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Couverture du roman Charles et Anna - Tome 1

Charles et Anna - Tome 1

Charles Beaumont, planteur en Caroline du Sud, se rend en France pour demander à son ami Georges d'être son témoin de mariage. Malgré ses fiançailles avec la riche Catherine, il succombe au charme d'Anna lors d'une nuit passionnée avant son départ. Des mois plus tard, alors que Charles est marié, Anna recroise Georges sur un port. Accompagnée d'un enfant qu'elle tente de cacher, la jeune femme espère protéger son secret. Son silence pourra-t-il durer éternellement ?
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Chapitre 3

Rencontre sur le port

Cela faisait plusieurs jours que Charles était occupé, par la vente et la livraison de sa marchandise. Aussi n’avait-il pas remis les pieds à la taverne, depuis le soir où il avait rencontré Anna. Il avait hâte de la revoir, car il ne cessait de penser à elle. Et ce fut par hasard sur le port qu’il croisa son chemin. La jeune fille s’arrêta net, son lourd panier dans les bras. Elle revenait du lavoir, avec une lessive qu’il fallait mettre à sécher.

— Bonjour, dit-il en s’approchant. Quelle joie de vous revoir !

Anna baissa les yeux et rougit. Voyant son embarras, il continua.

— Quel beau temps ! N’est-ce pas ?

Elle pouffa de rire. Son approche était maladroite. Il s’en rendit compte et se mit à rire également.

— Je suis idiot, reprit-il. Pas très doué pour la conversation ! Après autant de temps en mer.

— Non, vous êtes charmant, dit-elle en le regardant. Mais je suis pressée, je dois aller mettre sécher ce linge très rapidement.

— Me permettez-vous de vous accompagner ? Je pourrais ainsi porter votre panier qui me semble bien lourd.

Il avait dans ses paroles, une élégance peut coutumière.

— Si vous n’avez rien d’autre à faire ! fit-elle ravie de le voir si aimable. Car d’habitude, les hommes ne songeaient qu’à la culbuter dans un coin.

Charles s’empara du panier, et ils marchèrent ensemble jusqu’à la cabane du pêcheur, où habitait Anna. Celle-ci n’était pas très loin du port.

— Voulez-vous que je vous aide ? dit-il en s’emparant d’un drap. Mais maladroit, il faillit le laisser tomber, et le rattrapa juste à temps.

Anna lui prit des mains et dit en riant :

— Merci, mais je crois que ça va aller ! Avancez-moi les pinces, si vous voulez m’aider.

Elle avait un magnifique sourire, et les picotements recommencèrent dans son corps.

— Que venez-vous faire en France ? demanda-t-elle, se trouvant de plus en plus à l’aise avec lui.

— Je suis venu vendre ma cargaison, répondit-il en lui tendant une pince à linge.

Elle avait une grâce naturelle, et était vraiment très habile. Il sentait son cœur battre plus vite.

Elle le dévisagea, intriguée.

— Et quel genre de cargaison, des épices, du rhum ?

— Non, des étoffes, du coton. J’ai une plantation en Caroline du Sud.

— Ah je vois ! Vous faites du commerce.

— Oui c’est ça ! Mais vous avez beaucoup de lessive ! demanda-t-il intrigué

— Je lave pour les gens qui n’arrivent plus à le faire. Heureusement que j’ai beaucoup de place, pour étendre tout cela ! Et qu’il fait encore beau ! Nous avons un bel automne.

Courageuse, et généreuse en plus, elle avait toutes les qualités.

— Voulez-vous entrer boire quelque chose ? dit-elle quand elle eut terminé son travail.

— Avec plaisir, Anna !

Ils entrèrent dans la maison, et Charles put constater la pauvreté des lieux. Il n’y avait pas beaucoup de meubles, mais c’était décoré avec goût. Et touche féminine, un joli bouquet de fleurs ornait la table de bois brut.

— Je suis désolée, dit-elle en le voyant détailler son domicile, ce n’est qu’une maison de pêcheur ! Ce n’est pas le luxe de votre domaine, j’imagine.

Elle prit une bouteille de vin et deux gobelets.

— Ça n’a aucune importance, vous êtes si rayonnante, que vous donnez à ces lieux, un charme fou !

— Voilà ! Vous recommencez encore à être idiot ! s’exclama-t-elle en riant.

— Oh, je pensais que ça vous ferait plaisir, que je complimente votre intérieur.

Anna s’approcha et lui tendit son verre de vin, planta ses jolis yeux bleu, plein de malice dans les siens et dit en rougissant :

— Désolé. Mais je suis habituée à mainte tentative de séduction à la taverne, alors c’est ma façon de parler. Santé ! fit-elle en levant son verre.

— Santé ! dit-il dès que son trouble se fut dissipé, ne la quittant pas des yeux. Je me doute bien, que jolie comme vous êtes, vous n’êtes pas à votre première tentative de séduction.

— Vous non plus ! J’imagine qu’un homme, aussi charmant que vous, a toutes les femmes à ses pieds !

Il éclata de rire, ce qui fit écarquiller les grands yeux d’Anna.

— Quoi ? Vous n’allez pas me dire que vous êtes un saint ! s’exclama-t-elle surprise.

Il rit encore plus fort, reprit une gorgée de vin et répondit :

— Ah non, sûrement pas ! Je ne suis pas un saint croyez-moi !

Anna redevint sérieuse. À qui avait-elle à faire ? Un séducteur qui la laisserait après l’avoir possédée, ou un homme sur qui elle pourrait compter ?

Il vit son visage changer, et reprit :

— Oh je n’aurais pas dû vous dire cela ! Je ne voulais pas vous effrayer !

Il posa sa main sur la sienne, et une décharge d’électricité le transperça de part en part.

Décidément, elle ne le laissait pas de marbre. Son sang se mit à bouillir dans ses veines.

Il sentit l’adrénaline monter et son sexe durcir, et comprit qu’il était temps de partir avant qu’il ne puisse plus se contrôler.

D’un coup sec, il vida son verre et se leva.

— Merci pour ce verre, Anna. J’espère que nous aurons l’occasion de nous revoir, avant mon départ.

Et sur cela, il sortit de la maison sans rien ajouter, la laissant seule avec son trouble. Car elle aussi avait ressenti des choses lorsqu’il lui avait pris la main. Elle soupira en pensant qu’il était bien étrange d’avoir pris la fuite ainsi, et finit son verre en espérant le rencontrer à nouveau sur le port.

Chapter 4 Marjorie

Marjorie était une fois de plus, en retard pour son service. Anna la vit arriver à bout de souffle le visage encore troublé, par ses ébats.

— Où as-tu encore été ? demanda-t-elle courroucée.

— Eh bien ? J’étais avec un galant figures toi ! répondit-elle en essayant de défroisser sa robe.

— Tu es vraiment impossible. Un jour le patron va se lasser, et te faire ton compte. Et le mien aussi par la même occasion, car j’arrive en retard, à cause de toi.

— Mais non… Il a l’habitude. Et en plus se sont ses clients que je satisfais, alors il ne peut pas me congédier ! Et ton beau capitaine, comment s’appela-t-il ? Charles je crois ?

— Chut ! fit-elle en prenant des couleurs, je l’ai revu.

— Et où ? Raconte-moi ! Marjorie frétillait, à l’affût de détail croustillant.

— Je l’ai croisé sur le port en fin de matinée, alors que je revenais du lavoir. Je l’ai fait entrer chez moi.

— Et vous l’avez fait ? s’exclama-t-elle curieuse.

— Oh ! Mais pour qui me prends-tu ! demanda Anna vexée.

— Mais bon ! Vous avez fait quelque chose quand même ! Un petit baiser ?

Anna prit un air déconcerté et entra dans la taverne.

— Eh bien non ! Je lui ai offert un verre, et parce qu’il m’a touché la main, monsieur est parti précipitamment, comme s’il avait le diable aux fesses

— Ça, pour sûr que tu lui fais de l’effet, pour qu’il réagisse comme ça !

— Ce n’est pas l’impression que j’ai eue, ma chérie ! dit Anna déçue.

— Oh que si ! Tu peux me croire, tu l’as harponnée ton beau capitaine !

— Arrête de dire des bêtises, les clients attendent pour boire. Allons prendre les commandes.

Anna sentait la chaleur monter dans son corps, et voulait esquiver les commentaires.

— Comme elle se défile celle-là ! la taquina Marjorie. Je parie que tu n’as qu’une envie, c’est de le voir débarquer, là maintenant !

— Allez, un peu de sérieux, au travail ! Et Anna s’élança, avec cette grâce féline qu’elle avait, vers une table de clients.

— Bonjour, messieurs. Que désirez-vous ? demanda-t-elle avec son charmant sourire.

— Toi ma belle ! répondit un homme barbu et laid en la prenant par la taille.

Anna avait l’habitude de ce genre d’attaque, et d’un mouvement souple de hanche, se dégagea.

— Allons, un peu de sérieux ! Je ne fais pas partie des consommations monsieur. Que voulez-vous boire ?

— Amène-nous des bières, répondit un autre, tout aussi laid que le premier.

— J’y vais de ce pas ! dit-elle heureuse de se débarrasser d’eux, quelques instants.

Comment se faisait-il, qu’elle trouvait tous les hommes laids. Était-ce parce que Charles était d’une beauté hors du commun ? Elle se ressaisit, il ne fallait pas qu’elle pense à lui, surtout pendant le service, elle risquait de renverser les consommations.

Elle rapporta les bières, et le premier essaya encore de l’attraper, mais sans succès, et c’est à ce moment-là, qu’elle l’aperçut.

Charles venait d’entrer, et assister à la scène. L’œil noir qu’il lui envoya ne lui échappa pas, aussi se dit-elle qu’il valait mieux qu’elle s’occupe de lui.

Elle lui sourit et s’approcha de la table où il était assis.

— Rebonjour capitaine, que puis-je pour vous ?

Il planta ses yeux glacials dans les siens, et elle comprit qu’il était fâché.

— Une bière mademoiselle ! répondit-il sèchement.

— À vos ordres, capitaine ! dit-elle en pouffant de rire tout en tournant les talons.

Il lui saisit la main et lui fit faire volte-face.

— N’allez pas sur ce terrain-là, Anna ! lança-t-il toujours en colère, car il n’aimait pas qu’on se moque de lui

— Vraiment ? dit-elle, le cœur battant, troublée par ce contact.

— Oui, après ce que je viens de voir, je ne suis pas d’humeur.

— Et qu’avez-vous vu ? Un homme qui a essayé de me mettre sur ses genoux ! Ça arrive tous les jours ici. Je sais me défendre ! dit Anna sèchement.

Maintenant c’était elle qui était fâchée, et ses yeux avaient changé de couleur. Ils étaient bleu profond, comme l’océan par mauvais temps.

Il lâcha sa main, comprenant sa maladresse, et la laissa partir. Elle revint poser sa bière brutalement sur la table, prit les pièces qu’il tendait, et devant son visage plein de tristesse, craqua.

Un sourire naquit sur ses lèvres, et le soleil revint après la tempête.

Charles soupira, vaincu.

— Je suis désolé Anna, je n’avais pas à vous parler comme cela !

— C’est oublié ! dit-elle en quittant sa table pour reprendre son travail.

Il ne la quittait pas des yeux. Elle était tellement imprévisible. Elle passait de la colère à la bonne humeur en si peu de temps. C’était une nature exceptionnelle.

Georges entra :

— Bonjour, Charles, je me doutais que je te trouverai ici ! s’exclama-t-il en s’asseyant à sa table.

— Bonjour, Georges. Je ne suis pas revenu depuis la dernière fois où nous avons trinqué ensemble. Mais j’ai revu Anna ce matin, et j’avais envie de la revoir ce soir.

— Dis-moi, tu sembles bien accroché ! Elle t’a pris dans ses filets, cette jolie fille de pêcheur !

— Peut-être ! Mais je suis promis à une autre, répondit-il tristement en buvant sa bière.

— Oh oui ! Un gros poisson, harponné par la plus jolie fille de Saint-Malo !

— Merci pour moi ! s’exclama Marjorie qui venait prendre sa commande.

— Oh, excuse-moi, ma belle ! Vous êtes les deux plus jolies filles de la ville, se reprit-il.

— Ouais ! Tu essayes de te rattraper gredin ! Alors qu’est-ce que tu veux boire ? Une bière, comme d’habitude ? dit-elle en tapant du pied.

— Tu as tout compris Marjorie, comme tu me connais bien !

Marjorie tourna les talons pour aller chercher sa bière, puis se ravissant, elle se tourna vers Charles pour dire :

— Si vous voulez tout savoir, elle craque pour vous ! Mais attention, elle est encore vierge. Alors, allez-y doucement !

Charles, ébahi par le franc-parler de Marjorie, ne sut quoi répondre, et s’étrangla avec sa bière, ce qui fit rire Georges.

— Eh oui, c’est Marjorie, elle n’y va pas par quatre chemins quand elle dit quelque chose !

Mais Charles restait intrigué par les origines d’Anna.

— Tu m’as dit que le père d’Anna était Irlandais ?

Georges posa sa chope de bière et répondit :

— Oui, mais Anna est née en France. Ses parents sont venus ici pour travailler, pensant se trouver plus à l’aise qu’en Irlande. Mais la pêche, c’est partout pareil ! C’est un métier difficile et peu gratifiant. Cependant, ils sont tombés amoureux de la Bretagne et n’en sont jamais repartis.

— Anna Ducan. Qui aurait cru qu’une Irlandaise me bouleverserait ainsi !

Georges rit et répondit :

— Mais c’est qu’il y a aussi de jolies fleurs, en Irlande.

Charles restait pensif. Anna l’obsédait. Et à cet instant précis, il aurait bien aimé la tenir dans ses bras.

Qu’importe l’endroit où ils se trouvaient. Avec un peu de jalousie dans le cœur, il comprenait pourquoi ce rustre avait essayé de la mettre sur ses genoux. Elle faisait s’enflammer les hommes et réveiller les passions.

Georges le laissa rêver, savourant sa bière, en pensant : Eh bien, mon ami ! Si tu es tombé amoureux d’elle, que vas-tu faire ? Et ton mariage ?

Mais Charles avait les pieds sur terre, et il se dit qu’il prendrait la bonne décision.

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