Suivre
Chapitres
Partager
Couverture du roman Cinq carreaux à gauche de la marge

Cinq carreaux à gauche de la marge

Milan, onze ans, souffre de l'absence de père et du désamour de sa mère. Incapable d'exprimer sa détresse autrement que par l'agressivité, il commet l'irréparable en frappant son professeur. Ce geste violent entraîne son placement immédiat dans un centre spécialisé. Entre ces murs, le jeune garçon tente de se reconstruire malgré ses blessures. Inspiré de faits réels, ce récit suit son combat pour quitter l'exclusion et trouver enfin sa place dans la société.
Chapitres
Partager

Chapitre 3

Milan pédale de toutes ses forces pour rentrer hâtivement chez lui où l’attend la mère. Encore une fois ivre, elle lui demande dans son langage grossier qui la caractérise à quoi il était occupé. Le garçon répond avec honnêteté ce qui lui vaudra une sévère gifle. Qu’importe. Il en a l’habitude, les coups ne lui font plus mal. De toute façon, les corrections qu’on lui inflige n’ont aucun sens, il ne les comprend pas, c’est presque devenu un rituel de début de soirée. Plus la bouteille se vide et plus les coups sont puissants. Milan se sent coupable de cette situation et quand il n’arrive plus à supporter sa répugnance, il part dans sa chambre, gribouille quelques dessins macabres, joue avec le peu de jouets cassés qu’il lui reste. Un peu plus tard dans la soirée, il aura pour seul dîner un bol de céréales qu’il mangera devant la télévision dont le son est parasité par les ronflements de la mère endormie sur le sofa.

Chaque jour des vacances d’été se ressemblent vélo, M. Raymond, correction, ronflements.Quelquefois, il va se baigner dans l’eaurafraîchissante d’un ruisseau qui coule au bout du sentier traversant le bois communal. Pas un moment passé avec la mère, aucun échange joyeux, aucun repas consistant. Mais qu’importe, il a joui d’une totale liberté, allant et venant comme bon lui semble oubliant le temps et la violence.

Ce jour de la fin du mois d’août sonne le glas de ses escapades aventureuses. La mère le dépose sur le parking du supermarché le plus proche.

Là, un minibus déjà chargé de cinq autres futurs camarades l’attend. Un adulte en descend, échange quelques politesses avec la mère et la questionne sur les activités de l’été. La mère ne bredouillera que quelques banalités mensongères, de toute manière elle est nullement en mesure de répondre à ces questionnements tant elle est indifférente aux agissements de son fils. On le questionne lui aussi mais il ne répond que par un haussement d’épaules. On l’aide à charger sa valise dans le véhicule, il monte, prend place près d’une fenêtre et mobilise tout son être pour dissimuler la rougeur de ses yeux qui trahirait son envie de pleurer.

Le minibus franchit le portail rouillé de l’institut. Chaque jeune regagne son pavillon. Lui est perdu, ne sait à qui s’adresser, où aller. D’un ton sévère, le chauffeur lui demande de regagner son groupe. La gorge nouée, il ne sait quoi répondre. Après quelques brèves minutes que l’angoisse avait transformées en éternité, un éducateur vient à son secours. On lui présente à nouveau son lieu de vie. L’éducateur qui lui est venu en aide s’appelle Julien, il lui explique qu’il sera son référent. C’est lui qui sera chargé du suivi de Milan au sein de l’institut. Julienl’accompagne dans sa nouvelle chambre et inspecte son maigre trousseau. L’éducateur tente de rassurer ce petit bout d’homme effrayé et perdu dans ces premières heures de vie en collectivité. « Dans quelques jours, tu seras plus à l’aise », lui confie Julien mais Milan en doute. Ses pensées sont ailleurs, sa mère, son vélo, M. Raymond… Il doit récolter les dernières tomates pense-t-il.

Tous ces événements heureux, cette liberté qu’il affectionne et qui n’a disparu que depuis quelques heures lui paraissent déjà lointains. À l’énonciation des règles de vie, il comprend qu’ici il sera soumis à la frustration et à l’ordre. Cela en rajoute à sa peur déjà envahissante. Il sait également qu’ici les autres garçons sont « comme lui » et il redoute leurs violences comme il redoute de ne pouvoir contenir la sienne.

Ce lieu pour l’instant ne lui appartient pas, il n’y trouve aucun repère, ne s’y sent pas à sa place. Le premier repas est l’occasion de prendre connaissance avec ceux qui deviendront ses camarades par la force des choses.

Une entrée, un plat, du fromage, un dessert. Ce qui paraîtrait ordinaire à tout un chacun lui est parfaitement étranger. Il est peu coutumier des règles accompagnant un repas pris en commun. Il répugne à mettre cette nourriture dans la bouche, à goûter cette pitance inconnue. Le fait de lui demander de rester à table, de se maintenir assis, d’attendre. Cela lui semble interminable, il s’agite, se lève sans cesse la scène s’accompagne des réprimandes des éducateurs qui luttent pour imposer un cadre au groupe.

Une fois, le supplice du repas terminé commence un nouveau calvaire. On lui demande d’essuyer la table, de débarrasser, de participer aux tâches de la vie quotidienne, ce qu’il ne fait jamais à la maison.

C’est le trop-plein, il explose, hurle, lance la chaise puis s’enfuit à travers le parc sans savoir où aller en quête de quiétude. Il se terre derrière un buisson. Les mains sur le visage, les yeux rougis par le chagrin, il se met à pleurer, à laisser aller les sentiments de peine et de rage qu’il avait jusque-là tus. Enfin seul, il s’autorise à s’y abandonner. Il faudra peu de temps pour que Julien le retrouve. Milan s’arme, prépare sa défense mais à sa grande surprise Julien reste calme, plongeant Milan dans la stupeur. Il n’a pas l’habitude qu’on l’aborde ainsi, avec sagesse et mesure. Julien essaie de comprendre ce qui l’a exhorté à quitter le groupe, à se mettre en colère. Milan aimerait le savoir, pouvoir l’exprimer mais il ne possède pas les mots et est encore une fois confronté à la pauvreté de son lexique, à l’incompréhension des tensions qui se manifestent à l’intérieur de lui. Lorsque le soir vient à poindre, on lui annonce qu’il est temps de se consacrer à la toilette quotidienne et au rangement des chambres. Jamais auparavant on ne lui avait demandé ainsi de se rassembler, il le prend comme une puissante intrusion dans son intimité.

Désorienté par son appréhension, il rassemble son courage pour honorer la commande des adultes. Redoutant le repas du soir il n’ose sortir de sa chambre malgré les sollicitations. Contraint par la temporalité il finit tout de même par s’attabler, redoutant un nouvel accès de colère, il est sur ses gardes. Pourtant, il se surprend à tenir, à partager ce temps de collectivité qui lui était alors inconnu. Presque, apprécierait-il ce moment de convivialité ?

Vient alors le moment de la veillée. Ce soir, elle sera brève. Tous, anciens et nouveaux pensionnaires font connaissance de façon formelle. La luminosité descendante annonce l’imminence du coucher et les angoisses reprennent le dessus. Milan trouve toutes les excuses pour retarder l’inéluctable. Julien lui demande de se coucher mais il redoute cette première nuit. Julien, dans sa bienveillance rassurante, l’accompagnera jusqu’à l’endormissement.

Plusieurs fois pendant la nuit, il se réveillera en sueur, désorienté, cherchant vainement un repère familier. Il se lèvera aux aurores, puis pour la première fois prendra le temps de véritablement déjeuner. Un brin de toilette, s’habiller, faire bonne figure, soigner son image, tous ces gestes quotidiens sont une plongée dans l’inconnu pour lui.

Continuez à regarder !
L'histoire devient intense ! Passez sur l'application pour continuer la lecture
Débloquer tous les épisodes
Ouvrir le site officiel

Vous aimerez aussi

Couverture du roman Ça passe ou ça casse, il sera à moi
8.9
Riade Blazen est une Française de 25 ans débordante d'assurance. Malgré son grand cœur, son passé de lycéenne espiègle lui a laissé une réputation sulfureuse. Marquée par le divorce de ses parents, elle méprise la vie de débauche que mène désormais sa mère. Sa vie bascule lorsqu'elle s'éprend de son séduisant professeur d'anglais, Jules Ferry Andros. Leur attirance réciproque alimente alors des rumeurs persistantes. Quel destin attend Riade face à cet amour interdit ?
Couverture du roman Halima
8.2
La vie de la petite halima bouscule dès son premier jour au lycée, lorsqu'elle s'est fait violé par son propre petit amis alors, elle ce voit obliger de confronter son destin si tragique en se mariant a un inconnu
Couverture du roman L'Âme Sœur de l'Alpha
9.1
Jessica Meadows aspire à une fin de lycée paisible, mais son déménagement en Floride chez son oncle et sa tante bouleverse ses plans. Loin de son Ohio natal, l'adolescente découvre un environnement étrange. Lors de sa présentation en classe, un mystérieux élève surgit brusquement. En croisant son regard, l'inconnu l'identifie immédiatement comme sa compagne. Ce lien surnaturel lie désormais le destin de la jeune fille à celui de cet Alpha, changeant sa vie à jamais.
Couverture du roman Les Caprices du Destin
8.2
Jonathan, portrait craché de son père, menait une vie paisible entre ses études et ses amis. Tout bascule le jour de son anniversaire : Sébastien, son père marin, meurt dans un accident tragique en rejoignant son frère. Face à ce deuil brutal, l'équilibre familial explose. Sa mère, dévastée, projette l'image du défunt sur son fils, tandis que Jonathan peine à trouver sa place dans cette réalité brisée. Suivez ce récit poignant aux multiples rebondissements imprévus.
Couverture du roman Les petites graines
9.3
Mademoiselle Hugh est une institutrice singulière qui débute l'année scolaire dans la classe de CM2 de Manon. Rapidement, ses méthodes pédagogiques atypiques, teintées de spiritualité, captivent les écoliers. À travers cet enseignement novateur, Manon et ses camarades découvrent des savoirs inédits qui bousculent leurs certitudes et nourrissent leur réflexion. Ce récit illustre la volonté de l'auteure de partager des clés d'épanouissement pour cette ère nouvelle.
Couverture du roman L'EXTRAVAGANCE TABOUE DE LA FRATRIE KOTAN
8.6
1~ Les gémissements et les cris de ma fille adolescente coulent de la fenêtre ouverte de sa chambre et dans le jardin. Les voisins me font des grimaces amusées pendant que je cours précipitamment vers la porte de derrière et que je fouille avec les clés. Je rougis d'embarras alors que je combats le loquet cassé de la porte au son de Lexy gémissant son extase au-dessus de moi. Je jure dans ma barbe et lutte avec le métal têtu, sentant les yeux de jugement du voisin me prendre. Ce ne serait pas aussi grave si Lexy le gardait, mais putain de merde, c'est une crieuse ! Ai-je déjà été aussi odieuse au lycée ? Ouais, je l'étais définitivement, mais au moins j'avais les moyens de fermer la putain de fenêtre !. Je serre les dents et réussis enfin à faire sauter le putain de loquet. J'ouvre la porte dérobée et monte les escaliers en courant. Ses cris s'atténuent lorsque j'atteins la plus haute marche, et je prends un moment pour respirer et me reprendre. Je suppose qu'elle et Remo ont entendu mon ascension rapide des marches et qu'ils se précipitent maintenant sous les couvertures. Je ne suis pas le genre de mère qui fait irruption dans la chambre de sa fille quand je sais qu'elle est en flagrant délit, alors j'attends qu'elle ait eu assez de temps pour se couvrir. Après une minute douloureuse, je me dis que j'ai attendu assez longtemps, alors j'ai mis mon meilleur visage de maman et j'ai saisi la poignée de la porte. ➖MOI: Comme c'est dur de fermer ta putain de.... Les mots s'arrêtent net dans ma gorge. Apparemment, ils ne m'avaient pas entendu monter les escaliers ; et par « ils », je veux dire Lexy, sa meilleure amie Elma, et son frère Tahir. Mon fils Tahir. Ils sont tous nus, tous allongés sur le lit, et tous me fixent avec la même expression d'horreur que sur mon visage... " L'EXTRAVAGANCE TABOU DE LA FRATRIE KOTAN " vous tiendra chaud du début à la fin de la lecture. NB: Les NOMS MAJUSCULES signifient que l'histoire est racontée du point de vue de cette personne. 2~ Roland en lisant les exploits sexuels sur ÉROTIQUE+ TV, a commencé à avoir l'idée de vouloir regarder sa jeune femme baiser un autre homme pendant qu'il serait en train de regarder. Arriverait-il à s'en sortir ? 3~ Mon oncle que j'avais plus vu il y a 4 ans nous a rendu visite un jour. Des retrouvailles n'est-ce pas ? Tout allait bien jusqu'à ce que ma mère commence à lui raconter mes petites aventures. Au lieu de me crier dessus, mon oncle commença à avoir des étincelles dans les yeux. Je me doigtais la nuit quand j'entendis ma porte s'ouvrir. Dans l'embrasure de la porte se trouvait Francky. Que se passera t-il ? 1; 2 & 3: L'auteur nous entraîne dans les profondeurs de l'extase avec trois romans réunis qui nous tiendront en haleine jusqu'à la fin de la lecture.