
Dans une autre vie (publié)
Chapitre 3
Juin 1892,
Aujourd’hui la petite fille attend sa mère. Lorsque celle-ci arrive elle s’adresse à la petite :
— Anae, prends ça et va le nettoyer à la rivière de suite.
La mère tend à sa fille une caisse en bois avec du linge. La petite s’exécute et court au ruisseau effectuant sa tâche. Elle traverse un petit bois où quelques rayons de soleil veulent percer les nuages. Il est assez tôt, le soleil vient de se lever, mais Anae est déjà prête à travailler. Son visage est fatigué malgré son jeune âge et des cernes marquent le dessous de ses yeux. Le travail qu’elle effectue chaque jour laisse apparaître quelques muscles sur ses bras encore frêles.
Arrivée devant le cours d’eau, elle s’agenouilla, prit une planche en bois ainsi qu’une brosse qu’elle trouva dans la caisse, puis commença à laver les vêtements. L’eau est claire, quelques poissons nagent en suivant le courant et les plantes dansent dans le cours d’eau, mais bien ancrées au sol caillouteux.
Le soleil était à son zénith, plus d’une heure passa, Anae commença à avoir la tête qui tournait, les jambes douloureuses à force de s’asseoir dessus et les mains engourdies d’avoir serré la brosse.
Une fois son travail terminé, elle rassembla son linge et le plia dans la caisse puis par-dessus elle y posa la planche et la brosse.
Elle se leva et commença à traverser le bois pour rentrer lorsqu’elle se prit le pied dans une racine, faisant tomber son linge encore humide. La fatigue et l’étourdissement l’avaient privé de son sens de l’observation et d’attention, d’habitude si présent.
Elle se releva et regarda autour d’elle, le linge était éparpillé dans l’herbe et les quelques feuilles mortes reposant sur le sol. Elle décida de le secouer au mieux, mais cela ne servit à rien.
Elle le ramassa puis rentra en courant et en pleurant sachant ce qui allait se passer…
Arrivée devant la ferme de ses parents, elle s’avançait, voyant sa mère qui l’attendait impatiemment. Lorsque celle-ci vit le linge plein d’herbes, son regard prit une expression de colère, elle attrapa le bras de sa fille et la jeta par terre. Anae ne tenta pas de parler et regarda le sol, prise de peur et de honte.
— Tu ne peux pas faire attention ? Regarde le temps que tu me fais perdre ! Tout cela ne sert à rien si tu n’es pas capable de le faire correctement !
Anae ne répondit rien et pleura en relevant le regard.
La mère d’Anae prononça d’autres paroles.
La scène et les deux femmes devinrent floues et je n’entends plus que des murmures lointains.
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