
Cinq Ans, Amour Interdit
Chapitre 2
Le train filait à travers la campagne française, un paysage que je n'avais pas vu depuis cinq ans. Cinq années. Une éternité. Assise près de la fenêtre, je regardais les arbres et les maisons défiler, mais mon esprit était ailleurs, perdu dans un passé qui refusait de mourir.
Je tenais fermement la petite main d'Élise, endormie à côté de moi. Sa respiration était douce et régulière, un son apaisant dans le bruit monotone du train. Elle était la seule lumière dans ma vie, la seule raison pour laquelle je continuais à me battre.
Mon téléphone a vibré dans ma poche. C'était lui. Marc.
Le nom sur l'écran a provoqué une vieille douleur familière dans ma poitrine. J'ai hésité un instant avant de répondre.
« Allô ? »
Ma voix était plus basse que d'habitude, presque un murmure.
« Tu es dans le train ? »
Sa voix était comme dans mes souvenirs : froide, autoritaire, sans aucune trace d'émotion. Il ne demandait pas comment j'allais, si le voyage se passait bien. Juste une question factuelle.
« Oui. On arrivera ce soir. »
« Bien. Luc viendra vous chercher à la gare. Il t'emmènera à l'appartement que j'ai préparé. »
Luc. Son assistant. Pas lui. Bien sûr que ce ne serait pas lui.
« D'accord. »
« Ne sois pas en retard pour la fête demain soir. C'est important. »
Important pour lui, pour ses affaires, pour son image. Pas pour moi.
« J'y serai. »
Il a raccroché sans un mot de plus. Pas d'au revoir, pas de "à bientôt". Juste le silence. J'ai fixé mon téléphone, le cœur lourd. Rien n'avait changé. J'étais toujours cette marionnette qu'il déplaçait selon ses besoins.
Je me suis souvenue du jour de mes vingt-deux ans. Le jour où tout a basculé. Il avait trouvé mon journal intime, caché sous mon matelas. Un journal d'adolescente rempli de mes sentiments secrets pour lui, mon parrain, l'homme qui m'avait élevée après la mort de mes parents.
Je n'oublierai jamais son regard ce jour-là. Un mélange de dégoût et de colère froide. Il n'a pas crié. Il a simplement dit :
« Fais tes valises. Tu pars pour la Suisse demain. »
Je n'ai pas pu répondre. J'étais paralysée par la honte et la peur. Il a ajouté, sa voix tranchante comme une lame :
« J'ai organisé des études pour toi là-bas. Tu resteras là-bas. Ne reviens pas. »
Deux mois plus tard, j'ai appris par les journaux qu'il se mariait. Un mariage somptueux avec Sophie Delacroix, son amour de jeunesse, une femme belle et issue d'une famille riche. Les photos montraient leur bonheur parfait, un bonheur construit sur mon exil et mon cœur brisé.
J'ai fermé les yeux, essayant de chasser ces souvenirs. La douleur était toujours là, une braise qui couvait sous les cendres. J'étais Jeanne Dubois, vingt-sept ans, architecte d'intérieur sans emploi, mère adoptive d'une petite fille de cinq ans, et je retournais en France non pas par choix, mais par ordre.
J'ai regardé Élise, son visage d'ange paisible dans son sommeil. Pour elle, je devais être forte. Pour elle, je devais affronter mes démons. Même si le plus grand de mes démons était l'homme qui venait de m'appeler.
La réalité était cruelle. J'étais seule, brisée, et je retournais au point de départ, là où tout avait commencé et où tout s'était terminé.
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