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Couverture du roman Bloody Feather

Bloody Feather

Un auteur tourmenté, dont l'inspiration s'est tarie, sombre progressivement dans un abîme de visions terrifiantes. Alors que son quotidien se fragmente sous le poids de ces manifestations macabres, une question obsédante émerge : ces horreurs sont-elles le simple fruit d'un esprit épuisé ou une réalité bien plus tangible et menaçante ? Entre folie apparente et mystère occulte, la frontière s'efface, plongeant cet écrivain dans une angoisse absolue.
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Chapitre 3

Un mouchoir à la main, je m'approche du miroir afin de prélever une couche de cette encre obscure. A ma grande surprise, celle-ci s'efface sans effort, comme ci elle n'était devenue qu'une goutte d'eau transparente glissant sur une vitre. Le mouchoir, quand à lui, est maintenant imbibé d'un liquide noirâtre ressemblant un peu à du sang nécrosé. Je décide de garder cette «encre» dans un bocal que je garde de côté pour me faire des réserves d'encre lors de mes moments d'inspiration. Je ne me rappelle pas m'en être utilisé depuis des mois, soit. Une fois le tissu presque entièrement essoré, je place le bocal fermé dans un tiroir et le verrouille avec la clé que je garde autour de mon cou, on ne sais jamais après tout, quelqu'un pourrait peut être s'y intéresser. Avant de m'asseoir à nouveau, je prends soin de recouvrir le miroir avec un vieux rideau mité pour éviter qu'il ne me distrait une fois de plus. Je pourrai simplement le retourner ou même le changer de pièce voire même m'en débarrasser mais, vous voyez, je ne peux me résoudre à laisser fuir cet inconnu qui me guette de l'autre côté depuis tout ce temps, il en sait beaucoup trop sur moi.

Le soleil commence déjà à descendre bas dans le ciel, pour ne pas avoir l'impression d'avoir perdu cette journée, je décide de griffonner des mots qui me passent par la tête afin de déclencher un semblant d'idée. Il me faut quelques minutes avant d'écrire une phrase construite qui a un quelconque sens: «Même la plus vive des lumières ne parvient pas à m'éclairer dans cette nuit d'encre.» Je pose alors mon crayon et regarde les lettres disparaître les unes après les autres comme à leur habitude. Une idée me vient alors, je pose une page sur la gravure du bureau et colorie entièrement la page jusqu'à ce qu'elle apparaisse en négatif. Le test est concluant, le nom reste sur la page, comme sur celle où ce nom à été écrit sur l'autre d'ailleurs. Je récidive ce test sur moi, d'abord avec le crayon mais le graphite n'adhère pas à ma peau blafarde. Vient ensuite le test de l'encre, celle-ci coule grossièrement le long de mon bras, faisant apparaître une tâche immonde que je nettoie au plus vite.

«Réessaie, tu devrais y arriver» murmure une voix derrière moi.

Je saisis à nouveau la plume en oubliant de la tremper dans l'encre et redessine machinalement les lettres finement sur mon avant-bras. Une profonde douleur me ramène à la réalité. Me voilà la veine ouverte, la plume enfoncée dans le bras qui reste affalé sur le bureau. Une main semble maintenir mon poignet contre le bois tandis que je ressens un contact froid à l'extrémité de la plume qui attire mes doigts vers l'intérieur de ma peau.

«Respire calmement, c'est presque fini, chuchote une voix apaisante à mon oreille. Bientôt tu pourras me rejoindre.»

Lentement, la douleur s'épuise, je me sens plus léger. je n'ai jamais été aussi détendu depuis des lustres. Soudainement, mon avant bras commence à me brûler. Il vire peu à peu au rouge et se met à gonfler légèrement. Je me redirige vers la salle de bain pour y récupérer la bande qui y traîne encore et la noue autour de mon bras après y avoir passé un peu de pommade. C'est au pied de la baignoire que je me laisse prudemment tombé, presque à bout de force. Décidément, ce bureau veut ma mort aujourd'hui. Ce n'est que quelques heures plus tard que je reprends connaissance sur le carrelage froid et sale.

En sortant, j'aperçois par la fenêtre du bureau que la nuit est déjà tombée. Je passe par la cuisine pour y prendre un truc à grignoter puis repasse une dernière fois par le bureau pour ranger un peu. Je cache les feuilles encore griffonnées dans un compartiment caché puis replace le bocal d'encre dans le tiroir avant de le reverrouiller. Je ramasse le rideau sur le sol et le jette dans un coin de la pièce avant de jeter un dernier regard vers le miroir et de sortir en fermant la porte derrière moi. C'est à ce moment précis que je réalise que je n'avais pas laissé la pièce dans cet état tout à l'heure.

«Tu te sens en danger n'est ce pas ?! Je sais que tout cela te perturbe mais ne t'en fais pas, je garde un œil sur toi mon petit protégé tatoué.»

Sur ces mots, je sens mon bandage s'enlever d'un coup sec, comme si quelqu'un l'avait trancher finement sans que je ne le sente. En tombant, il laisse apparaître un tatouage précis et simple, je suis presque surpris qu'il soit resté gravé. La cicatrice est déjà parfaite et nette et la couleur semble vaciller entre noir et byzantium, comme l'encre que j'utilise d'habitude.

«J'espère qu'il te plaît. Après tout, je ne voudrais pas gâcher ton plus beau projet, tu le fais déjà bien assez. Maintenant, vas te reposer, tu en as besoin.»

Je ne demande rien de plus en ce moment. J'entre dans ma chambre, ferme à clef derrière moi et rejoins mon lit dans le noir complet. Une fois couché, j'appuie sur l'interrupteur mais rien ne se passe. Je réessaie plusieurs fois mais, rien, il n'y a que l'obscurité. Je commence déjà à les voir apparaître autour de moi. Ils m'observent, me dévisagent en s'approchant de plus en plus. Au fond de moi, je sais qu'ils me veulent du mal, comme tout ce qui existe en ce monde, tout le monde me veux du mal. Par jalousie ou par méchanceté gratuite, tous rêvent de me voir allongé, sans vie dans cette pièce obscure, seul à jamais, sans aucune chance que l'on me porte secours. En guise de dernier recours, je sors une lame cachée sous l'oreiller, prêt à la laisser glisser au fil de ma gorge pour leur ôter ce plaisir quand j'entends de petits craquements suivis d'étincelles près de la porte. A chaque essai, j'entends un grondement de tonnerre à l'extérieur de l'appartement. Les monstres se mettent à disparaître chacun leurs tours à l'approche des petits flashes qui se rapprochent du lit, jusqu'au moment où je peux deviner une silhouette ou plutôt, ça semble être un visage.

«C'est pas possible, je suis en plein cauchemar, je vais me réveiller et tout sera fini. Plus de fumée, plus d'encre, plus de tatouage et plus de monstres non plus.

-Dois-je en conclure que tu m'as oubliée ?! M'abandonner ne t'as pas suffit apparemment, tu m'as rayée de ce monde définitivement.

-Parce que je suis censé te connaître en plus ?! Je demande en rapprochant à nouveau la lame de mon cou.

-Le suicide, tu ne penses plus qu'à ça maintenant. Je t'ai encore trouvé le bras tranché tout à l'heure, tu gisait à terre dans ton bureau. Elle pose ses doigts sur mes lèvres pour ne pas que je la coupe. Je sais, personne ne peux y entrer mais, tu hurlais...

-C'est toi qui as semé la pagaille dans mon bureau?! Mais t'es qui?! »

L'espace de quelques secondes, le silence reprends ses droits dans la pièce, je m'allonge donc sur le flanc, tourné vers la petite table de chevet, la lame toujours à la main. Soudain, une étincelle éclate devant mes yeux, faisant apparaître le visage d'une petite fille qui relâche une allumette embrasée sur le lit.

«Rappelles-toi, je suis ta petite tarée aux allumettes.»

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