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Couverture du roman Dora, l'autre - Une analyse: SouS le Signe du Serpent

Dora, l'autre - Une analyse: SouS le Signe du Serpent

Ce récit retrace le parcours thérapeutique d'une femme luttant contre une psychose sévère. Inspirée par les travaux de Freud, cette cure analytique mène l'héroïne vers la découverte de son véritable Moi. Ancienne enseignante marquée par des troubles maniaco-dépressifs, l'auteure livre ici un témoignage poignant sur sa reconstruction personnelle. À travers l'écriture, elle explore la pédagogie de la psychanalyse pour finalement atteindre une guérison complète et durable.
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Chapitre 2

Dora, l’autre : incipits

1

Un bloc de glace n’a pas de mémoire mais nous oui. Seulement pour aller à la recherche de ses souvenirs, il faut arriver à faire fondre la glace.

2

Votre plus grand ennemi, c’est celui que vous aimez le plus.

3

Le navire vient à l’appel de son ancre.

1

Un bloc de glace n’a pas de mémoire mais nous oui. Seulement pour aller à la recherche de ses souvenirs, il faut arriver à faire fondre la glace.

1

1/6/1980

Voilà, docteur je suis déjà venue vous voir il y a un mois pour de la sophrologie parce que je suis très nerveuse, mais quand vous m’avez dit « dans votre cas, une psychothérapie serait plus recommandée, on commence tout de suite. » J’ai répondu « non j’ai peur. » Mais j’ai dû m’habituer à cette idée puisque me revoilà. Je vous ai déjà donné mes cordonnées : la petite fiche, le nom, l’âge, adresse, n° de téléphone, tout, profession des parents, du mari. Je ne travaille plus, à cause de mon état de santé et je n’ai pas d’enfant, bref vous savez tout de moi. Ce que je ne vous ai pas dit la première fois, c’est qu’en terminale, j’étais fascinée par la psychanalyse, la traduction des rêves, les tentatives de l’inconscient pour émerger et son grand lourdaud de frère qui est là pour s’asseoir sur lui et le ramener au silence, et monsieur le surmoi, imbu de sa personne, ennuyeux comme la pluie, en guerre totale contre cette petite canaille de ça, ce polisson, toujours prêt à faire des galipettes. J’aurais voulu être psychiatre, mais il fallait en passer par médecine alors j’ai fait des études littéraires, j’ai même enseigné un temps et je bénis le ciel tous les jours de m’être orientée ainsi parce que cela vous donne un acquis, des vibrations : c’est l’école de la vie, une ouverture sur le monde et sur ce qu’il est convenu d’appeler l’âme, et sur le réel, le rationnel et le fantastique et le surréel, la psychologie ;… c’est un moment privilégié, presque magique, quand dans un livre, vous rencontrez, un passage, une phrase et que vous vous dites : « c’est exactement ce que je ressens. » et qu’en même temps, c’est tellement bien écrit « oui mais moi jamais je n’aurais pu l’écrire comme ça. » Alors j’ai un cahier de citations où je recopie. Tenez auhasard « le navire vient à l’appel de son ancre. » et celle-là, magnifique, je suis bien tombée ! « Il faut porter encore en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. »c’est de Nietzsche. En même temps, à la fac et par la suite j’ai continué à m’intéresser à la psy, parce qu’il y a de grandes affinités entre les deux. Mais, je pense, mes petites connaissances techniques ne me seront d’aucun secours, parce que les préconçus peuvent vous engager sur de fausses pistes et puis surtout quand vous avez le nez sur votre miroir, ça vous fait loucher et vous ne voyez pas grand-chose, juste ce que vous voulez bien y voir : il faut de l’objectivité, de la distance. Comment je vous ai trouvé ? Mon médecin m’a donné votre adresse. Et j’ai vérifié vos titres : neuro psychiatre, ancien interne des hôpitaux de Paris, psychothérapies analytiques. Maintenant, j’ai pris ma décision : c’est l’analyste plutôt que le médecin psychiatre ou le sophrologue que je viens voir… Oui, j’ai peur de commencer. On ne sait pas ce qu’on va trouver et il faut apprivoiser cette peur. Bon, je me lance, je verrai bien ce que l’avenir me réserve. Je viens très exactement parce que j’ai fait plusieurs dépressions, des dépressions sans motif. L’air du temps peut-être. Et j’ai été longtemps suicidaire, longtemps, et la dernière fois pendant plus d’un an, c’était une obsession : je voulais y arriver… sans raison aucune. C’est ce que je ne comprends pas. J’ai eu une enfance enchantée, des parents aimants, mon père était un notable, installé à côté d’Alger et dans le gros bourg que nous habitions, il était à la première place, invité à toutes les réceptions, à tous les mariages, à tous les baptêmes et nous avec lui. Et de cette Algérie coloniale, je garde le souvenir de bals, de fêtes, de belles toilettes, de femmes gaies et élégantes ma mère était très belle mais surtout elle avait un magnétisme et une ardeur à vivre qui en faisait un personnage… oui, un personnage de roman, d’ailleurs ses références c’était Adeline des Jalna mais vous ne devez pas connaître alors Scarlett, Scarlett, vous connaissez. : « Demain est un autre jour. » Ajoutez à cela que nous habitions une grande maison ancienne que ma mère avait préférée à une maison moderne à cause de trop de proximité avec celle de ses parents et elle avait choisi cette maison coloniale, une maison magique,magique à cause de son jardin avec son grenadier, son mandarinier, son lavoir et vous allez rire, une cabane à lapins ! Une maison dont toutes les pièces communiquaient : on passait de la cuisine à la salle à manger, puis au salon, du salon à la chambre de mes parents, puis à la mienne qui donnait sur une autre chambre plus à l’écart que nous appelions la chambre du fond qui avait un accès direct au bureau de mon père, un peu mystérieuse parce qu’on n’y allait jamais, du moins dans mes souvenirs. Puis la cuisine, le centre vital, le foyer chaleureux, là où on se retrouvait tous autour de la grande table de bois. C’était une maison ouverte, où on passait de pièce en pièce, un plan en colimaçon, et ouverte aussi sur l’extérieur par toutes ses portes fenêtres. Oui, j’adorais habiter cette maison, c’était une maison merveilleuse et le jardin l’était encore plus, un jardin plein d’arbres en fleurs, des orangers, des citronniers mais c’est sous le grenadier parce qu’il avait l’ombre la plus dense que je faisais mes devoirs de vacances comme Simone de Beauvoir sous son catalpa ; dans mon souvenir, ces arbres, ils sont toujours en fleurs même en hiver – des chants d’oiseaux sur toutes les branches et un écureuil qui parfois traversait l’allée. On savait bien qu’il y en avait toute une famille mais ça nous enchantait de penser qu’il n’y en avait qu’un, juste pour nous comme une surprise de Noël, tous les jours et je me demande même si je ne l’invente pas, cet écureuil, comme le vivant symbole du bonheur familial et après le dîner, quand ma mère se mettait au piano, un Klein verni noir, avec ses deux chandeliers de bronze, les notes perlées des valses de Chopin s’égrenaient dans l’air du soir. Puis on refermait les portes fenêtres et la maison s’endormait.

Je me demande pourquoi je vous parle tant de cette maison, sans doute parce que je pense que les maisons nous ressemblent, et même qu’elles jouent un rôle important dans notre vie par leur configuration ou leur atmosphère. Ses je pense qu’il y a des maisons magiques mais il y aussi des maisons maléfiques, et de leurs fenêtres allumées comme des yeux de chouettes, elles sont capables de vous jeter des sorts. J’ai lu que Hitchcock, ayant vu le tableau de Hooper « Maison au bord de la voie ferrée » n’a eu de cesse de la faire rebâtir à l’identique pour un de ses films et les films de Hitchcock, c’est épouvante, folie et compagnie. Autre chose que ma maison à moi, celle d’un paradis, « le vert paradis des amours enfantines », celui de Baudelaire. On dit que nous sommes marqués, habités et poursuivis par notre enfance. Alors, je ne comprends pas… je suis là pour comprendre. On me disait : « tu as tout pour être heureuse » et dans mon enfance aussi j’avais tout, peut-être encore plus que maintenant. S’il faut remonter jusqu’à l’enfance mais je ne vois rien… ce sera un long cheminement.

Pourvu que je n’abandonne pas en route.

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