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Couverture du roman Cinq carreaux à gauche de la marge

Cinq carreaux à gauche de la marge

Milan, onze ans, souffre de l'absence de père et du désamour de sa mère. Incapable d'exprimer sa détresse autrement que par l'agressivité, il commet l'irréparable en frappant son professeur. Ce geste violent entraîne son placement immédiat dans un centre spécialisé. Entre ces murs, le jeune garçon tente de se reconstruire malgré ses blessures. Inspiré de faits réels, ce récit suit son combat pour quitter l'exclusion et trouver enfin sa place dans la société.
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Chapitre 2

La mère ne dit mot, ne jette aucun regard et se contente d’un simulacre d’écoute, les bras croisés. Une fois les incidents exposés, on propose à la mère une orientation dans une institution spécialisée qui prendra en charge Milan. Un internat où il pourra apprendre à se canaliser et qui sera plus adapté à son niveau scolaire.

Verbalement, la mère écrase son fruit : « si ça peut éviter qu’il finisse comme l’autre… ».

L’autre dont elle parle c’est le père. Milan ne l’a que peu vu dans sa jeune vie. Celui-ci a été incarcéré voilà trois ans pour des faits que le jeune garçon ne comprend pas bien.

L’année scolaire se poursuit avec toutes les douleurs et les angoisses persistantes dans les murs froids de ce lieu pourtant destiné à le faire grandir. Vers la fin de l’année, quand arrivent les beaux jours, on propose à Milan de visiter l’endroit qui l’accueillera à la rentrée prochaine.

Tout au long de la route qui mène au lieu-dit, Milan garde la tête plaquée contre la lucarne de la vieille automobile de sa mère, pensif. Ils passent un portail à moitié dévoré par la rouille et découvrent un parc immense au milieu duquel trône un lugubre château.

Cet endroit lui fait froid dans le dos. Milan agrippe sa mère comme pour lui dire de faire demi-tour, de ne pas le laisser là. En vain, elle le repousse encore une fois.

La mère pousse la lourde porte grinçante du château qui mène aux bureaux de l’administration. Tout sent la poussière et l’humidité. La mère se présente, présente Milan, tâche de faire bonne figure mais tout sonne faux. Milan sent qu’elle tient là enfin une occasion de se débarrasser du fardeau qu’il représente pour elle.

À l’approche de l’été, le parc feuillu et fleuri provoque une dissonance avec l’ambiance lugubre du château. Un responsable accompagne le futur pensionnaire et se charge de lui présenter les différents bâtiments qui peuplent le parc. Dans le pavillon qu’il occupera sûrement, il visite une chambre individuelle récemment rénovée et bien accommodée. Le garçon rencontre quelqueséducateurs. De prime abord, ils ont l’air souriants et accueillants. Malgré cela, il n’a pas la moindre envie d’être ici. Ignorant le temps, désorienté dans l’espace il n’a que hâte de rentrer dans la petite maison qu’il occupe lui et sa mère. Là-bas au moins il connaît les odeurs, les lieux. Il envie sa petite chambre froide et humide l’hiver car mal chauffée mais qu’il considère comme son refuge.

Il tire sur la robe de sa mère et demande si le calvaire de cette visite est bientôt fini, s’ils vont bientôt rentrer à la maison. Il n’obtiendra qu’une réprimande comme seule réponse à ses inquiétudes.

La visite s’achève avec un petit bâtiment servant d’école. L’odeur des cahiers et du marqueur sur le tableau blanc en rajoute à son angoisse déjà si oppressante. Dans le pré qui fait office de cour de récréation, deux grands garçons se provoquent mutuellement. Une bagarre éclate et les adultes se précipitent pour y mettre fin. Le petit garçon qu’il est ne peut plus alors contenir ses larmes. Il ne sait pas dire ce qu’il ressent mais c’est bien la peur qui le domine à cet instant précis. Il ne se sent pas en sécurité et use de tous les stratagèmes pour quitter cet endroit si étrange pour lui. Il s’agite, supplie la mère qui fait la sourde oreille. Alors, il ne pourra que compter les dernières semaines de répit qu’il lui reste avant de rejoindre l’immonde château et ses bâtiments remplis de jeunes qu’il prend pour des fous. Il craint de ne jamais pouvoir supporter cette épreuve.

Les dernières semaines dans sa petite école communale sont plutôt calmes. Il mobilise toute son énergie à se canaliser pour rester sage, être dans le rang pensant ainsi pouvoir échapper au destin qui l’attend. En vain, la décision est prise déjà depuis plusieurs semaines. Alors, avant que ne sonne la dernière cloche, il réalise son dernier coup d’éclat. Il brise tous les liens qu’il avait tissés, les coups pleuvent, les cahiers se déchirent et les insultes se dispersent en cris comme de la mitraille.

Une fois tout brisé, il se tourne une dernière fois vers la petite école et rentre chez lui seul comme de coutume. Personne ne l’attend. Il entre dans la cuisine, sur la table toujours le verre de vin qui ne se vide jamais. Il avale à la hâte un morceau de pain et de fromage en guise de collation puis sans dire un mot, enfourche son vélo et erre dans le village sans but précis.

Là, il voit M. Raymond, un des vieux du hameau qui a pris ce petit bout d’homme en affection. D’ailleurs, il est le seul adulte qui a gagné la confiance de Milan aussi lui voue-t-il un profond respect.

M. Raymond est occupé à retirer les gourmands de ses plants de tomates. Milan s’arrête, demande s’il peut apporter son aide. Le vieux bonhomme accepte avec plaisir. Ce gamin après tout est un peu la seule compagnie qu’il possède dans le village. Une fois la tâche achevée, tous deux font le tour du potager. Milan admire la précision des rangées de semis et de plans. Plus loin, au fond du jardin il prend plaisir à aller voir les poules. Parfois, M. Raymond l’autorise à récolter les œufs dans le poulailler. Milan profite de ces précieux instants, aimerait que le temps s’arrête mais le soleil indique déjà la fin de l’après-midi et le début de la soirée s’annonce inexorablement.

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