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Couverture du roman Autodérision mon amour

Autodérision mon amour

Chrystel Vives explore notre quotidien avec une plume acérée et sincère. En transformant les interactions banales au bureau, en famille ou au sport en scènes comiques, elle ose dévoiler nos pensées les plus secrètes. Entre hyperboles et une pointe de malice, ce recueil nous incite à rire des autres, mais avant tout de nous-mêmes. Ces caricatures sociales, portées par une autodérision constante, n'ont qu'un objectif : diffuser une irrésistible bonne humeur.
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Chapitre 2

Le dentiste

Ma mémoire a ça de bon, elle sélectionne !

OK, elle est bien cramée et ça ne va pas en s’arrangeant avec l’âge, mais quand même, elle a cette faculté de tri qui me rend bien des services !

Ça fait longtemps que je sais, et que je n’y pense pas, sûrement parce que c’est mieux comme ça !

J’ai rendez-vous à 14 h 30 chez le dentiste !

Et là, bien obligée, j’y pense dès le réveil… Que vais-je me mettre ? J’adore les décolletés, moi. Mettre mes atouts en avant et le fait qu’ils tiennent encore « debout »… grâce à un bon soutif quoi !

Bref, j’aime bien les décolletés, mais là, je me suis dit que ça pouvait paraître un peu provoc quoi ! je n’ai pas envie qu’il louche sur ma poitrine et, par distraction, me ratatine la gencive en passant ! Pas que je pense avoir une paire de lolos à faire loucher tous les dentistes de France, mais j’le connais pas, moi, ce mec !

Car oui, là est le problème (un des problèmes !), il n’a jamais eu l’honneur et le privilège (haha !) d’avoir accès à mes dents ! Oui, oui ! c’est un privilège ! Je ne pense pas puer du bec ; en tout cas ; on ne me l’a jamais dit ! ce qui, avouons-le, est tout bénef pour le dentiste…

Entre parenthèses, je me suis toujours demandé comment ça se passe dans ce genre de situation… Est-ce que son masque en papier diffuse des odeurs de menthe ? Il a une sorte de détecteur à haleine périmée ? Et il envoie un petit pschitt de parfum d’ambiance ? C’est une énigme pour moi, ça… Il ne peut décemment pas dire « écoutez, fermez la bouche, je vais me débrouiller ! »

Donc, moi je ne pue pas de la truffe, et je n’ai pas non plus la dentition de Jacquouille la fripouille… Ce qui, à mon avis, va de pair avec l’haleine de chacal…

Bref !

J’y ai mené tout le monde avant, chez ce dentiste, histoire de tester quoi ! Mon petit de 9 ans, ma fille de 20 ans ! Tranches d’âges différentes, sexes différents, histoire d’être sûre ! Il n’a massacré personne, et leur a laissé une bonne impression et une bonne dentition donc…

Puis faut l’avouer, j’ai tellement de tartre que j’en ai peur de me boucher les tuyaux !

Je me souviens, une fois, un dentiste m’avait dit que j’avais beaucoup de tartre parce que beaucoup de salive… S’il le dit hein…

Me voilà donc, à 14 h 20 devant la secrétaire du dentiste. Je me suis quand même donné quelques ultimatums « si je trouve pas de places pour me garer je repars ! » ou encore « si la secrétaire est trop conne, j’me barre »…

Manque de bol, j’ai trouvé une place de suite et la secrétaire a été sympa ! Pfff !

Elle m’enregistre, j’ai espéré le « madame Chrystel ? Ah non, désolée, je ne vous ai pas sur mon planning de rendez-vous… on va devoir prendre un autre rendez-vous pour dans, au moins, 6 mois ! » mais non.

Elle me remet un petit questionnaire basique, histoire de savoir si j’ai eu des trucs graves, des traitements ou autre…

Je réponds non à tout, pas que je sois de mauvaise humeur, mais franchement, je n’ai rien que du tartre moi ! Pas de pacemaker ni d’opérations récentes… Même pas l’appendicite !

T’as remarqué, comment, dans ces cas-là on écrit comme des gosses de 5 ans ? Ou comme les médecins ? Même moi je serai incapable de me relire ! OK, OK ! il n’y a quasiment que des croix à mettre oui/non. Mais le prénom et le nom, il faut bien les mettre !

Je suis tellement en stress que je ne saurai pas le relire… Et, de toute façon, je suis sûre que le doc va me poser des questions sur mes réponses… ça aussi je l’ai remarqué ! On te fait remplir un questionnaire et après le médecin il répète avec toi.

« Pas de traitement donc ? Pas de maladie ? » Genre tu vas lui dire « oh si ! désolée j’avais pas envie de l’écrire, mais je prends des médicaments ! » ou alors « ah bon ? J’ai répondu ça, moi ? Vous êtes sur ? ». Non, parce qu’autant il pourrait mal lire mon nom et mon prénom sur ce coup-là, autant la croix dans la case, elle y est ! Je suis stressée, pas bourrée !

À peine j’ai posé mes fesses sur un siège de la salle d’attente pour remplir mon questionnaire, avant que le doc vienne nous chercher ma copie et moi, que l’assistante du dentiste est près de moi, je ne l’ai même pas vu venir et j’ai même l’impression qu’elle m’a caressé le bras, comme je fais aux gamins quand ils ont un petit chagrin, et elle m’a presque susurré à l’oreille : « Quand vous serez prête, vous viendrez, on va passer une petite radio panoramique avant de voir le docteur. »

Je suis prête ! C’est bon hein ! J’arrive tout juste à me souvenir de mon prénom pour le questionnaire alors je vais passer la radio et je reréfléchis après ! Puis bon, si je reste là, quand je serai prête, je ferai quoi. Je crierai « ça y est ! j’ai finiiiii ! » depuis la salle d’attente ? Non, non, je préfère rester discrète va.

Je suis donc la dame à la voix qui se veut rassurante dans une salle minuscule pour la radio.

« Vous devez enlever vos bijoux…

— J’ai un piercing, je l’enlève aussi ? »

Putain à un moment j’ai eu peur qu’elle me demande où j’avais le piercing ! Je suis en stress, mais quand même j’avais compris que la radio était de la bouche hein ! Mais je suis tellement à cran que pour relâcher la pression si elle m’avait demandé où était le piercing j’aurais été foutu de répondre « au nombril » (ou pire encore !)

On a évité l’humour naze ouf !

Pas besoin d’enlever le piercing, ce n’est qu’une radio, pas une IRM…

Bah si, on l’enlève… Ce qui intéresse le médecin se sont mes dents et leurs racines… J’ose espérer qu’il va faire la différence entre des racines et des dents, et un piercing sur la langue… Bon, on va dire que c’est par rapport aux ondes hein… Oui eh bien, au cas où, je l’enlève quand même !

Elle m’explique le déroulement de la radio, va y avoir un truc qui va tourner autour de ma tête et patati et patata je ne l’écoute pas ! J’ai le regard braqué sur l’espèce de tige que j’ai devant moi et qu’elle a dit que je devais mordre pour la radio…

Je cherche le mécanisme pour changer de tiges à chaque nouveau patient, je ne le vois pas ! J’ai l’impression de voir des millions de petits microbes dégueu de bouches cradingues qui me font coucou depuis cette fameuse tige ! Des traces de dents même !

Moi qui ne bois même pas dans le même verre que mon amoureux, je vais devoir poser mes dents sur les traces de milliers d’autres ?

À ce moment-là, je rêve de ne pas en avoir… de dents ! Pas de dents, pas de dentiste ! hé hé ! Là, je sens que je vais y laisser ma santé en plus de mes dents quoi !

Elle me demande de poser mon menton sur une petite plateforme, comme on fait chez l’ophtalmo ; sauf que là, je vais avoir la tige entre les dents.

J’veux pas y aller ! En plus des dents, je me demande si on peut chopper des microbes par le menton ! J’essaye de ne pas penser au gars, tout en sueur, qui est venu, lui aussi, poser son menton nu, oui on a rarement une cagoule chez le dentiste ! et dégoulinant, là où je vais poser le mien !

Je sens que si le « porte-menton » est humide, je vais vomir !

Et là, au moment où je suis tout près de cette chose hideuse, l’assistante dentaire colle, sur la spatule que je dois mordre, une espèce de mini préservatif… ou plutôt un bout de doigt de gant en latex, avouez que vous visualisez plus facilement le mini préservatif hein ?

Me voilà dents serrées sur cette chose au goût écœurant, au goût puissant de latex.

Et face à moi, y a un miroir… dans lequel je me vois… Super ! J’adore !

J’avais déjà l’impression d’être ridicule, grâce à ce miroir j’en suis convaincue ! Si vous avez un excès de confiance en vous, je suis sûre qu’une visite chez le dentiste vous remettra les idées en place ! Allez chez le dentiste et vous perdrez toute votre dignité. Moi, j’vous le dis !

Le supplice terminé, elle me dit que je peux remettre mes bijoux… Ouais bah, je les remettrai chez moi ! (Boucles d’oreilles, collier et piercing.) Elle est là, elle attend ! Je ne vais pas lui montrer comment je bave pour remettre mon piercing non ? Puis faut que j’aille finir de remplir mon questionnaire avant que le doc vienne me chercher moi !

Retour en salle d’attente où forcément on me dévisage quand je reviens. « Quoi ? J’ai un bout de latex entre les dents ou quoi ? » « Tu veux ma photo peut-être ? Bah va demander mon panoramique, ça t’occupera ! »

Moi, agressive ? Mais non, à ce moment-là, je n’ai une dent contre personne, moi (ah ça, je vous avais prévenus que les blagues pourries allaient venir !).

J’ai tout juste posé mes fesses que le dentiste est là, face à moi, sourire étincellement (son sourire, c’est sa publicité hein !).

Décidément, c’est une habitude ! À quoi elle sert, la salle d’attente ici si on ne peut même pas attendre ? Je comprends pourquoi les sièges sont en si bon état ! Ils ne voient pas beaucoup de fesses s’attarder les pauvres !

Alors je le suis, mon p’tit stylo et mon questionnaire à la main…

C’est fou ce que les médecins marchent vite quand ils vous mènent à leur cabinet ! À moins que ça ne soit le manque de motivation pour moi à aller là-dedans en sautillant comme un cabri !

Je m’assois et il m’invite, tu parles d’une invitation toi ! à finir de remplir le questionnaire ! Là ? Comme ça ? Face à lui qui me regarde ? Et en étant si loin de la table !

Soit j’écris bras tendu, soit je m’assoie sur le bord des fesses… J’opte pour le bord des fesses ! ça fera moins ridicule… Sauf si je glisse ! Bah, au moins je ne viendrai pas pour rien, il pourra examiner mes dents plantées dans son bureau !

Rien ne me vient ! Encore moins que dans la salle d’attente !

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