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Couverture du roman Banquet asiatique: Invitations ciblées sur l'Isle

Banquet asiatique: Invitations ciblées sur l'Isle

Durant le confinement, une Lady écossaise orchestre l'assassinat d'une jeune Coréenne conviée au Banquet asiatique. Refusant l'aide d'Annabella, trop occupée par les élections municipales de L'Isle-sur-la-Sorgue, la noble s'appuie uniquement sur Jenny pour accomplir son forfait. Son plan machiavélique ne s'arrête pas là : elle doit désormais désigner un coupable idéal à livrer aux autorités. Ce scénario diabolique et complexe vise à tromper la police sans éveiller le moindre soupçon.
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Chapitre 2

Chapitre IDivergence et convergence

Divergence :

Être juste, c’est non seulement accepter les opinions divergentes, mais admettre que ce sont peut-être les autres qui ont raison. En amitié, pour qu’elles soient durables, il faut aussi que les divergences soient connues et acceptées. C’est ce qui la rend parfois si lente à se consolider.

Max Hyme

Convergence :

Rien, cependant, n’est plus éloigné de l’amitié que le rapport maître-élève. L’ami n’est pas un gourou qui possède la vérité. Sa révélation n’est pas un enseignement. C’est une démarche qui permet de parvenir à la même conclusion en partant de points de vue différents. C’est une convergence dans la vérité. Trente rayons convergent au moyeu, mais c’est le vide médian qui fait marcher le char.

Max Hyme

« I can’t believe itJe ne le crois pas. C’est parce que je suis une femme que tu dis cela ?

— Pas seulement », me répondit Charles. « Regarde les choses en face. Je crains que tu ne possèdes ni les techniques ni la force physique suffisante.

— È vero», admit Annabella. « Avec ton mètre soixante-cinq et tes cinquante kilos, tu te vois planter des coups de couteau dans le corps de quelqu’un en faisant croire à un légiste que c’est un homme qui a fait cela ? »

Ce fut Jenny qui finalement me sauva la mise en prenant ma défense.

« Kossassa, ces remarques de machos. On ne va pas changer le menuparce qu’il nous manque quelques ingrédients. Et puis, les invitationssont lancées. Moira et moi, nous sommes beaucoup investis pendant que vous vous la couliez douceA pas jouet ka tourné se va,il faut s’adapter, quoi ! Et qu’est-ce que vous allez raconter à Kazuo, surtout après ce qu’il a fait pour moi. C’est en partie grâce à lui et à toi aussi Charles que mon mari est passé aux oubliettes.

— Je reconnais que tu as raison », concéda enfin Charles. « Moira réponds-moi franchement, que te manque-t-il ?

— Nothing. Everythingiscorrect. Vraiment, il ne me manque rien.

À ce stade de mon récit, je doute que quiconque comprenne quoique ce soit. Normal, il faudrait tout expliquer depuis le début. Well, je n’ai pas l’intention de vous raconter toute ma vie. Elle vous paraîtrait longue et ennuyeuse. Je vais me cantonner au strict nécessaire, pour la compréhension de la suite. Si au cours des événements, je m’aperçois que certaines précisions manquent, je n’omettrai pas de les apporter. À moins que je ne vous laisse dans le flou, parce que je me serais dit que vous êtes trop indiscret ou trop stupide. Où peut-être simplement que je n’en aurais pas envie, ou pour ne pas perdre le fil de mon récit. Et puis, une Lady conserve ses pudeurs. Alors, soyez gentil, ne m’interrompez jamais, j’ai horreur de cela.

So, bien qu’Écossaise, je parle un français impeccable, meilleur que certains natifs. Je m’appelle Lady Moira Pennyquick et j’habite en France depuis une paire d’années, et à L’Isle-sur-la-Sorgue depuis peu. Merci de ne pas m’interroger sur les raisons de mon installation, cela ne vous regarde pas. Une précision, je ne revendique jamais ici mon titre de noblesse, les Français ont pour trop mauvaise habitude de guillotiner les aristocrates. Un autre détail, je suis née catholique, mais suis athée. J’ai préféré me débarrasser de la foi qui encombre le cerveau pour la remplacer par la raison. On me dit très Britannique, mais certainement pas Anglaise et encore moins Irlandaise. J’aurais accepté à la rigueur, être Galloise, mais je suis Écossaise, j’y tiens. Comme toute personne des Highlands, je roule les R, surtout quand je parle l’anglais et l’écossais. J’affirme ainsi mes origines. Si vous ne comprenez pas tout ce que je dis, vous n’avez qu’à apprendre le Scot.

Well, je ne prétendrai pas que je suis toujours une très belle femme. Pourtant, même encore maintenant, je possède un certain charme suranné et une allure altière incomparable avec mes mèches de cheveux blonds bouclés, mon visage allongé, un peu émacié et mon nez délicat. Ma bouche, aux lèvres fines, sait devenir experte quand elle s’accompagne de ma langue active et pénétrante. Les jaloux me qualifient de maigre, alors que je suis une femme mince aux formes gracieuses et élégantes, mais tonique. Mon ventre plat, mes seins menus et ronds mais fermes ainsi que mes fesses rebondies en font fantasmer plus d’un. Il ne m’est pas très difficile de faire succomber n’importe qui à mon charme. Il me suffit de fixer mon interlocuteur de mon regard pénétrant bleu clair, accompagné d’un léger sourire. C’est une pratique que je maîtrise depuis toujours. You know… Vous savez, je vous promets que cela fonctionne à merveille à chaque fois. Au premier abord, on me situe dans la quarantaine, alors qu’elle n’est plus qu’un lointain souvenir. Mes pattes d’oie autour de mes grands yeux et de petites rides proches de la bouche me trahissent. Le Botox, cela aide. Mes douces mains fines, soigneusement manucurées sont ma fierté, avec ses longs doigts agiles et indiscrets. Cela, malgré quelques veines trop saillantes et la perfidie de taches de vieillesse à mon avis trop nombreuses que j’ai peine à faire disparaître.

Please, il est inconvenant de demander son âge à une dame et de surcroît à une Lady.

Célibataire, je n’ai jamais été mariée et ne le serai jamais. Soyez assez aimable pour ne pas m’en demander la raison. Quant aux enfants, ne me parlez pas de malheur. Une femme s’accomplit très bien sans. Il n’y a que les mensonges de la famille et autre pression sociale pour faire croire à la gent féminine que nous ne pouvons pas nous accomplir sans eux. Je ne vous raconte pas combien de personnes de mon sexe ont dû abandonner leur vie prometteuse pour se consacrer à leurs progénitures sous la domination de leur mari et la tyrannie de leurs deux familles. Beaucoup le regrettent, sans pour autant affirmer ne pas les avoir aimés. Il n’y a aucun rapport entre le soi-disant besoin de procréer et l’amour qu’on éprouve pour un enfant. Quel intérêt de se condamner à vingt ans de travaux forcés et de sacrifier sa vie ? Le besoin biologique, affirmera la faculté sur un ton grave et compassé. Bullshit,pas pour moi en tous cas ! Quant à celles qui la refusent, cette maternité, elles sont qualifiées de vieilles filles, d’asociales, d’hystériques, de lesbiennes, ou de bien d’autres noms d’oiseaux affligeants et dégradants. Sans doute suis-je tout cela à la fois, en même temps qu’une Grande putain, comme me l’a déclaré un jour Charles. Même certaines femmes participent à la curée pour justifier leur absence de choix et leur immobilisme idéologique. Comme beaucoup, elles ont préféré la conformité sociale rassurante, plutôt que de s’interroger sur elles-mêmes et sur leurs désirs réels. De toute manière, il y a beaucoup trop de gens sur terre. Mais, là n’est pas mon propos.

Ah, j’oubliais un détail, je ne travaille pas et ne l’ai jamais fait. Dans ma situation, gagner de l’argent serait indécent. Ma fortune personnelle me permet de vivre comme une vraie Lady riche et oisive. Avec ma sœur Mary, je possède une belle demeure dans le centre historique d’Aberdeen en Écosse, ainsi qu’un ravissant manoir de famille, presqu’un château, isolé près d’un loch. Vous savez, ces lacs noirs et profonds qui inquiètent les touristes. Aucun n’est habité par un quelconque Nessie, ou un fantôme en dehors de ceux de mon passé, ou par quelques Irish bawbags, des cochons d’Irlandais. Je ne parle pas de notre maison londonienne et des quelques immeubles qui ont échappé au blitz pendant la dernière guerre mondiale. Mon compte en banque en ferait rêver plus d’un, sans compter mes actions des Pétroles de Mer du Nord. Je possède aussi d’autres biens ici et là. À Édimbourg, mon cousin, l’homme d’affaires de la famille les gère pour ma sœur et moi. Une noble Lady n’entretient de relations qu’avec sa famille et ne possède pas d’amis. En France, je me suis assise sur cette tradition.

Cela ne signifie nullement que je suis désœuvrée, bien au contraire. D’abord, j’ai un peu voyagé, non comme une indolente Lady fortunée, mais plutôt comme un globe-trotteur. Et surtout, je danse, pas de la danse classique, mais de la danse de salon. Pour moi, c’est un plaisir que de me laisser entraîner dans une valse ou un tango. J’ai adoré le flamenco et les claquettes. C’est grisant, les claquettes jazzy !

Je me suis aussi mise à la peinture. Non, je n’ai pas dévoilé mes paysages oniriques au grand public, je trouve cela trop embarrassant. Pas comme cette soi-disant artiste, qui avant une expo, prétendait, sur un ton mielleux et pompeux, les larmes dans la voix, exhiber son âme. It’s so boring, so tiresome and so flat, je trouve cela ennuyeux à en mourir, et d’une prétention. Certaines ou certains affirmeront de façon péremptoire que je suis jalouse de son succès. Je les laisse dire, cela ne m’intéresse pas. Je n’ai rien à prouver à quiconque. Pour mes créations, question de pudeur ! Je préfère présenter ou même offrir un tableau choisi par mes soins, à une ou un ami, en fonction de ses goûts. Son seul regard en découvrant la toile, exprime plus que ce que pourrait m’offrir les critiques d’art ou le public. Chacune ses petits secrets qu’on ne dénude que dans une tendre et douce intimité.

En toute discrétion, je me suis lancée aussi dans la sculpture sur bois. C’est exaltant, enivrant et presque excitant de se trouver face à une matière brute que l’on doit modeler. Comme le marbre de Praxitèle, c’est un devenir auquel on insuffle une forme et une vie. Le bois ou plutôt les bois sont vivants, passionnants à travailler, car tous différents. Peu importe qu’on utilise les scies, les ciseaux, les gouges, les limes, les meules ou le papier de verre. Donner un poli à des formes figuratives ou abstraites me ravit. Quand l’œuvre est achevée, la caresser de mes mains ou effleurer du bout de mes doigts cette surface lisse et vivante me procure un plaisir charnel d’une grande sensualité. C’en devient érotique.

Vous l’avez compris, je suis une sybarite.

Et surtout, je lis, tant en anglais qu’en français. J’apprends le japonais pour découvrir dans le texte, cette littérature que Kazuo me vante. Selon Sir Winston Churchill, il est une bonne chose de lire des livres de citations, car les citations lorsqu’elles sont gravées dans la mémoire vous donnent de bonnes pensées. J’ai participé, pendant un moment à un club de lecture ici, rue Battisti. En dehors de deux ou trois exceptions, je n’y ai rencontré que de petites gens, qui se piquaient d’être des intellectuelles. Un jour, l’animatrice a prétendu que comme elle, tous recherchaient l’émotion et cela nous animait. Quelqu’un lui a fait remarquer qu’avec la haine et la peur on manipulait les gens. Vexée, elle est alors partie dans un aparté en messe basse, sans plus s’occuper de la réunion. Sauf à la télévision, le rôle d’un animateur n’est pas de faire valoir son opinion, mais au contraire de laisser les autres s’exprimer. Par la lâcheté de son attitude, elle a ainsi démontré sa stupidité et son incompétence ou pour le moins son amateurisme. Bref, je n’y ai rencontré majoritairement que des femmes frustrées qui se prenaient pour je ne sais trop quoi. Parfois même, n’ayant rien à dire, elles commentaient une émission passée la veille à la télévision. Ne possédant pas cette étrange lucarne, je n’y suis pas restée très longtemps.

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