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Couverture du roman Charlotte et Michael - Tome 1

Charlotte et Michael - Tome 1

Michael et Charlotte, que tout oppose, voient leurs chemins se croiser suite à un drame imprévu. Alors que Michael doit épouser la glaciale Sue et que Charlotte se dévoue à sa passion d'infirmière, des choix cruciaux bouleversent leur futur tout tracé. Entre pressions familiales et secrets d'entourage, leur lien évoluera-t-il vers une passion sincère ? Ce premier tome explore la force de l'âme sœur et de l'amour parental à travers un destin que rien ne laissait présager.
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Chapitre 2

Sébastien Lourmel récupéra les clés auprès d’Adam Petrov, rouvrit les issues. Il ordonna à deux de ses subordonnés de se placer de chaque côté de la porte principale, afin d’empêcher tout incident et de stopper les éventuels fuyards qui pourraient devenir suspects.

Bruno discipliné, les yeux baissés, traversa rapidement un dédale de couloirs éclairés d’une lumière bleu électrique : « un bon coup de peinture s’impose », se dit-il en regardant les craquelures sur les murs et les plafonds.

Il dut attendre quelques minutes avant de monter dans l’ascenseur qui marquait un stop à tous les étages pour laisser entrer et sortir de nombreuses personnes. Quelques-unes se déplaçaient en tenant un pied à perfusion, leurs visages montraient tristesse, joie ou ennui… Tous ces arrêts le faisaient bouillir d’impatience « un vrai omnibus » !

De sa poche, Bruno sortit son porte-bonheur, un mouchoir en coton blanc brodé avec ses initiales en fil rouge, puis il s’essuya la figure perlée de sueur.

Au fond du couloir du quatrième étage se trouvait la pouponnière où tous les nouveau-nés étaient réunis.

Bruno pressé de faire connaissance avec les jumeaux fut déçu et inquiet quand, un policier lui en refusa l’accès : « Je reviendrai plus tard », pensa-t-il en poussant la lourde porte à deux battants qui donnait sur une salle commune de seize couchages, huit côté mur et huit autres côté fenêtre avec un couloir permettant de circuler entre les deux rangs.

Tous les lits identiques alignés au centimètre près avec leur cadre en fer lui rappelaient ceux des infirmeries des prisons qu’il avait l’habitude de visiter, cette image le rendit mal à l’aise : « Rose est dans cet endroit sinistre ! » se dit-il compatissant.

Il fut stupéfait de voir autant de patientes alitées, gémissantes de douleur, qui venaient d’accoucher ou de subir une opération : « je n’aime pas les hôpitaux », pensa-t-il

Les effluves d’éther, d’antiseptiques et autres médicaments l’incommodaient, mais ce jeune papa de trente-trois ans surmonta cette gêne pour embrasser son épouse et ensuite faire connaissance avec ses garçons : Jérémy et Olivier nés le jour de la fête nationale française.

Il s’avança vers le bureau qui trônait au milieu du dortoir.

— Bonjour madame, Rose Mercier, s’il vous plaît ?

L’infirmière d’une quarantaine d’années, aux cheveux poivre et sels tirés sous un calot leva son regard noir vers Bruno.

D’un geste machinal, il replaça sa mèche bouclée qui tombait sur son front.

— Vous êtes de la famille ? questionna-t-elle sévèrement.

— Oui, je suis son mari, répondit-il choquépar le ton employé.

Elle répliqua en désignant du doigt le lit de son épouse.

Il se dirigea rapidement vers Rose, de façon maladroite il lui tendit le bouquet qui commençait à flétrir… Rose huma son parfum avant de le poser sur le chevet à côté d’elle.

— Bonjour ma chérie, comment vas-tu ? Et les jumeaux ?

Après s’être assise avec difficulté, Rose passa ses bras autour du cou de son époux agenouillé auprès d’elle pour lui déposer un baiser langoureux sur ses lèvres desséchées par l’anxiété.

Rose et Bruno vivaient ensemble depuis dix ans ; ils étaient maintenant parents de trois enfants : Alice qui aura bientôt huit ans et Jérémy et Olivier, les nouveau-nés.

— Je vais bien, mon chéri, merci pour les fleurs, ce sont mes préférées. Tu t’en es souvenu, c’est gentil ! As-tu vu les garçons ?

— Je n’ai pas pu les voir ! Je n’ai pas compris pourquoi un collègue m’a empêché d’approcher de la nursery, mais ils sont les plus beaux j’en suis sûr, lança-t-il en rigolant.

Cependant, voir Rose allongée le teint blême, les yeux cernés l’inquiéta.

Bruno trouva un récipient sur la table de nuit à côté du lit de la jeune maman, puis il se dirigea vers les toilettes pour le remplir. Tout en traversant cette grande salle d’un pas rapide, il sentit les regards des patientes sur lui : « je suis l’attraction du jour », pensa-t-il. Il revint très vite, de façon malhabile il plaça les roses rouges dans le vase de fortune, le bouquet égaya et embauma ce lieu sordide.

— C’est bientôt l’heure de la « tétée » tu vas les voir ! De vrais p’tits gars, costauds ! Seulement, ils ont une tache de naissance sous la narine droite, juste là, montra Rose en posant son doigt sur la lèvre de son mari.

— Tu m’as manqué ma chérie… Je t’aime. Nous avons eu une bonne idée de te faire accoucher à l’Hôtel-Dieu. Ta sœur, Line, est beaucoup plus disponible que moi, vous ne risquez rien ici, je suis serein.

— Moi aussi je t’aime mon chéri, rassure-toi tout s’est bien passé.

— Quand Line m’a appelé au commissariat, je ne l’ai pas crue tout de suite. Elle m’a dit : « Brrrouno » tu es papa de deux petits bonhommes, dit-il en roulant les « r » pour l’imiter…

— Tu es drôle, lança Rose en riant.

Bruno le sourire aux lèvres reprit :

— Puis elle a insisté : « oui “Brrrouno”, deux magnifiques petits bonhommes ! » Ensuite, j’ai crié ma joie dans le combiné, continua-t-il en s’asseyant sur la chaise en bois près de son épouse alitée.

À peine eut-il terminé qu’ils partirent dans un éclat de rire en échangeant un regard complice, un long et lourd silence suivit qui rendit Bruno mal à l’aise :

— Ton docteur nous avait dit qu’il pourrait y en avoir deux, il ne s’était pas trompé… Ne trouves-tu pas le temps trop long ? Quand sors-tu ? demanda-t-il en rompant ce pesant mutisme.

— Les heures ne passent pas vite… Je dois quitter cet endroit infâme vendredi prochain, tu me manques beaucoup, notre fille aussi, répondit-elle tristement.

Bruno prit les mains de sa femme dans les siennes pour lui expliquer :

— Le soir, j’allais par habitude dans la chambre d’Alice pour l’embrasser, arrivé près de son lit, je me rappelais que notre fille était chez ta sœur à Paris… Notre appartement d’Annecy est vide et triste sans vous deux.

Rose somnola quelques instants, elle ne passait pas de bonnes nuits, les gémissements, les pleurs, les cris, l’empêchaient de dormir, le bourdon de Notre Dame la sortit de sa torpeur.

Elle raconta qu’elle avait fait la connaissance de sa voisine de lit, Bénédicte Lefranc, une pauvre fille claudiquant :

— Tu aurais même pu la croiser, Bénédicte vient de partir !

Bruno se souvint de la femme qui l’avait bousculée, « elle portait un nourrisson dans ses bras », se dit-il.

De temps en temps, Rose fermait les yeux, elle faisait de gros efforts pour ne pas s’endormir, Bruno n’osait pas la déranger…

À nouveau, il sentit les regards inquisiteurs qui l’incommodèrent, il replaça ses cheveux rebelles puis reprit :

— J’espère pouvoir bientôt connaître Bénédicte ! annonça-t-il d’une façon burlesque

Après cette remarque, les jeunes parents furent pris d’un fou rire incontrôlable, ils riaient tellement qu’ils en pleuraient.

L’infirmière en chef quitta son poste et vint leur intimer l’ordre de faire moins de bruit :

— Merci de baisser le ton, nous sommes dans un hôpital, pas dans un cabaret, avertit-elle de façon autoritaire.

Tous deux tentèrent de ne plus rire mais chacun pouffait à son tour… Le couple évita de se regarder afin de retrouver son sérieux. Après quelques minutes de concentration, Bruno fut le premier à reprendre la parole :

— Voici « la geôlière » qui me demande de te laisser, je vais m’en aller, j’ai hâte de revoir notre fille Alice, mais avant je vais passer par la nursery pour voir ses petits frères, bonne nuit, repose-toi bien…

— Pourrais-tu prendre mon linge sale, s’il te plaît ?

— Bien sûr.

Bruno ramassa les affaires de son épouse, les mit dans un sac en toile prévu à cet effet

-*-*-

Pendant ce temps, le commissaire Sébastien Lourmel demanda au directeur de l’Hôtel-Dieu son autorisation pour fouiller le bâtiment :

— Il est peut-être encore entre vos murs, argumenta Sébastien.

— Non, je refuse ! Ce sont des malades, des lois les protègent, ils ont besoin de tranquillité, protesta-t-il en tapant du poing sur son bureau.

— Très bien, je reviendrai avec un mandat de perquisition, vous ne pourrez plus nous refuser d’inspecter l’hôpital mais il sera peut-être trop tard, insista Sébastien.

Adam Petrov penaud, ne sachant pas comment réparer le drame qui venait de se passer dans son établissement se laissa convaincre :

— Vous avez raison monsieur Lourmel ! Avant d’être ici j’ai dirigé une clinique à Lyon, ensuite une autre à Marseille, mais jamais une telle tragédie ne s’est produite, je suis vraiment… s’interrompit-il.

Après plusieurs secondes de réflexions, il reprit :

— Bon, je n’ai pas le choix ! Allez-y… Vous avez mon feu vert mais faites ça en douceur.

— Merci monsieur Petrov ne vous inquiétez pas, nous serons délicats.

-*-*-

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