
Après le Divorce : Le Retour d'Élise
Chapitre 2
La pièce baignait encore dans la lumière tamisée des lustres lorsqu'Élise quitta la salle de réception, le souffle court, encore troublée par l'intensité du regard de Gabriel. Ce n'était pas tant son attitude glaciale qui la perturbait, mais plutôt cette impression d'être déjà prise au piège, comme un pion avancé sur un échiquier dont elle ignorait les règles.
Elle marcha rapidement dans le couloir luxueux du grand hôtel, sa robe effleurant les tapis moelleux sous ses pas précipités. Elle devait retrouver son père avant qu'il ne commette une nouvelle folie.
Elle le trouva dans un coin plus retiré du hall, un verre de whisky à la main, l'air faussement détendu. François Moreau n'avait jamais été un homme d'affaires brillant, mais il savait toujours flairer les opportunités, surtout lorsqu'elles pouvaient effacer ses erreurs.
- Papa, qu'est-ce que tu as encore fait ? lâcha-t-elle, le ton tremblant entre la colère et la panique.
Il haussa les épaules, tentant un sourire rassurant qui n'atteignit pas ses yeux fatigués.
- Je fais ce qui est nécessaire pour notre famille, ma fille.
Elle croisa les bras, refusant de céder à la manipulation habituelle.
- Ne me sors pas ton discours. J'ai vu la façon dont tu regardais Gabriel Delcourt. Tu veux quelque chose de lui, pas vrai ?
Il soupira bruyamment avant de poser son verre sur une petite table dorée.
- Écoute, Élise... La situation est plus compliquée que tu ne le crois.
Elle serra les dents. C'était toujours la même histoire. La "situation" était toujours "compliquée", et c'était elle qui devait en payer le prix.
- Combien ? demanda-t-elle d'une voix plus dure qu'elle ne l'aurait voulu.
François baissa les yeux.
- Les dettes se sont accumulées... Beaucoup trop. Si je ne trouve pas une solution rapidement, nous allons perdre la maison, et je risque gros.
Elle se sentit vaciller. Ce n'était pas une simple difficulté financière passagère. C'était pire.
- Et donc ? Tu veux me vendre comme une marchandise pour sauver ta peau ?
Son père redressa la tête, blessé par ses mots, mais il ne nia pas.
- Gabriel Delcourt pourrait être cette solution.
Un rire amer s'échappa de ses lèvres.
- Gabriel Delcourt n'a aucun intérêt à nous aider ! Pourquoi ferait-il ça ?
- Parce qu'il a besoin d'un mariage respectable, répondit calmement son père.
Élise sentit son cœur rater un battement.
- Quoi ?
François lui lança un regard entendu.
- Les grandes familles comme la sienne fonctionnent avec des alliances. Un mariage avec une femme discrète, sans scandale, pourrait renforcer son image. Il sait que tu n'es pas une opportuniste...
Elle éclata d'un rire nerveux.
- Ah oui ? Parce que lui me voit comme une arriviste de première !
- Il a changé d'avis, coupa son père. Et il veut te parler ce soir.
Elle aurait pu fuir. Prendre un taxi, disparaître dans la nuit et ne jamais se retourner. Mais une partie d'elle, celle qui avait passé sa vie à porter le poids des erreurs de son père, savait qu'elle resterait.
Alors, une heure plus tard, elle se retrouva face à Gabriel Delcourt dans une suite privée de l'hôtel.
L'homme était assis dans un fauteuil en velours, une coupe de vin à la main, l'air toujours aussi indifférent et froid. Il ne semblait pas particulièrement ravi d'être là non plus.
- Votre père est un homme intéressant, lança-t-il en la détaillant du regard.
Elle croisa les bras, les nerfs à vif.
- Et vous êtes un homme calculateur.
Un fin sourire effleura ses lèvres, mais son regard resta inébranlable.
- Je prends ça comme un compliment.
Elle se mordit l'intérieur de la joue.
- Dites-moi ce que vous voulez et qu'on en finisse.
Il posa sa coupe et se redressa légèrement.
- Un mariage. Pas par amour, pas par sentimentalisme. Un simple contrat. Nous serons mari et femme aux yeux du monde, mais nous mènerons nos vies séparément. Vous serez la parfaite épouse mondaine, et en échange, votre père ne sera plus inquiété.
Elle sentit sa gorge se serrer.
- C'est aussi simple que ça ?
- Aussi simple et aussi cruel que ça, oui.
Elle resta silencieuse un moment. C'était insensé. Injuste. Mais que pouvait-elle faire ? Laisser son père sombrer ? Se condamner à voir leur famille s'effondrer sous le poids des dettes ?
Elle leva les yeux vers Gabriel et vit qu'il l'observait avec patience, attendant sa réponse sans aucune émotion apparente.
- Et si je refuse ? tenta-t-elle.
- Alors nous n'avons plus rien à nous dire.
Elle aurait aimé entendre autre chose. Une négociation, une porte de sortie. Mais non. Il posait ses conditions, et c'était à elle de les accepter... ou non.
Elle ferma les yeux une seconde.
Puis, elle expira lentement.
- Très bien. J'accepte.
Les semaines qui suivirent furent un tourbillon. Une cérémonie discrète, presque administrative, un contrat signé entre deux étrangers qui allaient devenir mari et femme sans rien partager d'autre que leurs noms. Élise aurait cru que tout cela serait plus difficile, plus douloureux. Mais en réalité, c'était terriblement vide.
Jusqu'au jour où elle rencontra Morgane.
La jeune femme était une beauté froide, sophistiquée, tout droit sortie d'un magazine de mode. Lorsqu'elle apparut lors d'un dîner mondain organisé par la famille Delcourt, Élise comprit immédiatement qu'elle avait affaire à une ex de Gabriel.
Morgane ne fit rien pour cacher son hostilité.
- Alors, c'est toi, la nouvelle Madame Delcourt ? lança-t-elle d'un ton faussement amical en tendant sa main parfaitement manucurée.
Élise lui serra la main, sentant immédiatement la tension sous-jacente.
- Enchantée.
- Vraiment ? Moi pas du tout.
Élise haussa un sourcil.
- D'accord. Ça a le mérite d'être clair.
Morgane rit légèrement, mais son regard restait perçant.
- Je n'aime pas voir les hommes de mon passé mariés à des inconnues. Surtout quand ils ne croient pas au mariage.
Élise sentit un frisson lui parcourir l'échine.
- Ce mariage ne vous concerne pas.
- Oh mais si, bien sûr que si.
Elle lui adressa un sourire venimeux avant de disparaître dans la foule.
Et pour la première fois, Élise ressentit une inquiétude sourde.
La nuit de noces aurait dû être une formalité.
Un simple passage dans cette mascarade qu'ils avaient construite.
Mais en entrant dans la chambre conjugale, Élise comprit immédiatement que ce serait bien pire que ça.
Gabriel était là, assis sur le bord du lit, défaisant lentement les boutons de sa chemise avec une nonchalance déconcertante.
Elle se sentit immédiatement mal à l'aise.
- Ne t'inquiète pas, murmura-t-il. Nous n'avons pas à prétendre ce soir.
Elle hocha la tête, évitant son regard.
Mais ce fut à ce moment précis qu'il ajouta, sa voix légèrement plus grave :
- Sauf si tu veux que je joue mon rôle de mari jusqu'au bout.
Le silence tomba entre eux.
Et dans l'ombre de cette chambre trop grande, trop froide, elle comprit qu'elle était peut-être tombée dans un piège encore plus dangereux que prévu.
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