
California green: Au cœur d'une ferme de marijuana
Chapitre 2
L’élément déclencheur 28 août 2017
CHAMPAGNE ! Je suis diplômée !
Non je rigole… Je ne bois pas d’alcool. Ce n’est pas par principe, c’est juste que je n’aime pas ça. Et croyez-moi, j’ai tout essayé ! Mon grand-père était amateur de champagne et mon père est amateur de vin. J’ai commencé les dégustations dès l’âge de 4 ans. Et pendant l’adolescence, mes amis m’ont tout fait goûter : Vodka, Rhum, Whisky, Tequila, Passoa, Malibu, Bières, etc. Du plus fort au plus doux, je n’aime pas ça ! Mais quand on y pense, je suis l’amie que tout le monde rêve d’avoir : je m’amuse jusqu’au bout de la nuit sans boire une goutte d’alcool et ensuite, je peux ramener tout le monde en voiture. (LOL)
« LOL » c’est l’acronyme qu’utilisent les « jeunes » pour dire qu’ils rigolent. C’est un sigle Anglais qui signifie « Laughing out loud » ou « rire tout haut » en français. Et comme l’humour est propre à chacun et que le second degré est mon péché mignon, tu trouveras parfois à la fin de mes phrases un « LOL » entre parenthèses. C’est juste pour te rassurer : ma phrase est ironique et à prendre sur le ton de l’humour. J’aurais pu choisir de mettre « MDR » pour « Mort de rire » mais je ne suis pas sûre que mon humour soit si drôle que ça. En plus, « LOL » c’est en Anglais, ça permet de vous mettre dans le contexte Californien !
Revenons au sujet principal !
Quel bonheur de me dire que la licence est enfin terminée ! J’ai un sentiment de légèreté qui me donne des ailes. Et alors que ma dépendance affective et ma peur de l’inconnu ont disparu le temps d’un instant, j’envoie un message à Lola pour lui dire que je viens avec elle en Californie. Je ne lui dis pas que « je veux venir », je lui dis que « je viens, ma décision est prise ». Je décide quand même d’en parler à ma mère avant d’acheter mon billet. Je ne cherche pas son autorisation, je suis « majeure et vaccinée » comme on dit, mais j’aimerais avoir son soutien et ses conseils. J’appréhende un peu sa réaction parce que ma mère, malgré toute sa bienveillance et son empathie, elle est pire que moi ! Disons que j’ai de qui tenir…
Le respect des règles et des consignes, c’est très important pour ma mère. Elle est toujours très raisonnable et elle n’aime pas prendre de risques. Et là, clairement, je m’apprête à lui dire que je pars à l’aventure de l’autre côté de l’océan, sans savoir où je vais dormir, sans être certaine de trouver un travail… Et surtout, lui dire que je vais pratiquer une activité illégale dans le pays des armes à feu. Je l’imagine déjà m’énumérer des arguments en béton pour m’angoisser et me faire changer d’avis.
« Fonce ma fille ! »
Est-ce que j’ai bien entendu ? Pas de crainte, pas de « mais », pas d’alerte ni de point de vigilance ? Ce qui m’étonne, c’est qu’il n’y a aucune hésitation dans son discours. Elle me dit de partir et de vivre cette aventure. Elle sous-entend que c’est maintenant ou jamais et que je ne dois pas rester ici pour de mauvaises raisons. Quand elle parle de mauvaises raisons, je sais qu’elle parle de ma relation destructrice avec John. Elle me connaît, elle sait que c’est dur pour moi de partir loin de lui pendant un mois. On est fusionnels John et moi, parfois trop, à en devenir violent et à se crier des noms d’oiseaux que même des ennemis n’oseraient pas employer. Quand on dit qu’entre l’amour et la haine il n’y a qu’un pas, c’est exactement ça. C’est devenu malsain et ça me ronge de l’intérieur. Et les mamans voient tout ! Elle me dit que pour mon bien être, il faut absolument que je m’évade.
Je prends mon courage et mon téléphone à deux mains pour écrire à John. Je lui explique que la situation entre nous ne me convient plus et qu’il doit changer. Je lui annonce que je pars un mois en Californie et qu’à mon retour, je veux voir en lui un adulte responsable.
Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Serait-ce un élan de courage ? Ou peut-être seulement de l’inconscience ? Ce qui est certain c’est que cette fois-ci, le vase a débordé. Vous connaissez sûrement les ultimatums que les couples qui battent de l’aile s’infligent régulièrement : les menaces et le chantage à la rupture. Généralement, ce n’est que du vent. Mais là, pour la première fois, je suis vraiment décidée.
Avant que je ne change d’avis, j’appelle Lola pour réserver les billets. Elle avait prévu de partir le 29 septembre avec deux potes à elles mais moi, j’ai le mariage d’une copine le 30 septembre et je ne peux pas partir avant le 1eroctobre. Du coup, Lola dit à ses potes de partir sans elle et qu’on les rejoindra directement là-bas.
On passe la soirée à comparer les billets d’avion. Les départs de Lyon sont trop chers alors on cherche des alternatives avec les aéroports de proximité (Paris, Genève, etc.).
Finalement, on réserve pour l’aller un vol Paris – San Francisco avec une escale à Washington et pour le retour, un vol direct San Francisco – Paris. L’aller-retour en avion nous a coûté seulement 430 € chacune et pour les trajets Lyon – Paris, on réserve des bus low cost à seulement 10 €.
Ça y est, les billets sont validés ! Le décollage de Paris est prévu pour le lundi 2 octobre au matin. Tout devient plus concret tout à coup. Officiellement, il me reste un mois pour changer d’avis, mais maintenant que le billet d’avion est acheté, il y a peu de chances pour que je renonce. Les billets ne sont ni remboursables ni échangeables et ce n’est pas dans mes habitudes de mettre 450 € à la poubelle. Et c’est encore moins dans mes habitudes de faire faux bon à mes amis quand je me suis engagée.
J’ai du mal à réaliser la décision que je viens de prendre. Je dois absolument raconter tout cela à Nathalie. Nath, c’est une amie que j’ai rencontrée il y a quelques années quand je travaillais dans un centre de loisirs pour enfants. Elle a une dizaine d’années de plus que moi ; elle est grande, brune, très mince, avec une coupe au carré et des bouclettes. Elle s’habille souvent avec de gros pulls en laine et des jeans. Nath, c’est une artiste, une vraie. Mais comme il est difficile de vivre de son art, elle travaille avec les enfants en parallèle de son activité indépendante. Elle fume de la Marijuana et pour ne pas avoir à la payer, elle manucure les plants de cannabis de son dealer. C’est un ami à elle et ils ont décidé de s’arranger comme ça. Manucurer ça veut dire découper au ciseau tout ce qui ne se fume pas sur la plante. Elle va rire quand je vais lui annoncer que je pars en Californie pour manucurer de la weed alors que je ne fume même pas !
Nathalie habite à 10 minutes de mon université et depuis un an, on a un rituel : je vais chez elle tous les lundis soirs pour papoter et faire de la couture. On a appelé ça les « lundis couture ». Je l’adore Nath, elle s’intéresse à tout et elle est super cultivée. Elle m’apprend toujours plein de choses et c’est la pro des « astuces de grand-mère ».
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