
Docteur charme - Tome II : Les tumultes du passé
Chapitre 2
Je ferme les yeux, mais le bruit de la circulation parisienne au bas de l’immeuble me perturbe un peu ; je n’ai plus séjourné dans la capitale depuis plus d’un an.
Il est presque deux heures du matin et Anna dort profondément contre moi.
La lumière bleue du radio-réveil, posé près du canapé, éclaire suffisamment pour que je distingue son visage serein aux traits délicats
Je me tourne doucement vers elle pour la contempler, mais mes pensées sont ailleurs.
J’ai eu un choc cet après-midi en entrant dans cet appartement !
Découvrir l’univers d’Anna – celui d’avant notre rencontre – m’a profondément troublé, et je ne peux m’empêcher de m’inquiéter de ce retour aux sources.
Peut-être que j’aurais dû lui proposer de vivre à Seattle près de ma propre famille ?
Le studio respire la tristesse, certes, mais surtout je me demande si la jeune infirmière n’a pas manqué d’argent. C’est vrai, la vétusté des meubles, le manque de confort matériel m’a frappé plus encore que l’absence de photos ou de décoration intérieure.
Avant de venir ici, je savais qu’Anna n’avait pas été entourée par sa famille ou ses amis, mais en débarquant aujourd’hui je me demande jusqu’à quel point la jeune femme a été privée financièrement également. J’ai cru comprendre que son ex-mari avait gardé leur appartement, mais je doute à présent qu’Anna ait eu sa part !
Me contenant à peine, je serre les mâchoires et sens la colère monter en moi en songeant à Vincent et aux parents d’Anna.
Nous déambulons main dans la main le long du canal Saint-Martin en profitant de ce dimanche ensoleillé. Je propose à ma petite amie de prendre un verre à la terrasse d’un bistrot et elle accepte en souriant.
Pendant que nous attendons nos boissons, j’observe machinalement les couples et les familles se promener autour de nous, puis mon regard se pose sur Anna, ravissante dans sa petite robe noire aux fines bretelles et au joli décolleté.
Je lui demande d’un ton un peu plus sec que je ne voudrais :
— As-tu des nouvelles de tes parents ?
Elle ne peut s’empêcher de grimacer à leur évocation, mais elle me répond d’un ton sincère :
— J’ai envoyé un SMS à mon père ce matin pour lui dire que je suis bien arrivée hier.
— À ton père ? dis-je perplexe.
— Oui. Mes précédents SMS adressés à ma mère sont restés sans réponse alors je tente sur le portable de mon père.
Devant son air résigné, je secoue la tête et je lève les yeux au ciel, agacé :
— Ils ne te méritent pas, Anna. Comment peuvent-ils t’ignorer de cette façon?
Puis j’ajoute plus doucement :
— Pardon, je ne veux pas te faire de peine.
Elle pose une main sur la mienne et m’explique gentiment :
— Je me suis promis de ne plus les laisser me juger, mais…
Le serveur l’interrompt en déposant mon jus d’orange et le diabolo menthe commandé par Anna.
Voyant qu’elle ne reprend pas la parole, je poursuis :
— Je sais bien que ce sont tes parents, tu as eu raison de les prévenir de ton retour.
Elle me fixe de ses grands yeux verts, mais ricane, un peu amère :
— Remarque, je n’ai pas de nouvelles depuis presque six mois ! Je ne sais même pas si je les reverrai un jour ou plutôt s’ils daigneront me revoir devrais-je dire… C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ne sont même pas au courant pour toi et moi.
Je saisis sa main et lui dépose un baiser dans le creux de sa paume
Ses yeux brillants captent mon regard.
— Je t’ai dit que tu es sublime aujourd’hui ? lui demandé-je pour changer de sujet.
— C’est pour vous plaire, docteur Williams, répond-elle avec un merveilleux sourire.
— C’est réussi.
Nous continuons notre promenade proche du canal quand mon attention se porte sur ce quartier très agréable du dixième arrondissement.
— On pourrait peut-être trouver un appartement près d’ici non ?
Contre toute attente, ma petite amie se montre plus mesurée :
— Oui pourquoi pas ? À condition qu’il soit dans notre budget…
Manifestement, l’aspect financier inquiète la jolie infirmière !
Pour couper court à ses inquiétudes, je lui propose de la prendre en photo pour les envoyer à Sue, Marc et Jérémy.
— Bonne idée, lance-t-elle en retrouvant son sourire. Ça fait bizarre d’être séparés d’eux non ? Ils me manquent beaucoup.
— Oui, c’est vrai. Ils me manquent aussi… Mais bon d’ici quelques semaines, ils rentrent en Europe et nous pourrons nous revoir tous ensemble.
— J’espère être disponible avec le travail, dit-elle tout à coup. J’ai rendez-vous demain avec mon DRH pour voir comment réintégrer mon poste dans mon ancien service…
Son visage s’est assombri et Anna me semble contrariée à cette perspective.
Je m’arrête subitement de marcher puis je me tourne vers elle :
— Tu dois avoir des congés à prendre bébé ! Après tout, tu n’en as pas pris pendant tes cinq mois à Soko.
— Oui, c’est vrai, renchérit-elle en opinant de la tête. Je vais voir demain si je peux les poser avant de reprendre mon poste.
Cette éventualité la rassure, je le constate aussitôt à son visage soulagé.
Je réfléchis l’espace de quelques secondes, je comprends aisément que retrouver ses anciens collègues et le service où elle a vécu l’enfer ne l’enchante pas du tout.
Je lui propose sur un ton bienveillant :
— Peut-être que tu pourrais changer de service non ?
— Oui peut-être… Je n’ai pas envie de retourner là-bas pour les raisons que tu connais et j’aimerais bien faire autre chose aussi, dit-elle en réfléchissant.
— Quel genre ?
— Les urgences peut-être… Oui, je pense que cela me plairait bien !
J’acquiesce de la tête puis nous reprenons le chemin de son studio après avoir pris une bonne dizaine de photos pour nos amis restés en Afrique.
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