
POV Ambre
Le moment est venu. Le soleil s'est couché pour laisser place aux ténèbres de la nuit. La lune est magnifique ce soir, à croire qu'elle nous fait un clin d'œil pour ce moment si particulier pour notre fils. En cette soirée, je ne peux m'empêcher de penser rapidement à Lilou. Elle a vécu ça avant moi, cet instant où nos enfants deviennent des adultes qui vont apprendre à voler de leurs propres ailes. Mon cœur se serre, j'aurais aimé le garder près de nous encore quelques années mais je ne peux pas lutter contre notre nature. Je ne peux pas me battre contre ce que nous sommes.
Je le regarde lever la tête vers la Lune alors qu'il retire ces vêtements. J'ai hâte de voir ce que je n'ai fais que deviner depuis sa naissance. J'ai hâte de découvrir le Loup qui sommeille en lui. Cette créature qui j'en suis sûr va se montrer aussi majestueuse que je l'imagine. La première transformation est toujours douloureuse et quand Drogo s'effondre à genoux en enfonçant ces ongles dans le sol, je souffre autant que lui, impuissante face à sa douleur alors qu'Adrien passe son bras autour de moi pour me serrer contre lui.
- On est tous passé par là, dit-il doucement à mon oreille, ça va aller ma belle, d'ici quelques secondes, il ne souffrira plus. Au contraire, il sera plus libre qu'il ne l'a jamais été.
Je le sais, mais en tant que mère, je déteste voir mon fils dans cet état là. Ces muscles se bandent, sa peau s'étirent alors que ces os craquent. Je n'ai jamais aimé assister aux premières transformations de Loups, mais celle là me touche particulièrement. Je me force à le regarder, à le soutenir en l'encourageant comme je le peux et petit à petit, sa fourrure se dévoile.
Adrien me serre un peu plus fort alors que tout comme moi, il voit ce que j'avais prédit, un Loup qui ressemble comme deux gouttes d'eau à mon grand père. Un Loup aussi imposant et majestueux qu'Eden. Sa fourrure est aussi argentée que les reflets de la lune et ces yeux, aussi rouge que le sang.
Dès que sa transformation prend fin, il pousse un profond hurlement qui me fait trembler de la tête au pied. Mon fils, ce petit être que j'ai porté dans mon ventre durant des mois et devenu un magnifique Loup qui en impose rien que par sa présence. Adrien frissonne à son tour, on le savait, il a tout pour être un parfait Alpha. Mon Loup pousse un léger grognement, c'est une réponse des plus normales dans ce genre de situation. Comme nous lui avons expliqué, deux Loups de cette puissance ne peuvent cohabiter. Il ne peut y avoir deux Rois sur le même trône.
Je souris en le contemplant. Je n'ai jamais eu la chance de rencontrer Eden mais en voyant Drogo, j'ai presque l'impression de le voir enfin. Je m'approche doucement alors que son regard se plante dans le mien. Je suis si fier de lui, si fier de cette nouvelle chance que nous offrons à cette terre. Car même si il fera ces propres choix, je sais qu'il fera de son mieux. C'est comme ça que nous l'avons élevé.
Ma main se lève pour se poser sur son museau. La première fois tout est si nouveau qu'on a du mal à focaliser son attention, je le sais, je m'en souviens même si c'était il y a longtemps. Pourtant, il ne détourne pas la tête, au contraire, il me renifle la main avant de s'incliner légèrement malgré son pellage gonflé qui me prouve qu'il lutte contre ce qu'il ressent.
Bien sûr qu'il a du mal à le faire, de toute faon, ça n'a aucune importance à mes yeux, je me suis délestée de ce titre de Reine quand nous sommes venus vivre ici et jamais, je ne demanderais à mon enfant de m'appeler par ce nom.
- Ne t'inclines pas Drogo, dis-je doucement. Je ne suis plus une Reine et encore moins la tienne. Le monde est à toi maintenant et comme je ne suis plus Reine, ton père n'est plus Roi non plus. Ce trône te revient de droit, mon fils. Si je n'étais pas ta mère, ça serait à moi de m'incliner.
Il relève la tête, un peu surprit, je peux le lire en lui avec une telle facilité que ça me ramène presque des années en arrières, quand j'en entendais trop, beaucoup trop, de tout le monde. Adrien se rapproche de moi et commence à retirer ces vêtements. Il va bientôt partir mais tout les deux, nous comptons bien nous offrir une nuit à courir avec lui sur notre territoire. Une dernière nuit où pour la première fois de sa vie, il va gouter à la vrai liberté, à celle à laquelle son Loup aspire déjà. Une dernière nuit qui fera de lui le prédateur ultime qu'il est. Car c'est ce que nous sommes, je le sais maintenant. Pour autant, en regardant mon fils, je me dis que c'est le plus magnifique de tout les prédateur qui puissent fouler cette terre.
Je lui souris un peu plus avant de me reculer d'un pas pour me mettre au niveau de ma moitié et tout comme Adrien, je laisse cette part de moi prendre le dessus, se dévoiler au grand jour. Adrien reste contre moi alors que ma Louve fait un signe à Dogo pour l'encourager à nous suivre. Ce qu'il fait sans hésiter. Il a besoin de se dégourdir les pattes, il a besoin de sentir le vent dans sa fourrure, la terre sous ces griffes et tout ce gibier qui tremble en réponse à sa présence.
Notre forêt est prise d'un soubresaut, signe que déjà, la terre l'appelle. Je ne sais pas pourquoi contrairement à ma mère et à ma grand mère je ne suis pas morte. J'étais tellement certaine qu'il drainerait jusqu'à la dernière parcelle de pouvoir en moi et pourtant, je n'ai rien perdu, je ne me suis pas affaiblie et j'ai cette chance unique de pouvoir partager ce moment avec lui. De le voir devenir un homme. Un Roi.
En le voyant courir pour la première fois, je suis certaine qu'il est prêt. Certaine qu'il pourra affronter ce monde à l'extérieur. Certaine qu'il pourra y survivre et encore plus qu'il pourra le mettre à ces genoux si il le désire, car il en a le pouvoir. Il en a la force. C'est mon fils, mon unique enfant, celui que j'offre à ce monde comme une unique réponse, qu'importe ce qu'il en fera.
Une odeur attire son attention. Sa première chasse. Cette première expérience qui lui fera comprendre à quel point nous sommes des prédateurs redoutables.
POV Drogo
Cette odeur, je la connais, j'en suis sûr. En tout cas mon Loup lui la reconnaît. Il fonce dans sa direction comme si il savait parfaitement quoi faire. Je ne me suis jamais senti aussi bien qu'en cet instant. C'est comme si je goutais à la liberté en ne faisant que l'effleurer. Mon père avait raison, on ne pourra pas cohabiter, je le sens, il est trop fort, trop dominant, j'en viens même à me demander comment ils font avec ma mère alors que je la découvre elle aussi sous un nouveau jour.
C'est fou, sa simple présence m'a fait baisser la tête. C'est une véritable Reine, une Reine face à laquelle mon Loup est prêt à plier le genoux même si il souhaite dominer et surtout faire ces preuves auprès d'eux. Je réalise alors que malgré tout les pouvoirs qui coulent en moi, il y a encore beaucoup de choses qui m'échappe. Comment j'ai fais pour ne pas remarquer ce qu'ils sont tout les deux.
"Tu n'as connu que nous. Pour toi, notre aura, notre présence, notre force est tout ce qu'il y a de plus normal. Là où beaucoup se sont agenouillés, toi, tu as grandit. Tu es devenu un homme. Un homme dont ta mère et moi sommes fier."
Mon père n'est pas du genre à se lancer dans des grands discours et encore moins à dévoiler ces sentiments. Je sais qu'à ces yeux, ma mère compte plus que tout, c'est la seule personne envers qui il est tendre. Je les ai toujours vu s'enlacer, s'embrasser, sourire, rire ensemble et pourtant alors qu'il est toujours si doux avec elle, je ne les ai jamais entendu se dire je t'aime. Je crois qu'ils n'en n'ont simplement pas besoin. Mais ces mots, ces paroles, qui me sont destinées me touchent vraiment. Mon père est fier de moi et même si nous ne pouvons pas vivre ensemble, je ferais tout pour qu'il continue à l'être dans l'avenir.
Mon Loup va plus vite, il accélère, il sent que cette odeur se rapproche alors que moi, je sens l'excitation me gagner. Du gibier, de la viande fraîche. Cette simple pensée me fait gagner en vitesse. Il est hors de question qu'on le perde. Il est hors de question que je laisse filer cette première proie.
Je prends la tête de cette chasse. Mes parents restent un peu en arrière. Ils veulent me laisser faire, me laisser profiter du fruit de cette première chasse, de ce premier moment où je sens en moi ce côté plus sombre, ce besoin de sang, de chaire, de dominer. à mesure que mes pattes s'enfoncent dans le sol, la nature réagit, les éléments s'éveillent. Le vent souffle dans mon dos pour me faire aller plus vite. La terre se soulève sous mes pattes comme des tremplins me faisant gagner toujours plus de terrain. L'eau ruisselle sur le sol, me rafraîchissant durant cette course alors qu'il commence à faire plus chaud, bien plus chaud. Je sais que cette chaleur va épuiser ma proie avant même que je ne donne tout ce que j'ai. Des lianes serpentent sur le sol en se mêlant à la terre et à l'eau, gagnant en force grâce à cette augmentation de température, si bien qu'elles parviennent à me suivre sans la moindre difficulté.
C'est fou, cette cohésion entre mon Loup et mes pouvoirs, ce schéma qui se dessine sous mes pattes alors que je ne fais qu'entre voir ce dont je suis vraiment capable. C'est comme une évidence, cette fusion. Ce lien qui se créé entre tout ça me prouve que mes parents ont raison. Je suis plus fort que je ne le pense. La nature est d'accord avec ça. La terre est prête pour que je prenne la suite. Pour qu'à mon tour j'écrive l'histoire. Pour que cette aventure soit la mienne, que ce monde découvre tout comme moi cette force qui ne fait que sommeiller.
Il faut moins de cinq minutes à mon Loup pour remonter la piste. Cinq petites minutes qui vont faire basculer la vie d'un animal déjà effrayé. J'ai grandis ici, je connais tout les animaux qui foulent cette forêt mais le prédateur en moi à besoin de s'affirmer. Le prédateur en moi à besoin de faire couler le sang.
Le paysage défile à toute vitesse. Je suis moi même surprit d'esquiver avec autant de facilité tout ces arbres qui semble jaillir de nul part mais mon Loup est agile. Mon Loup est puissant, je le sens. Un profond grognement sort de ma gorge. Je suis déjà remarqué. Je n'ai aucun besoin de me la jouer discret.
Je ne sais pas vraiment à quel moment je le réalise mais quand j'arrive face à ce cerf massif, mes parents ne sont plus derrière moi. L'animal me regarde. Il a tout fait pour gagner du terrain mais il sait déjà qu'il est trop tard. Que je suis plus fort. Que je n'aurais aucune pitié. Malgré ça, il ne cherche pas à me fuir. Il est prêt. Prêt pour le dernier combat de sa vie. Celui qui fera de lui mon repas alors que moi, j'aurais prouvé que je suis le prédateur ultime qui peut régner sur cette terre.
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