
Contre vents & Marées
Chapitre 3
4 MOIS PLUS TARD
Je m’ennuyais énormément de mes journées sur Abidjan. J’étais toujours assise devant la télévision. En plus d’Affoué, j’avais une deuxième servantes. Elles etaient presentes dans la maison sous sollicitation de ma belle-mére. C'etait des filles de son village. La propreté de ma demeure était au rendez-vous avant mon réveil. Mon activité principale était de donner des instructions et suivre mes feuilletons. Et pourtant au Canada, j’étais plus active. Le changement de climat me rendait si lourde. Je remettais à plus tard l’ouverture de mon institut de beauté. Mes parents soutenaient financièrement mon couple. J’avais malgré tout un train de vie assez stable. Mon époux était toujours en mission. C’était impossible de le voir. Son travail de journaliste-reporter l’emmenait à effectuer de nombreux voyages.
Je crois qu’Ariel était contre le fait que je travaille. Il restait toujours sourd à ma recherche d’un magasin. Il m’avait même affirmé un jour que les esthéticiennes étaient très exposées à des dragues. C’était un argument sans fondement. Toute femme, peu importe sa condition, était exposée aux dragues des hommes. Chacune avait la responsabilité d’accepter ou pas. Je n’insistai pas. Ariel Mahan prenait soin de moi. J’avais tout à ma disposition. Je devais être à la maison comme bon nombre de femmes libanaises. Le débat était clos pour lui.
J’étais heureuse dans mon foyer. Je l’admettais. Cependant, j’avais la solitude qui me rongeait. J’avais toujours été dans une famille nombreuse. J’étais dans un pays qui m’était presqu’inconnu, même si j’y avais une partie de ma famille. Mon époux était toujours entre deux avions, lui qui prétendait fonder un foyer. J’aimais Ariel plus que tout au monde. Je me posais des fois des questions sur la stabilité de notre foyer. Je désirais tellement être à ses côtés juste quelques semaines. C’était impossible de l’avoir. Dès qu’il rentrait, il partait pour un autre reportage. Comment pourrais-je avoir des enfants si nos rapports étaient limités ? J’avais une seule envie : Être maman. J’attendais impatiemment mon bébé. J’avais acheté quelques tests de grossesse. Les résultats étaient toujours les mêmes : Négatifs.
Ariel était au Burundi pour un reportage depuis une semaine. Il m’avait joint pour me rassurer qu’il rentrerait dans la soirée. C’était pénible pour moi cette solitude. Ma vie se résumait à mon époux. J’étais très casanière. En plus notre demeure était dans une résidence privée. Je ne me voyais pas toquer la porte d’une de mes voisines pour me lier d’amitié. Je préférais être chez moi. C’était mieux. Les amitiés féminines n’étaient pas mon fort. J’avais trop peur qu’elles me prennent mon époux ou s’immiscent dans ma vie privée. Je vivais sur Abidjan certes mais je gardais mes manies canadiennes. Chacun chez soi, Dieu pour tous. J’avais la chance d’avoir mes employés. Elles m’aidaient à m’occuper l’esprit.
J’étais debout dans les rosiers du jardin. Je faisais quelques pas dans le but de me distraire. Mon esprit était très occupé sur ma situation. Je pensais à la manière dont je devais orienter ma vie. J’avais cette sensation d’être une prisonnière dans ma propre demeure. J’avais si mal à la tête à force de trop réfléchir. Je regagnai ma chambre. Je me laissai tomber dans mon vaste lit. Depuis le départ d'Ariel Mahan, je le sentais trop immense. J’avais perdu l’appétit. J’étais seule et faisais tout seule. J’étais certaine que d’autres auraient été heureuses à ma place. Heureuse d’être seule dans une maison, avoir tout à sa disposition, un mari exemplaire toujours entre deux avions. L’argent ne faisait pas le bonheur de certains. J’en faisais partie. Je me sentais malheureuse. J’avais l’impression que ma vie m’échappait.
Mes parents m’avaient mis en garde sur ma décision de vivre en Afrique loin du nid familial. Je ne pouvais pas donner ce plaisir à mes parents en leur expliquant mon quotidien en Afrique. J’avais une colère en moi. Mais à qui la responsabilité de ma situation ? Je restais des fois assise en parlant seule. J’avais l’impression de parler à mon époux. Je préparais des arguments pour convaincre mon époux afin que j’ouvre un institut de beauté. La situation me rendait folle et hystérique. Je n’avais pas imaginé une vie pareille. Mon époux était à présent un touriste. Il prenait plaisir à connaitre les pays du monde à cause de son travail. Je n’étais pas prête à supporter un tel train de vie. Je n’étais pas présente en Afrique pour un séminaire dans un couvent. J’étais ici pour fonder un foyer avec un époux à mes côtés.
Je finis par fermer les yeux. J’eus un petit répit de sommeil. À mon réveil, ma réalité me rattrapa. J’étais dans mon luxe toute seule. La maison restait silencieuse après le départ des gouvernantes. J’avais demandé aux gouvernantes de rester dormir. Dans le contrat de travail elles étaient censées rentrer tous les soirs chez elles. J’eus assez de chance qu’elles étaient très heureuses de ma proposition. Elles avaient une chambre dans la cour externe. J’avais mis tout à leur disposition afin qu’elles se sentent chez elles.
Je regardai mon apparence dans la glace pendant un long moment. J’eus envie de couler des larmes. C’était moi la belle Maeva devenue une prisonnière sur Abidjan ? Ma vie se limitait à mon domicile ? Non, je devais prendre une décision au plus vite. Je devais parler sérieusement avec Ariel Mahan. Je ne me sentais plus bien dans cette maison.
Je me levai d’un bond de mon lit. Je me rinçai le visage. Je me dirigeai vers la cuisine. L’une des gouvernantes s’attelait à la confection du diner. Elle était toute joyeuse. Sa joie m’énerva. Je désirais être celle qui devait être joyeuse dans cette maison. La gouvernante s’aperçut de ma présence. Elle me salua avec tout le respect du monde. Elle me demanda si j’avais besoin d’une aide. Je lui répondis par la négation. Elle continua dans la bonne humeur son boulot. La gouvernante était plus heureuse que moi. C’était normal. Elle avait de quoi occuper sa journée.
Je regardai à ma montre. L’heure d’arrivée de mon époux était proche. L’idée de savoir qu’il revenait me donna de la joie. Je pris place dans les escaliers. Je l’attendais. Ma position à cet endroit inquiéta mes gouvernantes. J’avais les bras croisés. J’étais dans une posture de femme fatale. Je somnolais dans les escaliers. Le chat miaula fortement. Je me levai des escaliers. Je regardai par la vitre de la chambre des étrangers. J’aperçus la voiture de mon époux. Mon époux venait à peine de rentrer. Il descendait de la voiture. J’étais toute heureuse. Je sautai les escaliers à sa rencontre. Ariel Mahan m’avait manqué. J’avais oublié toute ma colère, mes frustrations. Je me jetai dans ses bras. Je le couvris de baiser.
- Bonne arrivée Ariel.
- Merci mon amour. J’ai l’impression de t’avoir assez manqué.
- Trop, chéri. Je t’en prie, promets-moi ne plus me laisser toute seule pendant des semaines.
- Chérie Maeva, c’est pour le boulot. Crois-moi, parfois je n’ai pas envie de voyager mais il le faut. Viens, rentrons à l’intérieur.
2 jours plus tard
Ma vie reprit son cours normal. Je me sentais moins seule. J’étais conscience que mon époux était présent pour un cours instant. Nous étions entrelacés dans le lit. La lumière était éteinte. Je donnai vie à la chambre par un clic sur l’interrupteur. Mon époux mit la main sur ses yeux pour se protéger de l’éclat de la forte lumière. Il sortit de son sommeil. Je désirais lui parler.
- Mignon !
- Mon Maeva qu’est ce qui se passe ?
- C’est pour quand ta prochaine mission ?
- Dans une semaine.
- Tu iras dans quel pays ?
- Si je ne me trompe pas, au Brésil.
- Chéri, tu es le seul journaliste dans ce pays ?
- Pourquoi cette question, Maeva ?
- Mais, tu n’es jamais à la maison.
- Chérie, nous en avons déjà parlé. S’il te plait, ne revenons pas dessus, pas maintenant au cours de cette nuit. Je suis mort de fatigue.
- Tu peux voir ton supérieur et confier cette mission à un autre de tes collègues qui aimerait bien voyager. Je parie que nombreux de tes collègues sauteraient sur cette proposition.
- Il est hors de question pour moi chérie, de confier cette mission à un de mes collègues. D’ailleurs je pars avec une forte délégation, des hommes du parti politique au pouvoir. Ce sont des missions où les contacts se forment. Demain, nous pouvons jouir des relations tissées lors de mes nombreux voyages.
- Je me sens tellement seule pendant tes voyages.
- Maeva, je te comprends mais tu n’es pas seule.
- Tu te moques de moi ou quoi Ariel Mahan ?
- Mais pourquoi chérie ?
- Je ne suis pas seule dans cette maison ? Tu es sérieux ? Nous n’avons même pas de voisin immédiat.
- Ne te fâche pas, chérie. Je ne vais pas durer. C’est une mission de quelques jours.
- Je souhaite que tu proposes ce voyage à un collègue. La vie sans toi dans cette maison est triste.
- Donc qu’est-ce que tu souhaites ? Maeva, dis-moi ? Que je reste à tes côtés à la maison ? Je dois perdre mon boulot ?
- Je veux que tu restes travailler au pays. J’ai besoin de te voir tous les soirs comme tous les hommes mariés. Ils partent au boulot et rentrent les soirs. Je ne suis pas en Afrique pour être une gardienne de résidence. Je ne suis pas ici pour être entourée de servantes et d’un vigile. Je perds la tête par le fait d’être toujours seule. Je finirai par perdre la raison à force de me parler à moi-même pour me sentir vivante. Tu me comprends Ariel Mahan ?
- Maeva, s’il te plait.
- Non Ariel, pas de s’il te plait. Fais comprendre à ton patron que tu as une épouse. Elle a besoin de ta présence. Je suppose qu’il a une épouse, il comprendra.
- Chérie, ce que tu me demandes est impossible. C’est un reportage très important pour ma carrière.
- Ta carrière tu dis ? Mais je suis ton épouse. Tu as besoin de prendre soin de moi. Les voyages, ta carrière, d’accord mais je suis une épouse qui exige la présence de son époux à ses côtés. Si ton travail est très important alors épouse tes voyages et ton travail. Je ne vois pas l’importance de ma présence dans ta vie.
Je plongeai sur mes mots notre chambre dans l’obscurité. J’éteignis la lumière. Je m’éloignai de mon époux dans le lit. Je lui tournai le dos. Ariel respira profondément. Mes paroles l’avaient peiné. Il redonna vie à la chambre par la lumière. Il s’approcha de moi. Ariel posa la main sur mon dos. Je fis mine de ne rien ressentir. Je restai dans ma position. Il me berça avec sa voix.
- Mon amour Maeva, ce reportage est très important pour moi, comprends-moi. Cela fait des mois que mon équipe et moi le préparions. Je ne peux pas tout jeter à l’eau à la dernière minute. Je ne crois pas qu’un autre pourrait mieux interpréter mon travail que moi-même. Je sais que la solitude te pèse mais je ne peux pas remettre mon poste d’emploi à un d’autre juste pour ta solitude.
- Ariel, tu t’entends parler ?
- Chérie, je te promets qu’après cette mission les choses rentreraient dans l’ordre. Je serai à la maison. Je t'en fais la promesse. Mais je dois vraiment aller au Brésil pour ce reportage. Je n’aimerais pas m’en aller avec une dispute entre nous. Je t’en supplie, Maeva. J’ai besoin de calme et de paix. J’ai surtout besoin de ton appui parce que tout comme toi, ce n’est pas facile pour moi de vivre toujours loin de toi. Je suis épuisé mais c’est mon métier. Celui qui me permet de nous prendre en charge.
- Donc ton boulot est plus important que ta femme ?
- Ne change pas le débat. Je n’ai pas dit cela, Maeva. Tu es mon épouse et cela ne changera pas. Je te demande de me rendre la tâche facile.
- Ariel Mahan, je suis fière de toi. La preuve j’ai tout laissé pour vivre à tes côtés en Afrique sous cette chaleur horrible. J’ai juste besoin de te voir. J’ai besoin de vivre ma vie de couple. Je suis fatiguée de te voir quelques jours dans le mois comme si j’avais une co-épouse.
- Je te promets qu’après cette mission tu m’auras que pour toi ma belle Maeva. Mais permets-moi de partir cette fois-ci en de bon terme avec toi. Je ne supporterai pas voyager et te voir en colère.
- Dans ce cas je pars avec toi. Je me prends un billet pour te suivre.
- Mais tu as quoi, Maeva ? Cela ne sert à rien de me suivre. Je ne pars au Brésil pour des vacances.
- Je t’ai déjà signifié le poids de ma solitude. Je suis très sérieuse. J’en ai marre. Je te suivrai au Brésil.
- Et tu feras quoi ?
- Je ne sais pas mais au moins je t’aurai à mes côtés.
- Tu parles au sérieux ?
- J’ai l’air de plaisanter, Ari ? En plus cela, ne devrait pas te surprendre. Ta mère fait pareil avec ton père. Elle voyage avec lui, même dans ses petites missions à l’intérieur du pays. Alors si ma belle-mère le fait, pourquoi pas moi ? Je suis après tout ton épouse légitime.
- Écoute, nous n’allons pas nous emporter pour un voyage. Si tu es sûre que tu veux voyager alors on ira ensemble.
- Sérieux chéri ? Je peux te suivre ?
- C’est ce que tu désirais non ? Tu peux venir. Je te parle avec mon sérieux.
- Tes collègues ne vont pas se plaindre ?
- Pour mes collègues, ne t’inquiète surtout pas. Je suis le chef de mon équipe. En plus j’ai déjà laissé certains voyager en présence de leurs épouses et maitresses. Je ne vois pas qui s’opposera à ce que la femme du chef fasse parti du voyage.
- Tu es un ange, Ariel Mahan. Merci beaucoup mon amour.
J’étais aux anges. J’enlaçai mon époux. Il me prit dans ses bras et me donna un long baiser.
- Maeva, nous pouvons dormir en paix maintenant ?
- Non chéri, un instant.
- Maeva qu’est-ce qu’il y a encore ?
- Je veux aussi faire le ménage, te faire à manger. Depuis notre mariage, ce sont les gouvernantes qui le font.
- Maeva, ici c’est chez toi. La cuisine, les filles de ménage c’est ton affaire pas les miennes. Je ne pense pas qu’elles te refuseront ta cuisine si tu veux me faire à manger.
- Cela te gêne que nous ayons des filles de ménages ?
- Non je connais assez de femme qui aimeraient être à ta place. Tout ce dont tu te plains est un luxe chez certaines. Je crois que si tu observais assez, tu te plaindrais moins.
- Les autres femmes sont les autres femmes. Je suis moi tout simplement. Madame Mahan. Je ne compare pas ma vie aux autres. Si elles se plaisent à ne rien faire c’est à leur niveau. J’ai toujours été une femme active. Être assise à ne rien faire me dérange.
- Maeva, désolé de te le dire mais tu es une femme compliquée.
- Tu n’aimerais pas que je prenne soin de toi ?
- Tu t’occupes déjà de moi, sache-le. Dans ce cas, tu aimerais que je foute à la porte les deux gouvernantes ?
- Je ne te demande pas cela. Elles sont si généreuses avec moi. En plus, elles travaillent bien. Je n’aimerais pas qu’elles perdent leurs emplois. Je parie qu’elles en ont besoin pour la survie de leurs petites familles.
- D’accord, j’ai compris.
- Merci chéri.
- Maeva, j’ai vraiment sommeil. Je peux éteindre la lumière ?
- Non, attends une dernière chose, Ariel.
- Juste une dernière Maeva, pour l’amour de Dieu. Je suis fatigué. Qu’est-ce qu’il y a encore. Dis-moi ?
- Tout à l’heure tu me mentionnais que tu connais de nombreuses femmes qui aimeraient être à ma place. Tu faisais allusion à quelles femmes ?
- J’ai juste dit cela pour exemple.
- Tu me prends pour une fillette?
- Maeva, je ne vois pas là où tu veux en venir?
- Tu le sais très bien, Ariel Mahan. Tu me trompes avec plusieurs femmes c’est cela ? Tu parles de moi à tes copines ?
- Maeva, tu me pompes l’air. Ne sois pas aussi chiante.
- Je te préviens, Ariel Mahan. Si tu me trompes une fois de plus, tu peux dire Adieu à ta vie.
- Qu’est-ce que tu racontes. Ne dis pas c’est genre de sottises même pour plaisanter.
- J’en ai fini. Tu es déjà averti.
- Tu ne racontes rien de spécial. Tu te fais pleins de film dans la tête gratuitement. C’est cela ton souci, Maeva, ton cerveau.
Ariel me calma dans ses bras. Il m’embrassa.
- Maeva, dormons à présent. Tu veux bien ? S’il te plait, chérie. J’ai vraiment sommeil. Pitié pour ton pauvre chéri. Demain j’ai plein de réunion et boulot énormes qui m’attendent.
Je répondis à ses supplications par mon plus beau sourire. Je l’enlaçai tout contre moi. Ses caresses m’engloutirent dans un sommeil réparateur.
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