
California green: Au cœur d'une ferme de marijuana
Chapitre 3
Les lundis couture
Nous sommes le lundi 4 septembre aujourd’hui. Les cours à l’Université sont terminés mais je continue d’aller chez Nath pour les « soirées couture ». Je lui raconte enfin pour le voyage en Californie. Je préférais lui dire en face plutôt que par téléphone. Sans surprise, elle est tout de suite emballée ! Elle veut carrément venir avec nous. Au fond, je trouve que c’est une bonne idée. D’une part parce qu’elle a une vie sentimentale et professionnelle un peu compliquée en ce moment et que ce voyage lui ferait le plus grand bien et d’autre part, parce qu’elle connaît déjà le travail et qu’elle le pratique depuis longtemps. Je ne peux pas lui donner de réponse sans en parler à Lola au préalable mais je lui donnerai une réponse lundi prochain.
On est le lundi 11 septembre ; j’ai vu Lola dans la semaine et elle est partante pour Nath. En plus, le temps de rejoindre les garçons, ce sera plus prudent d’être trois si on doit faire du stop ou du camping sauvage. Nath est ravie de la nouvelle et le lundi couture se transforme en réservation de billet d’avion
Je suis tout excitée, ça va être super ! Au fond, cela me rassure qu’elle vienne. Elle a ce côté adulte et raisonnable que Lola n’a pas. Lola est plus spontanée, elle se lance dans des aventures sans tenir compte de tous les tenants et aboutissants. Nathalie a plus de dix ans d’écart avec nous tous, ce sera la doyenne, notre « maman » de voyage, l’épaule mature.
On est le lundi 18 septembre et ce soir, on a un projet couture bien particulier avec Nath. On va se confectionner des caleçons à poches pour pouvoir ranger nos dollars et nos papiers d’identité. On ne sait pas où on va dormir le temps de trouver un travail ni les gens qu’on va rencontrer, alors je trouve que c’est une super idée. Même dans le sommeil le plus profond, on n’a peu de chance de se faire voler nos affaires à cet endroit (LOL). Puis on ne va pas se mentir, se faire voler un sac à dos ce n’est pas grave, c’est du matériel ! Par contre, se faire voler son argent et ses papiers, c’est problématique. Personnellement, tant que j’ai sur moi de quoi rentrer en France en cas d’urgence, c’est-à-dire le prix du billet d’avion et mon passeport, le reste m’importe peu.
On se fait deux caleçons à poche chacune. J’ai pris des vieux caleçons à John et Nath a trouvé des caleçons de son ex dans un tiroir.
Comme quoi les exs, ça sert toujours ! (LOL)
Sur le premier caleçon, je couds la poche au niveau de l’entre-jambes et sur le second, je la couds sur la hanche. Ça y est ! On est équipées !
Aujourd’hui, on est le lundi 25 septembre 2017. C’est le dernier lundi avant le départ, donc ce soir, pas de couture ! Lola et moi, on a rendez-vous chez Nathalie pour 19 h 30. C’est la première fois que Lola et Nath se rencontrent en face à face. Lola nous raconte son expérience en Californie de l’année dernière pour nous mettre dans le bain. D’ailleurs, elle nous explique que l’an dernier, ils étaient restés bloqués 6 h à la douane. La police leur a posé plein de questions : « Pourquoi venez-vous aux USA ? Où allez-vous dormir ? Combien d’argent avez-vous ? Montrez-nous vos comptes bancaires, etc. ». Le tout en anglais OF COURSE ! Puis, les douaniers américains ne prennent pas le temps d’articuler ou de parler doucement apparemment. Tu dois te débrouiller pour les comprendre et pour te faire comprendre. Et si jamais ils se doutent que tu viens pour travailler illégalement dans leur pays, ils te renvoient chez toi illico presto, et c’est toi qui payes le billet de retour en prime !
Je commence déjà à paniquer. Il faut qu’on invente un mensonge sur notre venue en Amérique. Une histoire crédible qui permettrait de justifier nos comptes bancaires à moitié vides et le fait qu’on n’ait aucune réservation de logement. Louche pour des touristes !
Nath a un ami qui habite San Francisco et qui pourrait nous héberger la veille de notre retour. On voulait s’en servir comme alibi et donner son adresse à la douane mais il a refusé. On ne comprend pas trop sa réaction. Ça ne lui coûte rien et il n’y a aucun risque. On est dégoûtées parce que c’était le plan parfait et qu’on ne connaît personne d’autre à San Francisco.
Personnellement, je ne connais personne qui vit aux USA. Par contre, j’ai une amie de lycée qui est en stage pendant 6 mois à Los Angeles. C’est à 4 heures de route au sud de San Francisco. Je la contacte pour lui demander d’être notre alibi et elle accepte sans hésiter. Elle me dit que je peux donner son numéro et son adresse à la douane. En plus, elle parle couramment anglais car sa mère est américaine. Si la douane l’appelle, elle leur dira qu’on vient passer un mois chez elle. Elle est adorable, ça, c’est une vraie amie !
Au-delà du synopsis imaginé, il faudra qu’on fasse un effort vestimentaire pour le trajet. Si on passe la douane en mode « baba cool en sarouel », on ne passera pas inaperçues !
En tout cas, on est toutes d’accord sur l’objectif du voyage : dépenser le moins possible et se faire de l’argent. Cela implique de faire du stop, de camper et de limiter au maximum les dépenses plaisirs/loisirs. On imagine ce voyage comme une expérience de vie. Le but étant vraiment de sortir de notre confort quotidien.
La soirée passe et on papote pendant un moment avant de rentrer dans le vif du sujet : la liste des affaires à emporter. On doit voyager léger parce qu’on aura déjà la tente sur le dos et qu’on risque de beaucoup marcher. Pour autant, on ne sait pas où on va dormir, si on va pouvoir se laver et on ne connaît pas non plus la météo, donc on doit s’équiper pour toute éventualité
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