
Damnation: Tome III:Le diamant noir
Chapitre 2
Antoine détacha son emprise sur l’âme de David et celui-ci disparut aussitôt sans demander son reste.
Les épaules d’Antoine s'abaissentd’un coup et appuieson front contre celui de son frère.
— Je n’en peux plus frangin, dit-il en serrant l’un de ses poignets avec force.
Raphaël le relève un peu et le regarde droit dans les yeux. L’air déterminé.
— S’il faut que je passe l’éternité pour la retrouver, je le ferai, lui promit-il, en mettant ses deux mains sur le côté de ses épaules, ceci le maintint droit et ferme, il rajouta:
— Et Lili va payer pour ce qu’elle a fait.
Richard arrive à son tour près d’eux.
— Pour l’instant, il faut que tu assumes encore ton rôle, le prévient-il en mettant à son tour la main sur son épaule. Je sais que tu commences à désespérer…
— Cela va faire un an qu’elle est partie, cria Antoine avec les yeux remplis de tristesse.
Je voyais bien qu’il était brisé de l’intérieur, mais cela ne me fit ni chaud ni froid. Je n’en avais que faire de ce qu’il pouvait ressentir.
Mais le détail qui me perturbeétait que cela faisait déjà un an que j’étais morte et je ne m’en étais même pas rendu compte, sachant que dans les abîmes, il n’y a pas de notion de temps.
— Nous savons ce que tu ressens mon frère, rajouta Richard. Terminons les entrées à la damnation puis allons nous recueillir sur sa tombe.
Antoine hocha latête puis reprendplace sur son trône, la mine sévère et intransigeante. Je lui reconnaissais le tout premier visage qu’il m’avait présenté à notre toute première rencontre. L’âme noire.
Même malheureux, je ne peux lui enlever le charme incroyable qu’il a. Son côté ténébreux m’a toujours rendue folle de lui, même quand je le déteste en cet instant précis.
Un poids lourd de mélancolie m’envahit.
Non il ne fallait pas que je me laisse aller à tout sentiment.
D’un revers rageux de la main, je fais disparaître la vision et fissure tous les miroirs de la salle d’eau.
— Michael, appelais-je d’une voix sèche.
Je m’avançai dans ma chambre et celui-ci apparaîttout de suite dans l’embrasure de la porte.
Il allait pour faire un signe de révérence, mais je l'arrêtadans son geste.
— J’ai changé d’avis, dis-je en prenant ma pochette de diamant noir. Nous allons à Paris et maintenant.
Pour commencer ma nouvelle vie de reine des enfers, il fallait que je clôture mon passé définitivement et c’est pour cela que je me retrouve devant ma fausse tombe au cimetière du Père-Lachaise dans le 20e arrondissement de Paris.
L’air est suffocant, le soleil éclairant beaucoup trop le ciel. J’avais l’habitude de la chaleur, mais la luminosité est juste insupportable, malgré mes lunettes bien opaques.
Face à ma tombe, je pouvais voir les mots inscrits dessus :
Ici, repose en paix et pour l’éternité – Jennifer Angélini Lux.
T’aimer pour toujours – nous ne t’oublierons jamais.
Aucun sentiment de tristesse ne me prend quand je lis ces motset encore moins en voyant celle-ci fleurit par des dizaines de bouquets de fleurs des plus magnifiques et je reconnais bien le goût chic de mon époux. Il y a des plaques de messages d’amour tous aussi beaux les uns que les autres.
Mais mon âme noire, ne reconnais aucune affection ou douceur de voir cela.
Ce que je me dis, c’est pourquoi prend-il la peine d’embellir cet endroit alors qu’il sait très bien que mon corps n’est pas sous terre.
Je pensais que venir ici allait m’apporter ou me libérer de quelque chose, mais je me suis trompée à ce que je vois.
Je visà travers mes lunettes de soleil que Michael m’attendait sagement auprès de la voiture, une BMW série huit gris anthracite. Il était temps de faire action et de commencer ma nouvelle vie de diablesse.
Je me dirigeai vers la sortie du cimetière quand je croiseune nonne marchantà contre sens, avec une tirelire en faveur de l’église dans la main et, tout de suite, une idée malveillante me vint à l’esprit.
Je m’approchai d’elle et au moment où elle voulut me demander de l’argent, j'arrêtale temps.
Je lui pris la tirelire des mains et la lança à Michael qui sourit à ma scène machiavélique. Je me penchai à l’oreille de la jeune nonne et lui chuchotai tel un petit diablotin sur son épaule.
— Ma sœur, tu as volé cet argent et tu vas voler tout l’argent de ton église. Ensuite, tu vas te faire la plus belle pour ce soir, sortir et te taper le premier homme qui te regardera avec désir. Le lendemain, tu auras tellement honte que tu quitteras Paris et tu feras une marche jusqu’à Lourdes pour te faire pardonner de tes pêchées, mais tu commencerasencore et encore sans retrouver la paix intérieure, donc tu feras appel à moi et tu me vendras ton âme en échange de la paix intérieur
Je souris devant mon audace puis remetle temps d’un geste de la main.
Le regard bleu de la jeune femme qui doit avoir à peine 25 ans, s’assombrit et me regarda avec révélation. La seconde suivante, elle ne prêta même pas attention à moi et tourna des talons, croisa le chevalier noir en osant à peine le regarder puis partit d’un pas pressé comme si elle avait le diable aux trousses.
Je riais à gorge déployée en arrivant près de la voiture, je croisele regard de Michael qui était tout aussi hilare quand, soudainement, tous mes sens sont en alertes.
Je vois mes parents arrivantau loin, l’air sombre et malheureux, se prenant dans les bras de l’un et de l’autre, s’approchant de l’entrée du cimetière. Sur le coup, je reste paralysée, mais à la vue de mes parents et de mon visage livide, Michael me pousse aussitôt à rentrer dans la voiture qui, heureusement, a les vitres teintées.
Ils passent à côté de ma fenêtre sans se rendre compte que leur fille chérie est certes morte dans le monde des humains, mais bien vivante en démon.
Ils se dirigent jusqu’à ma tombe et je vois que ma mère s’effondre sur celle-ci. Sans comprendre vraiment, dès que je crois que mon cœur se serre ou se brise, c’est plutôt une colère sourde, mais intense qui me prend aux tripes.
Ils ne méritaient pas de souffrir ainsi, j’avais une rage qui grondait en moi, me sentant meurtrie de les voir si tristes. Mais que pouvais-je faire ? Je ne pouvais certainement pas me montrer devant eux, leur expliquer qui je suis, ils ne comprendraient pas.
Mon père s’accroupit auprès d’elle, lui caressa la joue avec tendresse puis regarda ma tombe avec un sourire.
Son courage m’étonnera toujours.
Ma vue fut troublée par l’arrivée de cinq personnes passant et marchant dans leur direction.
Les Lux. Ma belle-famille. Mes poings se serrent nerveusement sur mes genoux. Je ne prête même pas attention à Michael qui doit être troublé de voir sa sœur et ses frères si proches de nous.
Antoine prend rapidement mes parents dans ses bras, chacun leur tour, dans une étreinte réconfortante, je me dis que lui aussi à gagner ma famille, alors que moi je n’avais que l’homme à côté de moi, qui semble si froid quand il regarde le spectacle mielleux qui se déroule devant nous. Tous sont tellement sentimentaux, si écœurants et pourtant je n’arrivais pas à me détacher les yeux de leurs corps face à ma tombe.
Ils sont tous venus fêter l’anniversaire de ma mort.
— Je pense que nous devrions partir, ma reine, me conseilla Michael en posant une délicate main sur la mienne.
Regardant son geste, je n’arrive pas à savoir si je suis dégoûté ou réconforté par son geste. Le fait de travailler sur son fond le plus noir et bien un jour on se retrouve neutre de toute chose et en ce moment même, j’hésitais à serrer sa main dans la mienne ou à la balayer de déplaisir.
Avant de pouvoir répondre, je sentis un picotement sur mon visage.
Regardant par la vitre teintée, je vois Raphaël regarderdans notre direction avec insistance.
Il nous a repérés, me dis-je aussitôt :
— Oui, partons, ordonnais-je au chauffeur de la BMW.
Dans un crissement de pneu, nous partîmes à vive allure.
Raphaël
Je regarde la voiture partir en trombe, mais je ressens encore sa présence
Était-ce vraiment elle ? Son parfum, je le reconnaîtrais entre mille, mais j’avais un gros doute, car l’âme que je ressentais était d’une noirceur que je n’ai jamais connue auparavant. Si noire, puissante, froide, tout le contraire de l’ange qu’était Jennifer.
Non, je dois certainement me tromper.
Et pourtant…
— Où allons-nous ? demanda Michael sans me lâcher la main.
— À l’aéroport, nous partons pour Monte-Carlo, répondis-je en m’éloignant, regardant maintenant le paysage qui défile devant mes yeux.
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