
De sa trahison est née une reine impitoyable.
Chapitre 3
J'ai marché pendant ce qui m'a semblé être des kilomètres, le vent froid fouettant ma fine veste de tailleur, chaque pas un témoignage de ma propre folie. Les talons que je portais pour le pouvoir au tribunal étaient des instruments de torture sur l'asphalte inégal. Mon corps était endolori d'un épuisement profond, jusqu'à l'os.
Des vagues de vertige m'ont submergée. Les lumières lointaines de la ville dansaient dans ma vision. Mes jambes ont finalement cédé. Je me suis effondrée sur l'accotement granuleux de la route, le monde se dissolvant dans un vortex noir.
Ma première pensée consciente fut l'odeur stérile et inimitable de l'antiseptique.
J'étais dans un lit d'hôpital. Un tube de perfusion était scotché au dos de ma main, injectant un liquide clair dans mes veines. Les draps blancs étaient frais contre ma peau.
Une infirmière aux yeux bienveillants et au visage las est entrée. Elle a regardé mon dossier, puis moi, son expression un mélange de pitié et de détachement professionnel.
« Madame Aubert », a-t-elle dit doucement. « Vous avez été amenée par un automobiliste de passage. Vous souffriez d'épuisement et de déshydratation sévère. »
Elle a fait une pause, reprenant son souffle. « Nous avons aussi fait quelques analyses. Vous étiez enceinte. »
Le mot est resté en suspens dans l'air. Étiez. Passé.
« Le fœtus n'avait qu'environ sept semaines », a-t-elle poursuivi, sa voix douce. « À ce stade, c'est très fragile. L'effort physique, le stress… Je suis vraiment désolée, mais vous avez fait une fausse couche. »
Je l'ai regardée, les mots ne s'imprimant pas tout à fait. Enceinte. J'étais enceinte. Les nausées matinales, la fatigue… ce n'était pas seulement le stress. C'était une vie. Une petite vie secrète qu'Hugo et moi avions créée dans l'un de nos rares et maladroits moments de connexion.
Ma main a bougé, comme d'elle-même, vers mon ventre plat. Il y avait eu quelque chose là. Un battement de cœur fugace. Une promesse. Une raison pour tout mon espoir pathétique.
Et maintenant, c'était parti.
C'était parti avant même que j'aie eu la chance de le dire à son père. Parti avant qu'il ait eu la chance de le rejeter, tout comme il m'avait rejetée.
L'infirmière a dit quelques mots réconfortants de plus, puis m'a laissée seule avec mon chagrin silencieux et caverneux.
La première chose que j'ai faite quand j'en ai eu la force a été de brancher mon téléphone au chargeur près du lit. Il s'est rallumé, et un barrage de notifications a inondé l'écran.
Une alerte d'un site people est apparue en haut. Le titre était un coup de poing dans le ventre.
*Le magnat de la tech Hugo Aubert se précipite pour défendre sa petite amie traumatisée Clara Roy après l'épreuve policière !*
J'ai cliqué dessus, masochiste cherchant ma propre destruction. L'article était dithyrambique, rempli de citations anonymes sur la profonde dévotion d'Hugo. Il décrivait comment il avait emmené une Clara « visiblement secouée » dans le meilleur hôpital privé de la ville pour un « bilan complet ».
Il y avait une photo. Hugo portait Clara hors du commissariat, son visage un masque de grave préoccupation. Son visage était enfoui dans son épaule, l'image parfaite d'une demoiselle en détresse. L'article incluait un gros plan sur une minuscule égratignure à peine visible sur son bras, prétendument due à la « lutte » à l'hôtel.
La légende disait : *Une source proche d'Aubert affirme qu'il était « furieux » que sa bien-aimée Clara ait subi ne serait-ce que cette blessure mineure, jurant de « mettre le monde à feu et à sang » pour elle.*
J'ai regardé la photo de l'égratignure. Puis j'ai regardé la perfusion dans ma propre main.
Il mettrait le monde à feu et à sang pour son égratignure.
Il m'avait laissée pour morte sur une route, et ce faisant, avait tué notre enfant.
Quelque chose en moi ne s'est pas seulement brisé. Il s'est atomisé. Il s'est transformé en poussière et s'est envolé, laissant derrière lui un vide terrifiant et immense. L'amour était parti. L'espoir était parti. Même le chagrin s'estompait, remplacé par une rage pure et cristalline, si froide qu'elle ressemblait à une révélation religieuse.
J'ai arraché la perfusion de ma main. Une seule goutte de sang a perlé, sombre sur ma peau pâle.
J'ai basculé mes jambes sur le côté du lit. Mon corps était faible, mais mon esprit était un rasoir.
Je suis sortie de la chambre, un fantôme en blouse d'hôpital, mes pas chancelants mais mon but absolu. J'allais trouver mon mari.
Et j'allais le faire payer.
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