
Charles et Anna - Tome 1
Chapitre 2
Anna
Anna était une jolie fille. Vingt-deux ans, les yeux bleu très clair, avec de longs cheveux auburn.
C’était une fille de pêcheur, qui avait perdu ses parents, depuis plusieurs années.
Son père était parti en mer un jour de mauvais temps, et n’était pas rentré. On avait retrouvé son corps sur la plage, quelques jours après le drame, et sa mère était morte l’année suivante, emportée par la maladie. Elle survivait en travaillant à la taverne, et en lavant du linge.
Elle était souvent agacée par les hommes, qui ne manquaient pas de la prendre par la taille, pour la mettre sur leurs genoux, lorsqu’elle servait à boire, et ça ne manquait jamais un seul soir.
Mais elle savait comment s’en défaire, sans les offusquer, ni vexer la clientèle. Il n’en est pas moins qu’elle restait une jeune fille très sérieuse.
Le soir tombait, il lui fallait prendre son service. Elle alla chercher son amie Marjorie qui commençait en même temps qu’elle, et dit :
— Tu es prête ? Si nous arrivons en retard, nous allons encore, nous faire sermonner par le patron.
Celle-ci se mit à rire, et répondit :
— Oui j’arrive. Tu ne veux quand même pas que j’aille travailler toute décoiffée !
Marjorie était blonde, yeux bleu, la taille fine, une beauté également.
— Oui je me demande bien pourquoi ? dit Anna en la taquinant.
Marjorie éclata de rire. Anna avait deviné que la belle avait encore retrouvé un galant.
Elle avait une nature hors du commun cette fille, et les hommes le savaient bien.
Après avoir arrangé ses cheveux, elle demanda :
— Et toi ? Qu’attends-tu pour te trouver un homme ?
— J’attends ! Hum… j’attends de trouver l’amour, répondit-elle rêveuse.
— Ah l’amour ! Tu crois à ça ? Tu seras vieille fille que tu
l’auras pas encore trouvé. Cherche-toi quelqu’un pour te réchauffer la nuit. Tu verras, c’est très agréable !
— Mais je suis une romantique, tu le sais bien. Et j’ai tout mon temps !
Elles se remirent à rire et prirent le chemin de la taverne. Lorsqu’elles arrivèrent, le patron leur fit les gros yeux.
— Vous voilà enfin ! encore en retard ! Je me demande bien pourquoi je vous garde !
Il avait fait sa grosse voix, mais Marjorie le connaissait bien, et n’avait pas peur de lui.
— Parce que nous sommes les plus jolies filles du coin, et que les clients aiment venir ici, rien que pour nous regarder, répondit-elle avec aplomb, alors qu’Anna se faisait toute petite.
Il sourit, se déridant un peu, et reprit :
— Ce n’est pas faux ! mais les clients s’impatientent. Allez donc servir ses pauvres gens qui meurent de soif !
— Bien patron ! répondit Marjorie, suivie de sa copine.
Il n’y avait pas trop de monde à cette heure, ce qui permettait aux jeunes filles de servir et de pouvoir observer à leur aise.
Ils étaient banals, très ordinaires, lorsque la porte s’ouvrit.
Charles et Georges entrèrent.
Anna resta bouche bée, en le voyant. Il faut dire que Charles était très élégant dans son uniforme de capitaine.
Marjorie éclata de rire.
— Eh bien ! Je ne t’ai jamais vu comme ça ! s’exclama-t-elle en dévisageant son amie.
— Comme… comme quoi ? balbutia Anna à qui le rouge montait aux joues.
— Tu le manges des yeux ! Tu es fascinée par lui ! Cupidon aurait-il lancé sa flèche ?
Anna fronça les sourcils, essayant de retrouver son calme, car son cœur battait la chamade.
— Non je ne crois pas ! dit-elle en mentant un peu.
— Va prendre la commande, tu le verras de plus près ! dit Marjorie, n’en croyant pas un mot.
— Euh non ! Vas-y toi ! fit-elle timide, rouge comme une pivoine.
À ce moment-là, Charles tourna la tête, l’aperçut et reçut un choc. Jamais il n’avait vu une jeune fille aussi belle, aussi fraîche. Une fleur dans la rosée du matin.
Georges l’observait.
— On dirait que la copine de Marjorie t’a envoûté
— Tu as vu ? Quelle beauté ! Elle est magnifique ! Tu la connais ?
— Oui. Comme je viens ici tous les soirs, évidemment que je la connais ! Je t’avais dit qu’elle te plairait !
— Comment s’appelle-t-elle ?
Il était toujours aussi ébahi, ce qui amusait Georges.
— Elle s’appelle Anna Ducan. C’est la fille d’un pécheur irlandais mort en mer, il y a plusieurs années, raconta Georges tristement, et elle a perdu sa mère peu après. Elle travaille ici pour gagner de quoi survivre.
— Quel dommage ! Un si triste sort pour une aussi jolie fille !
— Bon ! Et si nous commandions ? Anna ! s’écria Georges. Viens nous servir à boire, ma belle !
Anna se décomposa, et regarda Marjorie. Celle-ci haussa les épaules et dit :
— Désolée, c’est toi qu’on appelle, ma chérie.
Elle prit son courage à deux mains, s’approcha de la table, et fit de son mieux pour garder son sang-froid, et retrouver une apparence convenable. Éviter par la même occasion de regarder Charles qui ne se gênait pas pour détailler, sous toutes les coutures, attendant de croiser ses yeux magnifiques.
— Bonjour, messieurs, que désirez-vous ? demanda-t-elle en reprenant de l’assurance.
— Nous allons prendre une bière ma belle, et mon ami Charles aussi !
Il avait fait exprès de mentionner son prénom, voyant bien le trouble de la jeune fille.
Maintenant, elle savait comment il s’appelait !
— Bien, messieurs ! Deux bières alors ! Elle tourna les talons avec grâce, et partit d’une démarche souple et onduleuse comme la houle, qui acheva de conquérir notre marin.
La taverne était sombre et lugubre, mais il ne voyait plus qu’elle.
— Elle est sublime, je rêve ou je suis éveillé ? demanda-t-il à Georges qui répondit en riant.
— Non, tu ne rêves pas. Tu as devant toi la plus jolie fille de Saint-Malo !
— L’autre n’est pas mal non plus. Mais Anna a quelque chose de différent.
— Marjorie ? Je la connais bien, elle est plus frivole qu’Anna. C’est ça, la différence.
Anna revint avec deux pichets de bière, en posa un devant Georges, puis un devant Charles, et c’est à ce moment, que leurs yeux se rencontrèrent !
Elle reçut un choc en plein cœur, comme si elle venait d’être foudroyée par l’orage. Et Charles pareil ressentit des fourmillements dans tout son corps. Une chose qu’il n’avait jamais connue avec ses nombreuses aventures, mais qui l’avait bouleversé, en plongeant ses yeux noisette, dans les prunelles bleues de la demoiselle.
Georges amusé, assistait à la scène et jugea de rompre le charme.
— Merci Anna. Ta beauté est un réel délice tu m’ensorcelles à chaque fois.
Elle rougit et se retira discrètement, alors que Charles le fusillait du regard :
— Allons ne t’inquiète pas. Je ne fais que la complimenter. De toute façon, tu es presque marié !
Charles retrouva le sourire, et répondit en soupirant :
— Oui hélas.
Et ils burent leur bière en silence.
Mais Charles n’avait d’yeux que pour elle. Il se dit qu’il ferait son possible, pour la rencontrer ailleurs qu’à la taverne, afin de faire sa connaissance, loin de Georges, qui n’avait de cesse de le taquiner.
Oui, Anna était un beau brin de fille, et ce grand séducteur n’avait qu’une envie, c’est de la posséder avant son départ.
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