Couverture du roman Chères célébrités

Chères célébrités

8.3 / 10.0
Raphaël, un homme peinant à exprimer ses émotions, dévoile son âme à travers cinquante-deux lettres destinées à des icônes de la musique. De Paris à New York, il s'adresse à Taylor Swift ou Frank Sinatra pour retracer son propre parcours. Ce récit épistolaire, oscillant entre humour et désillusions, transforme chaque missive en une carte maîtresse de son existence. Loïc Double signe ici une œuvre touchante où les rêves et l'amour se mêlent dans un jeu d'écriture sincère.

Chères célébrités Chapitre 1

Don’t speak1

« Chère Gwen Stefani,

Je suppose que quand tu as chanté “Don’t speak” tu ne pensais pas autant coller à ma situation actuelle. Chaque relation d’amour, quelle qu’elle soit, commence par des gestes, des mots, un regard, une rencontre qui remplit un simple moment du quotidien en un magnifique instant de magie. L’euphorie du début laisse petit à petit place à l’ennui, à l’incompréhension et à la distance. Et parfois, il se peut que tu ne le voies même pas venir. Tu marches sur un nuage d’amour et le lendemain tu te retrouves face contre terre, la tête dans les ruines de ta relation passée. Et si tu tombes en plus sur quelqu’un qui t’a trompé, le monde que tu as construit s’effondre avec plus de rapidité que les quatre minutes vingt-trois de ta chanson.

Hier soir, je suis rentré un peu plus tôt dans notre appartement de la tombe Issoire à Paris et je me suis empressé de m’y engouffrer pour retrouver Fabien. Il faisait beau. Les jours de canicule extrême de cet été ont laissé place à un été indien plus doux, plus supportable, faisant du mois de septembre un mois dans lequel je me complais de plus en plus. Ce mois que j’ai détesté une bonne partie de mon enfance car il était synonyme de rentrée, de responsabilités, de devoir et de retour à la réalité. J’étais loin d’imaginer que ce retour à la réalité que je détestais tant allait revenir d’une manière aussi brutale qu’un choc traumatique et qu’il allait changer ma vie probablement à jamais. À peine la porte d’entrée de l’immeuble ouverte, je montais les marches de l’escalier en colimaçon jusqu’au quatrième étage. Le sourire jusqu’aux lèvres, l’allure motivée et déterminée, j’ouvris la porte d’entrée avant de surprendre Fabien avec un autre garçon, nus tous les deux. À ce moment-là, mon cœur est sorti de mon corps. Il a traversé la pièce pour se jeter du haut des escaliers et exploser en mille morceaux tel un obus. En regardant bien, on pouvait voir les débris se répandre un peu partout dans les parties communes et ensevelir les lieux de ma rage et de mon chagrin. Sous le choc, je suis tombé sur mes genoux. L’ensemble de mes articulations se raidirent tel un roseau. Mon trousseau de clefs s’écrasa par terre. Mes mains étaient incapables de tenir quoi que ce soit. C’est à ce moment-là que mon cœur s’est arrêté. Je dirais même qu’il s’est fissuré.

Il m’a vu et s’est levé pour venir vers moi. Mais je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas l’affronter, l’entendre et faire face à cette situation. Le déni et la fuite étaient pour moi les seules solutions envisageables. Peut-être me noyer dans une bouteille de Châteauneuf-du-Pape en regardant Mamma Mia pour la 150efois était également une solution envisageable. Mais à cet instant, je devais fuir. C’est fascinant comme le cerveau a une mécanique complexe et peut réagir en une fraction de seconde. J’ai repris mes clefs qui étaient sur le sol et je suis parti en courant. C’est là que “Don’t speak” m’est venu dans la tête. Je ne veux pas qu’il m’explique, je ne veux rien qu’il me dise car ça fait mal. Marchant dans la rue jusqu’à trouver un endroit pour m’isoler, je guettais furtivement derrière moi comme si j’attendais inconsciemment que Fabien vienne me retrouver. Manquant de trébucher et de m’étaler par terre contre la bouche d’égout, j’aperçus l’entrée du parc Montsouris. Ces arbres, ces gens qui courent, ces enfants qui s’amusent eurent un effet entre la catharsis et l’hypnose. J’étais plongé dans un état second. Assis sur un banc en contemplant ce spectacle dont j’étais simple spectateur, je pris ma tête dans mes mains et me mis à pleurer. Nous avions l’habitude d’être ensemble, tout le temps ensemble. Voyages, sport, repas de famille, fêtes… Est-ce que cette autarcie n’a pas été le détonateur de l’explosion de notre couple ? Je sens au plus profond de moi que je perds mon meilleur ami. Je ne peux pas croire que ce soit la fin.

On dit que certaines personnes sont mortes de chagrin à la suite d’une rupture. Est-ce que c’est ce qui m’attend ? Comment peut-on être aussi dépendant de quelqu’un ? C’est donc comme ça que notre histoire va se terminer ? C’est donc ainsi que 4 années de relation s’achèvent sans explications ni raison. Je n’ai pas envie de comprendre.

Mes pensées fusent à une vitesse que je n’ai jamais connue. J’ai des flash-back de la situation comme si j’étais dans un film, et je ne parviens pas à me calmer. Je me rends compte qu’il existe plusieurs mondes sur cette Terre. Nous sommes tous dans le même décor mais chacun a évidemment son propre scénario. Personne ne connaît l’histoire des autres avant d’être à son tour concerné par le script. Puis on finit par prendre conscience de l’importance des gens que nous aimons et qui nous entourent. Parce que le dénominateur commun à toutes les histoires, c’est l’amour et l’amitié. Parfois, on trébuche dans nos émotions et notre cœur, parfois on vit simplement l’instant présent et le plaisir profond d’être bien entouré de ses amis, qu’importe le décor, qu’importe la scène, qu’importe le rôle. C’est drôle comme on a l’habitude d’être un simple spectateur de sa propre vie et parfois réaliser qu’on est aussi l’acteur principal. Mes émotions, tout comme les pensées et projets ne sont là maintenant, à cet instant T plus que de la matière morte gage du présent mais résultant du passé. J’ai l’impression que mes quatre années de relations se sont écoulées en minutes tellement elles sont passées vite. Et là, je regarde autour de moi, j’observe mon environnement avec autant de concentration que de fascination. Un jour, Gwen, assieds-toi sur un banc dans un parc. Regarde autour de toi les gens qui se frôlent, se parlent, marchent, se pressent et s’oublient. Ceux qui courent pour dépenser les calories de leur déjeuner, ceux qui courent pour attraper le RER avec un stress communicatif. Celles qui courent avec beaucoup trop de sacs de shopping pour avoir été raisonnables sur leurs dépenses. Ces couples qui s’enlacent et s’aiment encore plus que le premier jour de leur rencontre. Ces amis qui rigolent en pensant à la destination où ils se rendent. Tu verras. Tu verras, dans ce tableau d’émotions, de joie, de tristesse, de mélancolie, un peu de toi dans chacun d’eux. Et tu réaliseras que ce moment, assis avec toi-même, n’aura jamais été aussi beau et simple.

Mais je ne sais pas où je vais dormir ni ce que je vais faire de mes affaires qui sont chez moi. Je ne sais pas non plus comment je vais pouvoir retourner travailler demain ni comment je vais réussir à faire semblant d’être encore vivant. Je n’ose plus bouger de ce banc. J’ai peur que si je me lève, je m’écroule de tout mon poids sur moi-même. Nous ne formons qu’un seul tout. À ceci près qu’il est peut-être plus stable que moi. Je transpire de tous mes pores. Ma respiration est rapide. Je sens mes mains moites comme si mon corps tout entier faisait une réaction de rejet de la situation. Mon cœur que je pensais brisé en milliers de morceaux bat la chamade à un rythme effréné. Est-ce que tu as déjà ressenti ça Gwen ? Cette douleur qui te paralyse et te réduit à l’état de mort vivant. Je ressemble à un de ces personnages secondaires de film d’horreur qui ne brille ni par son intelligence, ni par ses choix et qu’on meurt d’envie de secouer et d’aider. Je sors le téléphone de ma poche pour consulter mes messages.

L’écran est rempli de notifications. Pas loin de 5 appels en absence. 3 messages vocaux et 10 SMS de Fabien. Ignorant tous ces signes qui ne font qu’ajouter de la tristesse à mon malheur, je n’ai qu’une seule réponse à lui donner par SMS : “Ne parle pas, s’il te plaît, arrête de t’expliquer”. En d’autres termes : “Don’t speak”.

Ces quelques mots, aussi brefs qu’intenses, et tirés de ta chanson, raisonnent dans ma tête avec un écho froid et distant. C’en est fini

Merci, Gwen, de m’avoir écouté. Merci pour ta chanson

À bientôt,

Raphaël »

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Table des matières de Chères célébrités

Ch. 1 Ch. 2 Ch. 3
Ch. 4
Ch. 5
Ch. 6
Ch. 7
Ch. 8
Ch. 9
Ch. 10
Ch. 11
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