
Deux valises et un sac... - Tome I
Chapitre 2
Longtemps avant
Depuis l’enfance, au plus loin dont je me souvenais, la relation avec mes parents fut difficile et compliquée, très étirée entre deux pôles opposés, d’un côté la dureté et la rigidité de mon père et d’un autre la volonté de ma mère d’essayer de faire cohabiter tout le monde. Elle aussi subissait le comportement d’Henri, parfois j’essayais de faire front avec elle trouvant mon père injuste dans ses décisions et son attitude. En vain… Dès que cela fut possible, la majorité à l’époque était fixée à vingt et un ans, je trouvais une ouverture pour gagner deux ans. En me présentant dans un Centre de Recrutement de l’Armée, disant que je souhaitais devancer l’appel, l’officier recruteur qui me faisait face constitua le dossier. J’étais en possession de deux diplômes professionnels, j’étais aussi un sportif classé en national dans deux sports différents, athlétisme et rugby, ce qui pesa, je crois, assez lourd dans le dossier, j’avais un parcours scolaire normal, donc je pouvais intégrer en septembre, nous étions en juillet, un régiment situé à Nîmes. Si j’étais d’accord, il suffisait de signer là, tout de suite. L’accord parental n’étant pas obligatoire, je signais avec un plaisir immense. Cela représentait pour moi la première démarche qui me conduisait vers la liberté, et je rentrai le soir en disant à ma mère que ma demande avait été reçue et aussitôt acceptée. Elle eut malgré elle un choc qui lui amena les larmes aux yeux, mais tout de suite, me dit-elle simplement, avecsa douceur habituelle :
« Tu as bien fait, tu auras seize mois pour réfléchir à ton avenir. C’est une bonne décision. »
Décélération sonore, inclinaison côté droit, point de vue magnifique sur le Teïde, volcan à trois mille sept cents et quelques mètres d’altitude, cette fois, on arrivait. J’avais toutes les consignes pour rejoindre la résidence où je devais travailler, dans le cas où personne ne m’attendrait à la sortie de l’aéroport. D’un coup je pris un coup de chaud, un coup de stress, une vague d’appréhension, et m’obligeait à contrôler tout cela. Après la récupération de mes deux valises et de mon sac sur le tapis, j’eus la bonne surprise de voir une pancarte intitulée « François-René, Golf del Sur ». Je rejoignis rapidement le porteur, non, c’était une jeune femme ! Elle m’accueillit avec le sourire et parlant en français.
« Salut, moi c’est Coralie, je viens te chercher, et on va attendre un peu, dans dix minutes il y a un autre gars qui arrive il faut aussi le récupérer. Son avion est annoncé, il arrive de Milan. »
« Merci, c’est très sympa d’être venue me chercher, je m’attendais plutôt à devoir trouver un taxi. Tu travailles à la résidence ? »
« Oui, depuis l’ouverture il y a presque deux ans. Je suis la responsable réceptionniste, et aujourd’hui il manque deux hôtesses donc je suis venue pour éviter de dépeupler la réception. Tu vas voir, pour bien bosser ici il ne faut pas avoir peur d’être polyvalent. Mais c’est une super-compagnie, on travaille bien, et tout est crédible. Ce n’est pas comme dans toutes ces sociétés qui vendent des semaines de vacances et où il n’y a aucune sécurité ni pour l’emploi ni pour les clients. Quand tu verras l’hôtel d’un côté et la Résidence de l’autre, tu t’apercevras que tout ça, c’est solide. On travaille sur l’Europe, mais au final on n’agit que sur vingt-sept sites. »
« Oui, je crois savoir que mon poste me mettra en contact direct avec les touristes, j’imagine quand même, d’après les photos et vidéos que j’ai vues, que les clients ont les moyens de passer des vacances assez haut de gamme. Ce n’est peut-être pas facile tous les jours ? »
« Oh, on part du principe que l’on doit accéder à toutes les demandes, il n’y a quasiment pas de mécontents de nos services ou de réclamations des clients par rapport à des situations ou des problèmes. On les prend en charge, certains ne veulent pas, on les laisse tranquilles, à la fin de leur séjour on leur demande leur avis et neuf sur dix nous le donne, ils sont très satisfaits. Tu vas participer à leur satisfaction, ton job est sympa, basé sur le relationnel, je ne t’en dis pas plus ce n’est pas mon job ! »
Quelques instants plus tard, l’avion de Milan était arrivé, et Coralie avait sa pancarte, côté verso, avec le texte « Alessandro, Golf del Sur ».
En très peu de temps Alessandro nous rejoignit, présentations, en anglais, il était le seul de nous trois à connaître la langue italienne !
Sortie vers le parking, chargement des bagages, tout le monde embarqua en voiture, et moins de dix minutes plus tard nous arrivions sur le Golf. Superbe endroit tout proche de la mer, l’hôtel et sa résidence semblaient être des paquebots amarrés, un autre monde lorsqu’on arrive de Paris ou de Milano comme le souffla Alessandro.
Coralie m’indiqua un appartement où j’allai m’installer, me disant qu’il était déjà occupé par deux autres membres de l’équipe francophone, il y avait trois chambres, et tout cela dans le confort.
Je savais, on me l’avait annoncé dans différents contacts téléphoniques que j’avais eus avec la direction du site, que je serai pendant un temps logé avec d’autres personnes, ensuite, suivant l’évolution de mon poste il serait possible que j’occupe un appartement en étant seul.
Pour aujourd’hui c’était parfait, comme l’avait dit Coralie, vraiment tout cela me semblait « solide », en tous cas organisé. Elle me dit aussi que j’avais deux rendez-vous aujourd’hui, le premier avec Fred le responsable de formation, et l’autre avec Steven, le grand Big-Boss, prévus tous les deux dans l’après-midi, tant mieux tout démarrait ! Enfin, pour tout ce qui était de l’intendance, elle me remit un badge donnant accès au bar et au restaurant, et aux services internes, laverie, et autres. Avec une tape sur l’épaule et un grand sourire…
« Bienvenue, on compte sur toi, et je te souhaite de réussir. »
« Merci Coralie, tout va bien, quand j’aurai passé cette journée je serai très content de t’offrir un verre si tu veux, merci pour l’accueil. »
« OK, on en reparle plus tard. »
Mes deux valises et le sac entreposés sur un chariot, j’empruntais l’ascenseur et montais au second. Ayant trouvé l’appartement, je frappai.
« Oui, entrez… »
« Bonjour, je suis François-René, j’arrive ici, vous êtes au courant ? »
« Oui, salut, moi c’est Thierry, il y a Jacques aussi, on était prévenus. Tu as fait bon voyage ? »
« Oui, quatre heures d’avion, ce n’est pas trop long, et alors quand on arrive ici c’est une autre planète ! »
« Oui, en général personne n’aime en repartir, tu peux t’installer, il n’y a aucun problème, la chambre libre c’est la deuxième à droite. Jacques est dehors toute la journée, il est parti au Teïde avec une famille, le retour est prévu vers six ou sept heures ce soir. On a prévu pour toi d’aller dîner ensemble si tu veux, est-ce que tu dois voir Fred aujourd’hui ? »
« Merci, accueil sympa, oui dîner avec vous ça me convient. J’ai envie de savoir comment tout ça fonctionne, on va m’en parler aujourd’hui, car je dois voir Fred d’abord et ensuite Steven dans la soirée. Mais avec vous ici l’info’ sera sûrement un peu différente, en tous cas plus proche du terrain et pour le moment je suis complètement novice… »
« Je crois que ce qu’il faut savoir c’est, un, que l’ambiance ici est super, deux, on peut faire du fric, et c’est très bien comme ça, trois, on n’est pas en compète avec les autres, on bosse tous avec les mêmes résidents, donc il y a intérêt à se repasser les bonnes consignes. On est tous payés toutes les semaines, en cash, c’est une société anglo-suisse, donc système britannique. Je ne crois pas qu’il y ait des gens ici qui se plaignent par rapport au salaire. Si Fred ne le fait pas, demain on te fera faire le tour complet. Tu connaîtras tout le monde. »
« OK, super, accueil sympa. Il y a longtemps que tu bosses ici ? »
«J’ai démarré à Puerto de la Cruz il y a un an, dans une résidence Time-Share, ce n’était pas top, puis j’ai entendu dire qu’ici ils cherchaient des francophones, je suis venu voir, j’ai rencontré Fred et trois jours après je commençais. Je n’ai plus envie de changer, sauf si on m’envoie dans un autre site du groupe. Il y en a vingt-cinq autres, je crois, mais je ne suis pas sûr qu’il y ait une résidence dans chaque. »
« Tu es rentré en France depuis que tu es ici ? »
« Oui, deux fois, pour voir la famille, mes parents, et je vais les faire venir pour la fin de l’année. Ça les changera de voir les boules de Noël dans les cocotiers ! Et toi, tu vis seul ? T’as quel âge ? »
« Oui je vis seul, divorce en cours, j’aurai quarante-six en septembre. »
« Moi trente et un depuis un mois, j’ai une copine au Casa-Club, et je ne suis pas là tous les soirs ! Elle a son appart, on y est tranquilles. »
« Le Casa-Club, qu’est-ce que c’est ? »
« Le grand bâtiment superbe, tout en bois, sur la butte à l’entrée du Golf, tu as dû l’apercevoir en arrivant. C’est là où est installée la direction et toute l’administration du Golf, et il y a aussi un bar-restaurant très classe pour ceux qui jouent ou bien leurs invités. On y a accès de temps en temps, mais payant et cher ! Élisabeth, c’est ma copine, anglaise, y est en tant que comptable, tout va bien pour elle.
Dans les questions pratiques, est-ce qu’à la réception on t’a donné un badge ? »
« Oui, Coralie me l’a donné et m’a expliqué vite fait, mais je n’ai pas tout retenu… »
« Alors tu peux t’en servir tous les midis si tu es de service, si tu invites les clients ça peut être le soir et tu as droit deux fois par mois au resto’ du Casa-Club. Le petit-déj le matin n’est pas pris en compte, jamais, et le dîner du soir non plus. Ensuite, la lessive il y a des machines je te montrerai, le bar c’est pris avec en compte uniquement avec les clients, et si tu as besoin d’une voiture, toujours avec les clients, tu passes par la réception et ils louent pour le compte de la compagnie chez le loueur du Golf. Voilà, il y a de quoi bien bosser. Maintenant si tu veux on descend manger un morceau, si tu as reçu ton badge tu peux t’en servir. OK ? »
« D’accord, c’est vrai j’ai un petit creux. »
Tout me paraissait simple et bien organisé, toujours avec cette impression de solidité, de sérieux. Mon premier rendez-vous avec Fred approchait, je l’attendais au bar, il devrait arriver dans cinq ou dix minutes, à cette heure de l’après-midi j’étais seul dans la salle, les résidents étaient au bar-piscine ou bien en balade, ou à la plage.
Un grand type, près de deux mètres, relax, arriva avec un grand sourire façon Hollywood. Il me tendit la main.
« Hello, François, je suis Friedrich, on m’appelle Fred, et dès demain on va travailler ensemble. »
« Bonjour, Fred, je suis ravi de te connaître, je suis prêt, et si on attaque demain c’est parfait, j’ai vraiment envie d’en savoir plus. »
« OK, je vais te faire maintenant un topo’ rapide, tu pourras y réfléchir ce soir et poser tes questions demain. OK ? Pour commencer, je te demande de ne pas prendre de notes. C’est un entraînement, une habitude à prendre et à conserver. Je t’explique qui nous sommes.
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