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Couverture du roman Autodérision mon amour

Autodérision mon amour

Chrystel Vives explore notre quotidien avec une plume acérée et sincère. En transformant les interactions banales au bureau, en famille ou au sport en scènes comiques, elle ose dévoiler nos pensées les plus secrètes. Entre hyperboles et une pointe de malice, ce recueil nous incite à rire des autres, mais avant tout de nous-mêmes. Ces caricatures sociales, portées par une autodérision constante, n'ont qu'un objectif : diffuser une irrésistible bonne humeur.
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Chapitre 3

Je ne sais plus si j’ai déjà subi des interventions chirurgicales, si j’ai de l’hypertension, du diabète. Je n’ai rien moi merde ! J’ai juste du tartre !

Je termine « lu et approuvé », ou ce qui y ressemble, et je signe d’une signature méconnaissable, je ne sais plus signer non plus ! ouf ! enfin, c’est fini pour l’épreuve écrite ! je rends ma copie, et le stylo… De toute façon, il était moche ce stylo, j’allais pas lui piquer… Puis repenser au dentiste à chaque fois que je sors mon stylo, non merci !

« Alors, qu’est-ce qui vous amène »

« Ma voiture » n’est pas une bonne réponse si ? Ne connaissant pas le dentiste et sachant qu’il aura tout un tas d’outils beurk à sa disposition pour me fraiser la gueule, je vais éviter les vannes hein ! On ne se connaît pas !

Je lui raconte que je n’ai pas vu de dentiste sauf Amir à la télé, mais il n’est plus dentiste alors ça compte pas ! depuis environ 6 ans (mouhaha mensonge diabolique, mais va le prouver toi ? Tu veux faire des tests ADN sur mes dents pour la datation peut-être !) parce que la dernière fois que j’en ai vu un, j’ai énormément souffert au détartrage, du coup je me suis dit fini j’en verrai plus !

Genre le mec, il va se dire « ou là, là ! faut pas que je la fasse souffrir sinon elle reviendra plus ». Ouais, ouais… Le pauvre, s’il attend après moi pour finir les fins de mois, il ne va pas bouffer à sa faim…

En même temps s’il m’attend pour avoir un salaire c’est qu’on n’est pas foule à venir chez lui… C’est pas bon signe ça non ?

Bon stop ! Faut que j’arrête de réfléchir là !

Il m’explique, ma dentition radiographiée sous les yeux (c’est fou le nombre de dents que j’ai, dis donc !). que j’ai une toute petite carie en haut à gauche…

Et là… Je ne l’écoute plus… Putain, mais c’est où la gauche ? Et c’est où la droite ? J’essaye de me souvenir avec quelle main j’ai écrit ! je ne peux pas mimer, il va se demander ce que je fous ! Je ne peux pas lui redemander mon questionnaire en prétextant que j’ai oublié de dire un truc, je ne saurai pas quoi écrire et puis en plein exposé sur mes quenottes, ça serait mal poli de l’interrompre pour un truc sans rapport…

Alors je croise les doigts… Pourvu qu’il ne me demande pas à un moment de me tourner sur la droite, je vais me tromper c’est sûr et il va me faire le sourire du joker avec son scalpel… je sais il n’a pas de scalpel le dentiste ! Eh bah moi à ce moment-là, je suis même foutu de l’imaginer avec une tronçonneuse hein !

Il m’explique qu’il va faire le détartrage aujourd’hui, pourtant on aurait pu juste faire connaissance aujourd’hui hein et qu’on se reverra pour la carie.

Il me parle comme une enfant… Ou comme un mec qui va dépuceler une jeune fille,

« Je vais y aller doucement, pour pas vous faire mal. Si ça va pas, vous me faites un signe et j’arrête de suite… Et si vraiment ça ne va pas, on fera une petite anesthésie d’accord ? »

Est-ce que lui arracher les cheveux c’est faire un signe pour qu’il comprenne que j’ai mal ? Et encore, je suis sympa, je pense aux cheveux…

Euh oui… Je ne vais pas lui dire « non, non. Finalement, j’ai pas envie là, j’le sens pas ! Je ne suis pas prête, jamais avant le mariage ! »

Alors voilà, je m’allonge, la lumière dans la tronche, une serviette en papier dans le cou…

On perd toute dignité j’vous dis ! Je peux baver j’ai ma serviette !

J’ouvre la bouche, forcément hein ! Et bzzz, il attaque !

Je pense à essayer de ne pas le mordre, essayer de ne pas trop baver, essayer de ne pas jouer les douillettes ! Une anesthésie pour un détartrage quoi… Alors ma foi…

Et puis comment on sait quand on a trop mal ? C’est comme quand on va à l’hôpital ça et que l’urgentiste vous dis : « Sur une échelle de 1 à 10, où se situe votre douleur ? » Elle a pris l’ascenseur et elle est déjà au dixième ducon !

On s’en fout de savoir combien on a mal, on a mal et c’est tout quoi !

Quoi qu’il en soit, je n’ai pas envie d’une anesthésie… non plus ! Alors de temps en temps je fais des humm ou des aaahhh légers, pour pas paraître trop sensible, mais pour qu’il sache que s’il n’y va pas mollo je lui sectionne un doigt ! Et à chaque humm ou aaahhh devinez ? il me dit « pardon », mais non, mais oh ! J’ose plus me plaindre peuchère ! Il demande pardon pour le mal qu’il me fait ! Hé, j’suis pas Jésus, moi !

J’en prends plein la poire, son appareil il m’éclabousse partout, même lui ça l’éclabousse quoi !

Puis avant, quand on se rinçait la bouche, on avait un p’tit gobelet en carton mou, qui devenait tout raplapla quand on le serrait nerveusement, avec un liquide rose dégueulasse et qu’on recrachait dans un petit lavabo, qu’il fallait faire gaffe à ne pas louper !

Bah, c’est fini ça ! Il me dit « je vais vous rincer la bouche ». Hein ? Comment ça ? C’est quoi ce bazar-là ? Il me fout un petit tuyau dans la bouche qui me fait l’effet d’un karcher ! Ah bah, déjà que j’avais la bouche pleine de bave, là c’est le tsunami bucco-dentaire quoi !

Puis il sort un autre petit tuyau, comme une paille qu’il me met dans la bouche et il me dit « soufflez » Sauf que gauche/droite, souffler/aspirer même combat je sais plus faire ! Et puis son truc là j’ai l’impression que je n’ai pas besoin de souffler il aspire tout ! Jusqu’à ma langue ! Et ça fait un moche bruit de suçon baveux blurp ! « C’est bon ? » non ! c’est dégueulasse !

Mais je comprends qu’il me demande si, c’est bon, si j’ai fini et qu’il peut me l’enlever ! Comment on est censé répondre avec cet aspirateur dans la bouche ? Je cligne des yeux ! Ouf ! il a compris, il le retire.

Ah, mais franchement, déjà j’ai du mal à croire que des patientes puissent tomber amoureuses de leur gynéco, mais des dentistes ! Comment on peut être séduisant chez le dentiste quoi ? Finalement, j’aurais peut-être dû mettre mon décolleté hein !

Je suis toujours allongée, les pieds plus hauts que ma tête, j’imagine le tableau ! Il se trompe de position pour me libérer et je fais un roulé-boulé quoi !

La petite serviette en papier autour du coup, telle une mémé qui vient de finir sa bouillie (z’avez remarqué que là, je ne parle plus de vierge juvénile !), il me tend un miroir ! Mais ils ont quoi avec les miroirs ici ? Il a eu peur que je prenne le melon avec mon tartre en moins, il a voulu me rappeler comment on est moche chez le dentiste ?

Je me vois donc, visage avachi, cheveux en vrac, serviette autour du cou… À devoir sourire face au petit miroir pour admirer le beau travail qu’il a fait ! C’est vrai que c’est beau ! Y a plus rien, je parle du tartre parce que, heureusement, mes dents sont là ! Mais bon, je n’ai pas envie de sourire à ça quoi !

« Voilà, vous allez pouvoir sourire sans complexes »

Alors déjà mon gars, mes complexes, c’est pas dans ma bouche qu’ils sont, ensuite ce n’était pas mon tartre qui m’empêcher de sourire.

« Oh, de toute façon, que je lui réponds, vu la taille de mes dents, c’était difficile de les cacher pour sourire ! »

Ah ah ! Il se marre de toutes ses dents blanches… et moi aussi tiens ! Elles sont toutes blanches ! On va s’éblouir si ça continue !

Monsieur le dentiste est content, il me libère de mon fauteuil, sans se tromper de position, le sang va pouvoir circuler dans le bon sens ! Non sans m’avoir enlevé mon bavoir et commencé à m’essuyer la bouche ! Si ! J’vous jure ! Putain comment j’étais mal ! Il m’a tendu le truc beurk et m’a dit « je vous laisse finir ». Ouais ! t’es gentil, mon gars, merci bien ! C’est la bouche que tu voulais m’anesthésier, pas les bras ! Pfff

Retour à son bureau où il m’explique comment je vais devoir continuer à « travailler » jusqu’à notre prochain rendez-vous pour la carie. Brossage de dents avec un nouveau dentifrice, dont il « m’offre » deux tubes de la taille de mon doigt… Non, mais t’as vu la taille de mes dents ?

Et me prescrit un bain de bouche pour 10 jours.

« J’utilise déjà un bain de bouche moi… (faut toujours que je la ramène hein ?)

— Oui, un produit de grande surface ?

— Oui…

— C’est très bien, mais pour vous donner un ordre d’idée, votre produit de grande surface à 0, 06 % de (chépluskoi) et celui que je vous prescris en à 12 %…

— Ah ouais ! (Je dis ouais ! je ne dis pas oui ! c’est bon, plus la peine de jouer la fifille hein ! Je serai même prête à lui répondre “putain de merde !” si je me laissais aller ! On n’a peut-être pas gardé les cochons ensemble, mais ce mec m’a essuyé la bouche quoi !)

— C’est pour ça que vous n’allez l’utiliser que 10 jours : 3 fois par jour, 1 minute (je me vois déjà avec mon téléphone sur chrono dans la salle de bain). »

Au revoir, madame, à bientôt, etc., etc.

Il me tend mon ordonnance et m’invite (encore !) à me diriger vers la secrétaire pour récupérer ma carte vitale. Fort heureusement, il ne m’y accompagne pas… je sais marcher hein ! Pour un peu, c’est lui qui serait foutu de ranger la carte vitale dans mon sac, j’en suis sûre !

Devant la secrétaire nouveau moment de panique…

« J’ai oublié de demander au docteur, je viens de faire un détartrage (enfin, c’est lui qui l’a fait, OK !), je peux boire un café ? »

Bah quoi ne riez pas ? La pub pour le chewing-gum et la nana qui a des taches brunes sur les dents à cause de son café ça m’a traumatisé moi ! Je suis sûre que je n’aurai pas des petits chewing-gums qui viendront danser devant ma tasse pour que je pense à les mâcher, alors je préfère demander à des gens normaux !

La secrétaire, elle ne rit pas non plus ! Elle me regarde et me dit :

« Vous êtes comme moi vous hein ! Il vous faut du café. Oui, oui ! vous pouvez sans problème. »

C’est moi, ou ils sont bizarres dans ce cabinet ?

L’autre qui m’essuie la bouche, elle qui m’embrasserait presque parce que moi aussi, je bois du café quoi ! Je ne vais pas lui dire qu’on est pas les deux seules va, je sens que ça pourrait lui faire un choc… Je lui souris chaleureusement (et sans tartre !) et je m’en vais !

Je vais à la pharmacie avec ma petite ordonnance chercher mon arrache gueule…

Je regarde mon ordonnance en patientant et je n’y vois même pas le nom du médoc parce que je bloque sur la ligne en dessous de mon nom « 44 ans et 6 mois ». Non, mais j’hallucine quoi ! « 6 mois » ! Tu ne veux pas me noter mon âge en mois non plus ? Comme les petits « j’ai 534 mois ! ». Je t’ai demandé moi de me rappeler que le 45 il arrive dans 6 mois à peine ?

T’as de la chance que j’ai une carie toi, tu sais…

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