Suivre
Chapitres
Partager
Couverture du roman Chlorophyll's days

Chlorophyll's days

Inspiré par les récits de voyage classiques, cet ouvrage relate une expédition à Montréal vécue en 2019. L'auteur y croise des figures réelles, célèbres ou anonymes, pour mener une réflexion profonde sur l'héritage de la colonisation et les ponts entre tradition et modernité. Traversée par l'arôme constant du café, cette aventure devient pour l'écrivain, avocat de métier, une quête de conscience permettant de transfigurer le quotidien par une plume singulière.
Chapitres
Partager

Chapitre 2

Ce matin dès l’aube, vers 5 h 30, les hirondelles et tous les oiseaux qui ont établi leur séjour dans la maison m’ont réveillé, dans un vacarme infernal, ne cessant que lorsque le jour fut bien établi. Tous les ans, les demoiselleset leurs mâles à jabot rouge prennent leur quartier d’été dans les vieux bâtiments, où elles retrouvent leur nid des années précédentes. Leur nombre ne varie pas, et elles reviennent fidèlement dans ma pension de famille. Elles se reproduisent, puis repartent aux premiers froids. On dirait que ce sont les mêmes, qu’elles ont réservé leur place, d’une année sur l’autre.

Le clocher sonne les neuf coups. Dans un quart d’heure un voisin, viendra me chercher pour m’accompagner à la gare. Je devrais être à PARIS, vers midi et demi.

La capitale, vide en ce début d’été, où je ne ferai que passer, pour me rendre à l’hôtel, à Roissy. Demain, la peur au ventre, comme à chaque fois qu’on s’embarque pour l’inconnu, je m’envolerai pour MONTRÉAL. Mes idées, mes pensées, seront derrière moi dans un peu plus de 48 heures.

6 heures et demie du soir.

Dans ma chambre d’hôtel à Roissy.

Dans le train de banlieue qui m’y conduit, je suis abasourdi par la multitude. Les hommes et les femmes qui partagent le wagon dans une chaleur suffocante sont de toutes les couleurs et de toutes les races.

Durant ce trajet, au travers des vitres, je peux voir des graffitis par centaines, sur des parois en béton, sur les piles de ponts, partout sur des kilomètres, des dessins informes et des mots, des mots mystérieux, prononcés par des mages pour des fous.

Dans ma chambre, la même qu’à Bordeaux où j’ai séjourné en mars, la moquette est grise, le lit est spacieux, une photographie sert de tête de lit, et le cabinet de toilette est réduit au minimum, un miroir encadré d’ampoules lumineuses, mon reflet est déjà celui d’un autre, dans la loge d’un comédien.

Le silence est opaque, à peine atténué par les souffleries de l’air conditionné.

De Bayeux à Paris, j’ai fait la connaissance d’une danoise. Une femme de 45 ans, vivant seule et sans enfant. Elle m’a montré des photos de sa maison sur deux niveaux, accolée à une vingtaine d’autres rigoureusement semblables : un immeuble horizontal. Les murs sont encore de la couleur grise du béton. Elle est très heureuse de la vue qu’elle possède, sur un champ labouré, tout plat.

Le décor intérieur est blanc, et les meubles modernes. Elle est fière de me montrer son fauteuil de lecture, devant une toute petite bibliothèque. Le fauteuil est l’œuvre d’un designer danois, me dit-elle. Le meuble me paraît quelconque, en cuir noir, sur des pieds chromés. Elle m’avoue qu’elle l’a acheté très cher, mais qu’elle le conservera jusqu’à sa mort. L’idée, qui me fait sourire, en dit long de ses espérances.

Une autre séduction du voyage est d’entrer en collision avec des inconnus. Durant un temps assez court, on s’offre alors le luxe de faire connaissance, d’ouvrir la porte de son identité, avec la confiance un peu lâche d’une concession éphémère.

Ma danoise se prénomme Haidi, elle protège sa solitude en s’occupant de son père, gravement malade, à l’évidence cela lui pèse, mais justifie son célibat. Elle a un projet, un rêve plutôt, qui serait d’acheter une ferme pour y organiser des thérapies sur un concept assez moderne : le contact avec les animaux, et spécialement la caresse des lapins.

Cette forme de thérapie pour les grands anxieux consiste à transmettre sa nervosité à des bêtes qui absorbent le malaise. Sous des dehors bienveillants et doucereux, on imagine les élevages de lapins blancs uniquement destinés à l’électrochoc des névroses, les inévitables desquamations, eczémas et autres symptômes de déséquilibre, sous la pression des mains moites de dépressifs végétariens.

Ces champs nouveaux d’expérimentations sur les bêtes ne sont qu’un prolongement de l’abus d’affections subalternes qui nous endurcissent à la solitude et au rejet de nos semblables

***

Je suis descendu au restaurant. Il y a une formule – entrée – plat – dessert – mais j’ai préféré choisir à la carte. Le tarif revient au même, mais j’ai eu le plaisir de décider mon plat.

Je n’ai pas cédé à la logique du gain offert pour appâter les clients sur le menu. Je les regarde dîner, voraces. Une femme mord son sandwich à pleines dents, et quand elle le retire de sa bouche avec un bon morceau, une lueur de satisfaction passe dans ses yeux, son hamburger à bout de bras, à peine entamé.

Une ambiance de fête orgiaque, aux frais du restaurant, tant le prix du menu est avantageux. C’est une distraction de regarder les gens qui partent en vacances.

Les voyageurs ne ressemblent pas à ceux que l’on rencontre au cours de l’année. L’excitation est palpable.

Je ne traîne pas dans les salons de l’hôtel. Je ne suis pas encore en voyage, qui commencera réellement au moment de passer la douane canadienne.

Déjà, depuis que j’ai quitté Paris pour rejoindre l’aéroport, je suis assailli de pensées différentes. Je remarque que l’esprit s’alourdit des habitudes et s’allège avec le mouvement. La pensée s’appesantit à labourer les mêmes espaces, une brume d’écho recouvre l’intelligence.

Dès que j’aborde les rives sombres de la banlieue de Paris, une floraison d’idées neuves apparaissent, me surprennent dans l’état d’endormissement qui est le mien.

ARRIVÉE

À l’aéroport, tout de suite, insensiblement, un dépaysement

Le petit air de l’inconnu flotte partout, devant les machines où l’on doit passer et s’enregistrer à l’aide d’un scanner pour le passeport. Il reconnaît les informations et nous salut par notre nom : Bonjour Christophe Breigeat ! On doit se prendre en photo, pour achever la reconnaissance faciale. C’est fait, je suis dans l’ordinateur.

Il fait chaud, mais à midi le soleil n’a pas encore atteint sa pleine intensité à Montréal, et il semble plus clair et plus froid : c’est une chaleur qui n’assomme pas, l’air est excessivement mobile.

Le conducteur de taxi nous attend, et nous dépose devant la maison.

Montréal ne s’offre pas du premier coup d’œil, on traverse des paysages où la modernité s’accorde mal à l’anarchie urbaine : des entrepôts de commerce, des garages, des autoroutes se mêlent sans pouvoir retrouver le bel ordonnancement administratif Français.

Vous aimerez aussi

Couverture du roman À la conquête des amours impossibles
9.4
Plongez dans l'univers déjanté d'un jeune homme épris de trois sœurs au sein d'une même famille. Bien qu'en couple avec Tasha, la cadette, il est irrésistiblement attiré par ses aînées, Jamila et Sosso. Entre la beauté de l'une, le charme de la jeune maman et le tempérament bosseur de la plus grande, son cœur balance. Cette chronique légère et humoristique explore ses dilemmes sentimentaux et ses délires personnels, invitant les lecteurs à savourer la vie sans le moindre stress.
Couverture du roman Amour et Mafia
8.2
Ariel Montes, PDG rigoureux de voitures de sport, place la morale au sommet de ses valeurs. Son existence rangée bascule lors de sa rencontre fortuite avec Rubi Echeverria, une femme indépendante issue de la mafia. Pris dans un tourbillon de défis et de dangers, Ariel voit ses certitudes vaciller face à cette femme capable de bouleverser son destin. Ensemble, ils devront tout risquer et affronter les sombres conséquences de leur union. L'amour suffira-t-il à vaincre ce fléau social ?
Couverture du roman Elektra
9.4
Le conflit ancestral entre les traqueurs et les sorcières semblait éteint depuis l'éradication totale de ces dernières. Pourtant, l'émergence d'Elektra bouleverse cette certitude. Unique détentrice d'un don capable de réconcilier ces deux univers ennemis, elle porte désormais l'avenir de son peuple sur ses épaules. Entre action et destin, parviendra-t-elle à mener à bien la quête pour laquelle elle est née ? Une aventure épique où tout peut basculer.
Couverture du roman La Vengeance Glaciale De La Principessa
8.4
Le soir de l'anniversaire de leur fils, Leo, un Capo ambitieux, répudie Mia pour épouser la fille de son parrain. Méprisant, il la traite de parasite sans importance, ignorant tout de ses origines. Chassée avec son enfant, Mia quitte les lieux en laissant un briquet aux armes des Vitiello. Leo pense sacrifier une simple orpheline pour le pouvoir, mais il vient de défier la Princesse de la mafia de Chicago, prête à déclencher une guerre totale pour se venger.
Couverture du roman Ma Famille
8.8
Vera, mère célibataire de 27 ans, voit sa vie basculer après le décès tragique de son père, Jean-Pierre Koundi. Ce pasteur et homme d'affaires influent laisse un vide immense. Accusées de sorcellerie par leur propre famille, Vera et sa mère sont brutalement expulsées et dépouillées de leurs biens. Ruinées, elles se réfugient au village. Pour survivre, Vera devient domestique dans un palais royal, marquant le début d'une aventure entre secrets et résilience.
Couverture du roman Marqués par l'ombre
9.4
Elya et son jumeau Nolan ont tout sacrifié pour échapper à leur passé de loups-garous. Après deux ans de cavale, leur anonymat vole en éclats quand Elya rencontre un loup inattendu. Malgré ses craintes, son âme reconnaît instantanément ce lien sacré. Cette connexion brutale réveille son instinct sauvage, mais met aussi leur sécurité en péril. Alors que l'ennemi se rapproche, fuir devient impossible. Pour survivre, ils devront enfin assumer leur véritable identité.