
Bangkok à ma table
Chapitre 3
Monsieur Sukada alias le varan
J’attirais toute sorte d’animaux à moi dès qu’il était question d’eux. S’il y avait un serpent quelque part, il rampait vers moi. Un chat ? même sauvage, il se blottirait sur mes genoux, me tapoterait le bras pour que je le caresse. Les chiens ? mmmm… Seuls les chiens ne s’approchaient pas trop, ils sentaient que nous n’étions pas très compatibles.
Les chiens avaient du mal à me comprendre et moi pareillement. Nous ne parlions pas le même langage c’était sûre. Ils ne m’intriguaient pas plus que ça et ce refus, ils ne le comprenaient pas. Ils aiment l’attache facile les chiens, l’effet miroir, l’inconditionnel, les sentiments à double sens, ce qui ne m’émouvait pas ou que je n’éprouvais pas encore.
Mais un animal que je n’avais jamais croisé de ma vie se présenterait à moi et cet animal était le varan qu’incarnerait excellemment bien Monsieur Sukada.
Très vite, j’allais trouver un emploi de « Maîtresse d’école ». Je parlais l’anglais couramment et grâce à cet avantage, j’allais pouvoir rester au moins une année en Thailand à Bangkok.
Chanceuse, ma première demande aboutit à une réponse favorable.
J’avais envoyé un Curriculum vitae bien ficelé sur le site d’Ajarn et hop pop pop, J’avais rendez-vous avec monsieur Sukada qui était un chasseur de « tête ».
Il recrutait les professeurs Farangs au service d’une école gouvernementale dans la commune de Nakhon Pathom. À peine eut-il reçu mon CV qu’il m’envoya un message.
— Hi, we are looking for an english teacher a kindergarden position is available, can you come tomorrow 11 am at Anuban Nakhon Pathom ?Thank you.Mister Sukada
— Bonjour, nous recherchons un enseignant en langue anglaise pour un poste en maternelle. Pourriez-vous venir demain à 11 h à l’école à Nakhon Pattom ?
Merci.
Monsieur Sukada
— Hi, yes sure Thank you.
— Bonjour, Oui, bien sûr merci lui écrivis je.
Le lendemain, Monsieur Sukada m’attendait derrière son bureau. Il était petit rond et ricanait pour un rien nerveusement. Il transpirait tout autant que moi, était plutôt grassouillet et de nature fuyante.
— Vous êtes en retard, me dit-il.
— Oui, Chaï, kor toad ka(oui, excusez-moi), j’habite Sukhumvit ! lui dis-je. Je ne connais pas les lieux et je viens de loin.
— Oui, dit-il, Nakhon Pathom est loin de Sukhumvit. Le salaire est de 30 000 bahts, vous devez être ici des 8 h 30 et les classes se terminent à 16 h cela vous convient-il ?
— Oui lui dis-je… et pour les visas ?
— Nous allons vous faire un visa d’un an mais tout d’abord il vous faudra passer les 3 mois d’approbations. Puis un visa B vous sera proposé.
J’acceptais et signais le contrat.
Je ne savais pas ce qui allait m’attendre et je ne fus pas dépaysée.
Les trois mois d’approbations étaient une carotte pour l’âne que j’étais.
Si Monsieur Sukada ressemblait à un varan, il en possédait aussi les comportements, on ne savait jamais ce qu’il pensait et pouvait sortir d’une porte invisible subitement à n’importe quel moment de la journée. Il détestait les Farangs. Je le sus plus tard, il ne tenait jamais sa parole avec eux.
Je compris aussi malgré moi, pourquoi beaucoup de Thaïes ne nous aimaient pas.
Le nombre d’affreux touristes et squatteurs aux intentions surréalistes et malsaines qui leur expliquaient comment vivre,
parler se comporter chez eux leur était devenu insupportable.
Les touristes abrutis qui venaient leur donner des leçons de démocratie leur cassaient certainement les pieds. Les droits de l’hommistes des supermarchés,
les chefs de rayons de la bien-pensance, les mendiants qui se prétendaient roi étaient légion ici. Moi-même bien qu’originaire des mêmes pays qu’eux, je les fuyais comme la peste. Ceux qui restaient en Thaïlande trop longtemps les recrachaient irrémédiablement, comme la mer le fait de ses propres cadavres, les propulsant sur le rivage.
Voyager c’est voir, se voir et se décevoir. C’est comprendre à coup de marteau enfoncé sur la tête ce que l’on fuyait ou ce qu’on ne souhaitait pas accepter.
Le déni des faibles, des illusionnistes.
Vivre loin de chez soi sur du long terme vous rendait certainement plus humble et beaucoup plus vulnérable.
Chez les autres, nous n’étions rien, toute cette représentation et autre mascarade que nous nous faisions de nous-mêmes explosait en mille morceaux en plein jour, en plein vol.
L’autre n’était pas ému par ce persona ambulant, pleurnichard ou vendeur de mièvreries.
Nous ne pouvions être que des nouveaux fous aux yeux d’un nouveau monde qui était pourtant si ancien.
Le voyageur ne peut pas être un superstitieux ! Un luxe qu’il ne pouvait pas se permettre.
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