
Après le Divorce : Le Retour d'Élise
Chapitre 3
L'obscurité s'étendait dans la chambre conjugale, remplissant l'espace d'un silence pesant. Élise était allongée sur le lit, fixant le plafond, incapable de dormir malgré l'épuisement de la journée. Gabriel était là aussi, mais il ne lui adressait même pas un regard. Après avoir prononcé cette phrase troublante – "Sauf si tu veux que je joue mon rôle de mari jusqu'au bout." – il avait simplement enlevé sa chemise, s'était dirigé vers la salle de bain et, une dizaine de minutes plus tard, était revenu se coucher sans un mot.
Aucun contact, aucune chaleur. Comme si elle était invisible.
Elle avait attendu, espérant qu'il dirait quelque chose, qu'il lui donnerait une explication, mais rien. Pas même un regard. Il s'était couché sur le côté, dos à elle, et en quelques instants, sa respiration s'était ralentie, signe qu'il s'était endormi.
Élise sentit une boule se former dans sa gorge.
Était-ce donc ça, son mariage ?
Les jours suivants confirmèrent ce qu'elle redoutait.
Gabriel était une ombre dans la maison.
Ils partageaient le même toit, la même adresse, mais jamais le même espace. Il se levait tôt, quittait la maison avant même qu'elle ne puisse lui dire bonjour et rentrait tard, souvent après minuit. S'il n'avait pas été marié, rien dans son quotidien n'aurait changé.
Élise, elle, passait la plupart de ses journées seule dans l'immense demeure des Delcourt. Une cage dorée.
Le personnel de maison était courtois mais distant, et elle ne savait jamais quoi leur dire. Ils avaient tous travaillé pour la famille bien avant son arrivée, et elle sentait que, pour eux, elle n'était qu'une passagère de plus, une épouse de convenance qui finirait tôt ou tard par disparaître.
Ce fut après une semaine qu'elle prit son courage à deux mains.
Un soir, elle attendit Gabriel dans la grande salle à manger.
Un dîner avait été préparé, et elle était assise à table, déterminée à lui parler, à essayer de comprendre ce mariage absurde.
Il arriva tard, vêtu d'un costume impeccable, le visage impassible. Lorsqu'il la vit assise là, il haussa un sourcil.
- Tu m'attends ? demanda-t-il avec une pointe de surprise.
- Oui.
Il retira sa veste, la posa négligemment sur une chaise et s'assit en face d'elle, sans un mot.
Élise l'observa. Même après une longue journée de travail, il était d'une élégance froide et maîtrisée. Elle, en revanche, avait l'impression d'être une intruse.
Elle inspira profondément avant de prendre la parole.
- Gabriel... Je sais que ce mariage n'est qu'un arrangement, mais je refuse qu'il se limite à une existence fantôme.
Il attrapa son verre de vin, fit tourner lentement le liquide avant de le porter à ses lèvres, sans même la regarder.
- Et qu'est-ce que tu attends de moi ?
- Au moins un semblant de conversation. On vit sous le même toit, on pourrait essayer de...
- Non.
Il coupa net, posant son verre avec une nonchalance calculée.
- Tu savais à quoi t'attendre en acceptant ce mariage. Rien ne nous oblige à jouer le couple parfait.
Élise sentit son estomac se nouer.
- Mais ce n'est pas une raison pour m'ignorer comme si je n'existais pas.
Gabriel croisa les bras, la détaillant d'un regard indéchiffrable.
- Ce serait plus simple pour toi si je te donnais l'illusion d'une relation, c'est ça ?
Elle serra les poings sous la table.
- Ce serait plus humain.
Il eut un léger sourire, cynique.
- Alors je vais être honnête. Je n'ai ni le temps ni l'envie de faire semblant. Tu as ton rôle, j'ai le mien. Ça s'arrête là.
Élise sentit une brûlure derrière ses paupières, mais elle se retint de montrer la moindre faiblesse.
Elle s'était mariée avec l'espoir, aussi minime soit-il, de construire quelque chose. Mais il la rejetait sans même lui laisser une chance.
Elle se leva, repoussant sa chaise brusquement.
- Je ne vais pas me contenter d'être un fantôme dans cette maison.
Elle s'éloigna avant qu'il ne puisse répondre, sentant son cœur battre à tout rompre.
Quelques jours plus tard, elle reçut une invitation pour un gala organisé par la famille Delcourt.
C'était l'occasion parfaite.
Si Gabriel refusait de la considérer en privé, alors elle s'imposerait en public.
Elle choisit une robe élégante, d'un rouge profond qui contrastait avec son teint pâle. Pour une fois, elle voulait être vue.
Lorsqu'elle arriva à l'événement, le regard de plusieurs invités se posa sur elle, curieux, surpris. Certains savaient qu'elle était la femme de Gabriel, mais elle n'avait jamais accompagné son mari à aucun événement depuis leur mariage.
Elle chercha Gabriel du regard.
Et le vit.
Là, au milieu de la pièce, un verre à la main, une présence captivante, comme toujours. Mais il n'était pas seul.
Morgane était avec lui.
Sublime, sûre d'elle, vêtue d'une robe noire qui moulait ses courbes à la perfection.
Et surtout, trop proche.
Élise sentit un frisson de colère lui parcourir l'échine.
Elle se fraya un chemin parmi les invités, un sourire figé sur les lèvres, essayant de ne pas montrer la tempête qui grondait en elle.
Lorsqu'elle arriva à quelques mètres, Gabriel leva enfin les yeux vers elle.
Mais au lieu de venir à sa rencontre, au lieu de l'accueillir à ses côtés comme il aurait dû le faire en tant que mari...
Il détourna simplement le regard.
L'ignorant comme si elle n'existait pas.
Morgane, elle, afficha un sourire satisfait, glissant un doigt le long du bras de Gabriel dans un geste à peine subtil.
Élise sentit son cœur se briser un peu plus.
Elle avait espéré naïvement que, même s'il ne l'aimait pas, même s'il ne voulait pas de ce mariage, il aurait au moins eu la décence de la traiter avec respect en public.
Mais non.
Il la réduisait au silence.
Elle ravala son humiliation, serra les poings et s'apprêta à quitter la pièce, lorsqu'une voix retentit à côté d'elle.
- Madame Delcourt, je suppose ?
Elle se retourna et découvrit un homme, grand, élancé, aux yeux pétillants de malice.
- Je m'appelle Julien Lemoine, avocat de la famille Delcourt... Et, apparemment, votre nouveau meilleur ami.
Elle haussa un sourcil.
- Pardon ?
Il lui adressa un sourire amusé.
- Vous avez besoin d'un allié. Je vous propose mes services.
Élise sentit une curiosité soudaine la gagner.
Et surtout, une lueur d'espoir.
Pour la première fois depuis longtemps, elle avait peut-être trouvé quelqu'un qui ne l'effacerait pas.
Vous aimerez aussi





