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Couverture du roman Dans une autre vie (publié)

Dans une autre vie (publié)

À seize ans, April est hantée par un mystère nocturne. Depuis la perte d'un être cher, ses nuits sont habitées par Anae, une adolescente d'un autre temps. La frontière entre ses songes et son quotidien s'efface dangereusement alors que cette présence devient de plus en plus oppressante. Menacée par ce phénomène inexpliqué, April doit découvrir l'identité d'Anae et ses intentions réelles. Quel lien secret unit ces deux jeunes filles par-delà les époques et la mort ?
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Chapitre 2

— Tout va bien, April ? Tu as l’air ailleurs ?

Mon père me regarde d’un drôle d’air, me tirant de mes pensées.

— Oui, tout va bien, le rassurais-je, encore la tête ailleurs.

— Tu as préparé quoi ce matin ? continue mon père en fouillant du regard la table.

Je suis à mon tour son regard et me rappelle que j’ai juste sorti le lait.

— Euh… des céréales ? J’arrive ! je vais les chercher.

Je me dirige vers le placard, toujours déconcentrée par mon rêve, ou plutôt ma vision.

Depuis le décès de ma mère, chaque nuit, je fais un rêve. Mais pas n’importe lequel. Non. Toujours le même, enfin presque. La vie de cette petite fille qui grandit au fil de mes rêves. Quand j’ai commencé à rêver d’elle, elle n’était encore qu’au berceau, un nourrisson au milieu de ses grands bâtiments et de ses animaux. Ces rêves me paraissent comme des visions, comme une vie réelle, peut-être celle de ma mère dans un autre temps ou alors un ancêtre de ma famille, qui sait ?

J’ouvre le placard pour prendre les deux paquets de céréales, trois bols et les place sur la table, puis je prépare le café de mon père. Pendant que je démarre la cafetière les deux garçons viennent s’installer à table et j’observe mon frère se jeter sur son bol de céréales comme s’il n’avait pas mangé depuis plusieurs jours, tandis que mon père allume la télévision et met les informations. Tous les matins, nous prenons le petit-déjeuner ensemble mais chacun reste dans ses pensées… ou regarde la télévision en ce qui concerne mon père. C’est un homme assez grand, mais pas très sportif et la fatigue se lit constamment sur son visage dû à son travail. J’aimerais que le matin soit un moment plus convivial mais il en a toujours été ainsi.

Une fois mon petit-déjeuner terminé, je place tout au lave-vaisselle et vais me brosser les dents. Puis pour la dernière fois, je vérifie mon sac de cours. Non pas que je sois maniaque, mais j’ai toujours la peur d’oublier quelque chose. Je regarde autour de moi, tout est en ordre, mon lit est fait, sur la banquette qui est à côté aucun vêtement n’est posé dessus et mon bureau est rangé, mais je ne préfère pas ouvrir les tiroirs, je m’en occuperais plus tard. Ce matin je n’ai pas le temps. Je me regarde une dernière fois dans le miroir, ma tresse blonde n’a pas bougé depuis hier, ayant les cheveux longs je privilégie des coiffures qui tiennent parfois plusieurs jours pour ne pas passer des heures à les brosser chaque matin. Une fois que tout est bon, je jette mon sac machinalement sur mon épaule, puis redescends.

Avant de sortir de la maison je fais un bisou à mon père puis à mon frère et fais une caresse à mon petit chien Snoopy, un bouledogue français noir de trois ans.

Il aime beaucoup jouer avec mes chaussettes, je crois que c’est d’ailleurs pour cela qu’il ne me reste qu’une chaussette sur la plupart de mes paires. Pratique, n’est-ce pas ? Nous l’avons adopté l’année passée dans une SPA. Maintenant il est avec nous et je pense qu’il est heureux (de plus c’est le petit bébé de la famille).

Après une dernière caresse, je sors sur le palier de la maison puis au moment de refermer la porte j’entends mon père me dire :

— N’oublie pas tes clés pour ce soir.

— Oui, ne t’inquiète pas, elles sont dans mon sac.

— D’accord, à ce soir.

Je lui adresse un sourire qu’il ne voit sûrement pas, car il a les yeux fixés sur l’écran de la télévision, puis ferme la porte et prends la direction du lycée.

Mon petit frère commence les cours plus tard et finit plus tôt que moi, donc nous ne faisons jamais le chemin ensemble même si nos écoles sont assez proches l’une de l’autre.

Aaron est assez timide en général même avec moi. Cependant nous nous ressemblons beaucoup au niveau du caractère, mais pour ce qui est du physique nous sommes très différents. Pour donner un exemple, je suis blonde et assez petite pour mon âge comme l’était ma mère tandis que mon frère est très grand avec des cheveux bruns tout comme mon père.

Nos différences et nos points communs font que l’on s’entend très bien et les disputes sont vraiment rares. Mais pas inexistantes, bien sûr.

Lorsque j’arrive moins de dix minutes plus tard devant les grandes portes du lycée, je retrouve Eden. Ma meilleure amie se tient adossée au grillage de l’entrée, elle a le regard fixé sur son téléphone et ne m’a pas vue.

— Salut !

— Salut, me répond-elle en levant les yeux de son téléphone.

— Tu finis les cours à quelle heure ?

Elle me regarde avec ce sourire que je connais très bien. Je lui pose cette question tous les matins.

— Seize heures et toi ?

— Dix-huit heures…

Je fais semblant de bouder et lui tire la langue ce qui lui arrache un rire, où beaucoup de lycéens se retournent pour nous regarder.

— Chut, tais-toi ! lui dis-je en voyant les regards posés sur nous deux.

Et presque instantanément elle s’arrête de rire car elle sait à quel point je suis mal à l’aise, lorsque tant de personnes font attention à nous.

Nous rentrons dans la cour du lycée au moment où la sonnerie retentit. Je lui fais un signe de la main, puis monte devant la salle de cours. Notre lycée est assez grand et y accueille beaucoup d’élèves donc je dois me faufiler entre les différents groupes qui se forment pour réussir à passer.

Notre professeur arrive avec une dizaine de minutes de retard mais ne semble pas s’en soucier.

Pendant toute l’heure de mathématique, je fais des dessins d’un visage d’une femme qui m’est familier dans la marge de mon cahier. Nous sommes en train d’étudier les différentes fonctions, affines et linéaires, mais je ne comprends pas grand-chose.

Enfin, la sonnerie retentit et je file pour mon cours de physique.

Toute la journée me semble longue et ennuyeuse, sauf le moment où j’ai retrouvé Eden ce midi et qu’elle a renversé la moitié du pichet dans son assiette, par mégarde. Elle est très maladroite et ne passe pas une journée sans rien renverser. Cela me fait beaucoup rire mais c’est parfois fatigant, surtout quand elle vient dormir à la maison, comme cet hiver, et qu’elle a renversé tout son verre de jus de fruit dans mon lit. J’étais ravie…

Je n’ai pas vraiment écouté les cours aujourd’hui. J’ai même failli m’endormir.

En rentrant chez moi, j’appuie sur la poignée et me souviens que mon père rentrera plus tard.

J’ouvre mon sac et retourne mes affaires pour chercher mes clés. J’entends une personne passer derrière moi et me dire bonjour, je me retourne à peine pour saluer la libraire de notre village car je m’impatiente en ne trouvant pas les clés. Je finis par me souvenir que je croyais les avoir prises mais elles sont restées sur mon bureau.

Je sors mon téléphone de ma poche pour appeler mon père lorsque je vois un message de celui-ci :

— J’ai laissé les clés dans le porte-parapluie devant la porte, bisous, à ce soir tête en l’air.

Je lui envoie un message pour le remercier puis prends les clés, il a dû les voir sur mon bureau.

J’ouvre la porte et manque de m’évanouir.

Mon père a laissé la fenêtre ouverte et le chat de la voisine est entré dans la maison. Visiblement mon chien a pris un malin plaisir dans cette course poursuite car la maison est sens dessus dessous. Ce n’est pas la première fois que ça arrive. Surtout quand il fait beau temps et que mon père a tendance à oublier de refermer les fenêtres avant de partir travailler.

Lorsque je vois Snoopy venir vers moi pour me faire la fête, je m’approche et le gronde :

— Tu te fiches de moi ? C’est quoi ça ? Va dans ta panière et maintenant !

Il baisse les oreilles puis part dans sa niche. Je n’aime pas le gronder mais je vais devoir tout ranger et tout nettoyer.

Je monte dans ma chambre, pose mon sac de cours par terre et me retourne puis aperçois le chat de la voisine couché sur mon lit. Je pousse d’abord un cri de surprise puis fais de grands gestes pour l’éloigner.

— Va-t’en ! Sors de là !

Le chat, au lieu de sortir directement, court dans toute la pièce puis saute par la fenêtre faisant tomber un de mes livres par terre. Je le regarde s’enfuir sur le toit et redescendre dans la rue puis je prends soin de bien fermer la fenêtre. Je soupire, ramasse le livre et le pose sur mon bureau, puis je me dirige vers le balai pour remettre la maison en ordre. Vu comment elle est, j’en ai pour un bon moment.

Lorsque je finis enfin le ménage il est dix-neuf heures, j’ai tout nettoyé et rangé. Je commence à préparer à manger, puis à mettre la table quand mon père et Aaron rentrent enfin.

D’habitude, ils ne rentrent pas aussi tard mais ce soir mon père avait une réunion, et Aaron un essaie de sport pour le basket, il a toujours voulu pratiquer un sport mais n’a pas encore trouvé celui qui lui correspond. Moi je me contente faire de la marche ou de la course quand j’en ai envie.

Le repas se passe dans le silence car mon père et moi sommes fatigués et mon frère regarde les dessins animés. J’ai donc décidé de préparer du poulet avec des légumes, simple, rapide à faire et qui convient à tout le monde.

Une fois le repas fini, je débarrasse la table, fais la vaisselle puis je dis à Aaron de se préparer pour aller se coucher. Il râle pour la forme puis s’exécute. Je vais le voir une dizaine de minutes plus tard pour lui faire un bisou et le border. Il est en train de lire une bande dessinée donc je lui laisse la lumière, mais lui dis tout de même de ne pas rester éveillé trop tard.

Je descends dire bonne nuit à mon père puis pars également me préparer.

Snoopy me rejoint dans ma chambre et s’installe au pied de mon lit comme tous les soirs. Une fois allongée et installée sous les couvertures je ferme les yeux et trouve aussitôt le sommeil.

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