
Cinq Ans, Amour Interdit
Chapitre 3
La gare était bondée et bruyante. J'ai tenu Élise par la main, me frayant un chemin à travers la foule. Un homme en costume impeccable tenait une pancarte avec mon nom. C'était Luc, l'assistant de Marc.
Il nous a souri poliment, un sourire professionnel qui n'atteignait pas ses yeux.
« Mademoiselle Dubois ? Je suis Luc Martin. Monsieur Chevalier m'envoie. »
J'ai hoché la tête. Élise s'est cachée derrière ma jambe, intimidée.
Le regard de Luc s'est posé sur elle, une lueur de surprise dans ses yeux. Il n'a rien dit, mais je savais qu'il se posait des questions. Marc ne lui avait probablement pas tout dit.
« C'est... ? » a-t-il commencé, hésitant.
« C'est ma fille, Élise, » ai-je répondu d'une voix neutre, en resserrant ma prise sur la main de la petite. Je n'avais pas à me justifier.
Luc a rapidement retrouvé son calme. Il a pris ma valise et nous a conduits à une voiture noire qui attendait dehors. Le trajet jusqu'à l'appartement s'est fait en silence. C'était un bel appartement, moderne et impersonnel, dans un quartier chic. Un endroit que je ne pourrais jamais me payer. Un autre rappel de la puissance de Marc et de ma propre dépendance.
Le lendemain soir, la fête. J'ai mis une robe simple, la seule que j'avais qui soit à peu près correcte. J'ai coiffé les cheveux d'Élise, qui était excitée à l'idée d'aller à une "fête de grands".
La maison de Marc était immense, une villa moderne avec une piscine illuminée. La musique et les rires flottaient dans l'air. En entrant, je me suis sentie immédiatement déplacée, comme une pièce de puzzle qui n'appartient pas à cette boîte.
Une femme s'est approchée de nous. Elle était magnifique, élégante dans une robe de créateur, un sourire parfait sur les lèvres. Sophie Delacroix. L'épouse de Marc.
« Jeanne ! Te voilà enfin ! Marc m'a tellement parlé de toi. »
Sa voix était douce, presque mielleuse. Elle s'est penchée vers moi comme si nous étions de vieilles amies. J'ai senti une tension immédiate.
« Bonsoir, Sophie. »
Son regard s'est posé sur Élise, qui se serrait contre moi.
« Et voici la petite... Élise, c'est ça ? Quelle adorable petite fille ! »
Elle s'est accroupie pour être à la hauteur d'Élise, son sourire s'élargissant.
« Bonjour, ma chérie. Je suis Sophie. Tu veux venir voir les jolis poissons dans l'aquarium ? »
Élise a secoué la tête et s'est mise à pleurer doucement, le visage enfoui dans ma robe. Elle était toujours sensible aux gens, et elle sentait clairement quelque chose de faux chez Sophie.
« Oh... Elle est un peu timide, on dirait, » a dit Sophie en se relevant, son sourire se crispant légèrement. « Ce n'est pas grave. »
Je l'ai prise dans mes bras pour la calmer. Je me sentais mal à l'aise, observée par des dizaines de paires d'yeux. Pour échapper à l'attention, j'ai murmuré une excuse et je me suis dirigée vers une terrasse plus calme.
Je pensais être seule, mais j'ai entendu des voix de l'autre côté d'une haie.
« C'est elle, la fameuse Jeanne ? La filleule de Marc ? »
« Oui. Revenue de Suisse après cinq ans. Et avec un enfant, en plus. Personne ne sait qui est le père. »
« Pauvre Sophie. Elle a dû l'inviter pour faire bonne figure, mais ça doit être terrible pour elle. On dit que Marc a toujours eu un faible pour sa filleule... »
« Un faible ? C'est pour ça qu'il l'a envoyée à l'étranger ? Ça ressemble plus à une punition. Regarde-la, elle a l'air complètement perdue. »
Chaque mot était une blessure. J'ai serré Élise plus fort contre moi, mon cœur battant la chamade. Ils me voyaient comme une intruse, une menace, une pauvre fille pathétique.
J'ai pris une profonde inspiration. Je ne pouvais pas fuir. Pas cette fois. Pour Élise, je devais affronter ça.
J'ai essuyé les larmes d'Élise, lui ai murmuré des mots rassurants, et je suis retournée à l'intérieur, la tête haute. J'allais leur montrer que je n'étais pas aussi faible qu'ils le pensaient.
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