
Brisé par Elle, Reconstruit sans Elle
Chapitre 3
« Parler ? »
Le mot a explosé dans le silence du couloir. Ma voix était pleine d'une fureur que je ne me connaissais pas.
Sophie a fait un pas en arrière, ouvrant la porte plus largement.
« S'il te plaît, entre. Ne restons pas ici. »
Son calme apparent, sa tentative de gérer la situation comme une crise professionnelle, a fait bouillir mon sang. Je suis entré, mais pas comme elle l'espérait. J'ai donné un coup de pied dans les roses éparpillées sur le sol, les pétales écrasés marquant mon passage.
« Je ne veux pas entrer ! Je veux que tu m'expliques ! » ai-je crié, faisant un geste large vers son ventre. « Qu'est-ce que c'est que cette merde, Sophie ? »
Elle a fermé la porte derrière moi, me tournant le dos un instant pour reprendre contenance. Quand elle s'est retournée, son expression avait changé. La panique avait fait place à une sorte de résignation froide, presque calculée.
« Je suis enceinte, Marc. De six mois. »
Chaque mot était un coup de poing dans l'estomac. Six mois. Pendant six mois, elle m'avait menti au téléphone, me parlant de ses cours, de ses examens, de sa solitude.
« Enceinte ? » ai-je répété, le sarcasme dégoulinant de ma voix. « Mais comment est-ce possible ? La grande directrice marketing, Sophie Leclerc, qui m'a juré pendant cinq ans qu'elle était stérile ! Tous ces médecins, tous ces tests... C'était du pipeau ? Dis-moi que c'était du pipeau ! »
Elle a baissé les yeux, incapable de nier.
« Je ne pouvais pas avoir d'enfant à ce moment-là. Ma carrière... »
« TA CARRIÈRE ? » J'ai éclaté de rire, un rire horrible, sans joie. « Alors tu m'as menti. Tu m'as regardé souffrir, espérer, dépenser une fortune en spécialistes, et tu m'as menti. »
« Je t'aime, Marc, ça n'a rien à voir... »
« Ne prononce pas ce mot ! » ai-je coupé, ma voix se brisant. « Ne le dis pas. Dis-moi juste une chose. C'est qui ? C'est qui le salaud qui t'a mis ça dans le ventre ? »
Je la regardais avec un dégoût total, cette femme que j'avais aimée plus que tout. Elle était devenue une étrangère, une manipulatrice.
Elle a pris une profonde inspiration, comme pour se préparer à une autre révélation.
« C'est Julien Moreau. »
Le nom ne me disait rien.
« Mon ex, » a-t-elle précisé, voyant mon incompréhension. « L'homme que je fréquentais avant toi. »
La nausée m'est montée à la gorge. Non seulement elle m'avait trompé, mais avec un fantôme de son passé.
« Ton ex ? Tu as couché avec ton ex ? »
« Non ! » s'est-elle défendue, presque trop vite. « Ce n'est pas ce que tu crois. C'était... une insémination artificielle. »
Je la fixais, attendant la suite de cette histoire insensée.
« Julien est malade, Marc. Il a un cancer en phase terminale. Les médecins lui ont donné quelques mois à vivre. Il... il voulait laisser une descendance. Quelqu'un pour porter son nom. Il m'a demandé de l'aide. J'ai fait ça par compassion. »
Compassion. Le mot résonnait dans le salon luxueux, absurde et obscène.
« La compassion ? » ai-je sifflé. « Tu appelles ça de la compassion ? Te faire engrosser par un autre homme dans le dos de ton mari ? Tu as détruit notre vie, notre mariage, pour la "compassion" ? »
« Tu ne peux pas comprendre, » a-t-elle dit, sa voix se durcissant. Elle commençait à se défendre, à se draper dans une vertu outragée. « C'était un acte de générosité. Ça ne change rien à mes sentiments pour toi. L'enfant naîtra, Julien mourra, et nous l'élèverons ensemble. Comme notre fils. »
J'ai secoué la tête, abasourdi par son audace, par sa logique tordue. Elle avait tout prévu, tout scénarisé, sans jamais penser une seconde à moi, à ma dignité. J'étais juste un pion dans son grand plan.
« Tu es complètement folle. »
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