
Brisé par Elle, Reconstruit sans Elle
Chapitre 2
Je tenais le bouquet de roses rouges si fort que mes jointures étaient blanches. Vingt-quatre roses, une pour chaque mois où Sophie avait été en « formation » à Paris, loin de moi, loin de notre maison à Lyon. Cinq ans de mariage, et ces deux dernières années avaient été les plus difficiles, mais je savais que ça en valait la peine. Elle poursuivait sa carrière, et moi, je la soutenais, comme toujours.
L'hôtesse de l'air avait annoncé l'atterrissage à Charles de Gaulle il y a une heure. J'avais sauté dans le premier taxi, le cœur battant d'excitation. C'était une surprise. Elle ne savait pas que je venais. Je voulais voir l'étincelle dans ses yeux, son sourire surpris, sentir ses bras autour de mon cou. Je nous imaginais déjà dînant dans notre petit restaurant préféré du Marais, célébrant mes retrouvailles anticipées.
Devant la porte de l'appartement qu'elle louait dans le 15ème arrondissement, j'ai pris une grande inspiration, l'odeur sucrée des roses remplissant mes poumons. J'ai arrangé ma chemise et j'ai sonné. J'entendais des bruits étouffés à l'intérieur, puis le silence. Quelques secondes de plus, qui m'ont paru une éternité.
La porte s'est finalement entrouverte.
Sophie était là. Ses cheveux blonds étaient un peu en désordre, et elle portait un simple peignoir de soie. Mais ce n'est pas ça qui m'a frappé. C'est son visage. La joie que j'attendais n'était pas là. À sa place, il y avait un choc pur, une panique à peine dissimulée dans ses yeux bleus.
« Marc ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
Sa voix était un murmure, fragile et tendu.
« Surprise ! » ai-je dit, mon sourire se figeant un peu face à sa réaction. « Tu me manquais trop. »
J'ai fait un pas en avant pour la prendre dans mes bras, le bouquet de fleurs coincé entre nous. Je m'attendais à la chaleur familière de son corps, à sa finesse.
Mais ce que j'ai senti était autre chose.
Sous le peignoir de soie, contre ma poitrine, il y avait une rondeur ferme, impossible à ignorer. Un ventre proéminent, dur. Un ventre de femme enceinte.
Je me suis figé. Mon cerveau a refusé de traiter l'information. J'ai reculé d'un pas, mes yeux descendant instinctivement de son visage paniqué à son corps. Le peignoir bâillait légèrement, révélant la courbe indéniable de sa grossesse. Elle n'était pas juste un peu enceinte. Elle l'était de plusieurs mois.
Le bouquet de roses a glissé de mes doigts, tombant sur le paillasson avec un bruit sourd et pathétique. Mes mains tremblaient.
« Sophie... » Ma voix était méconnaissable, un souffle rauque. « C'est quoi, ça ? »
Elle a porté une main à son ventre, un geste protecteur qui m'a transpercé. Ses yeux, remplis de larmes, ne pouvaient plus rencontrer les miens.
« Marc... il faut qu'on parle. »
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