
Antoine, Mon Amour, Ma Malédiction
Chapitre 3
Antoine a levé sa coupe de champagne. Le silence s' est fait instantanément dans la salle immense. Tous les regards étaient tournés vers lui, l' homme revenu d' entre les morts, le golden boy de Paris.
« Mes chers amis, ce soir, nous célébrons la vie. Ma vie. Une vie que je dois, comme vous le savez, à la foi inébranlable de ma chère sœur Sophie. »
Il a embrassé la joue de Sophie, qui a baissé les yeux avec une fausse modestie. La foule a applaudi poliment. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine.
« Mais, » a continué Antoine, son regard se posant enfin sur moi, un prédateur qui a repéré sa proie, « ma femme, Amélie, a aussi joué un rôle. Un rôle… particulier. Elle a ses petits secrets, ses petites essences. Ce soir, nous avons décidé de les partager avec vous. De manière ludique, bien sûr. »
Un murmure a parcouru l' assemblée. Je sentais des centaines d' yeux curieux et cruels se fixer sur moi. J' étais seule à ma table, une paria au milieu de la fête.
« Nous avons infusé plusieurs desserts avec certaines de ses créations les plus… rares, » a-t-il dit, le mot "rares" dégoulinant de sarcasme. « Le jeu est simple. Amélie, avec son don si exceptionnel, va devoir les identifier. Pour chaque erreur, l' un de ses précieux flacons originaux sera… retiré. »
La salle a éclaté d' un rire léger, comme si c' était une blague charmante. Pour eux, c' était un divertissement. Pour moi, c' était une exécution. Mes flacons n' étaient pas de simples objets. Chacun contenait une partie de mon histoire, de mon âme. C' étaient mes enfants, nés de mon sacrifice. Et il menaçait de les détruire, un par un, devant tout le monde.
Une nausée violente m' a submergée. La nourriture que j' avais à peine touchée menaçait de remonter. J' ai porté la main à mon ventre, essayant de respirer. Je me suis souvenue des nuits blanches passées à son chevet, des moments où je mélangeais les essences jusqu' à ce que mes doigts soient endoloris, priant pour que le mélange fonctionne. J' avais sacrifié ma propre santé, m' affaiblissant pour le renforcer. Et voilà ma récompense.
J' ai cherché des yeux le père d' Antoine, Monsieur Leclerc. Il était à la table d' honneur, son visage impénétrable. Nos regards se sont croisés une seconde. J' ai essayé de lui transmettre ma détresse, mon appel à l' aide. Il a détourné les yeux. Il était complice.
Je me suis levée, chancelante. Je devais sortir d' ici. Mais à peine avais-je fait un pas que deux gardes du corps, deux montagnes de muscles en costume noir, se sont placés devant moi, me barrant le passage. Leurs visages étaient des masques de pierre. J' étais prisonnière.
Antoine s' est approché de moi, son sourire carnassier s' élargissant.
« Où vas-tu comme ça, ma chérie ? Le jeu n' a pas encore commencé. »
Sa voix était douce, mais ses doigts se sont refermés sur mon bras comme un étau.
« Laisse-moi partir, Antoine. S' il te plaît. »
« Partir ? Mais tout le monde attend. Ne sois pas mauvaise joueuse. À moins que… tu n' aies peur de révéler que ton fameux "don" n' est qu' une supercherie ? »
Il m' a pratiquement traînée jusqu' au centre de la salle, près d' une petite table où étaient disposés trois dômes en argent. À côté, sur un plateau de velours noir, reposait l' un de mes flacons. "Clair de Lune", une essence de jasmin nocturne et de cèdre, conçue pour calmer les terreurs nocturnes. Mon premier succès avec lui.
« Le premier tour, » a annoncé Antoine à la foule. « Amélie a une minute pour identifier l' essence cachée sous l' un de ces dômes. Le chrono démarre… maintenant. »
Un grand écran derrière lui affichait un compte à rebours : 60… 59… 58…
La pression était immense. Les murmures, les regards, le visage triomphant d' Antoine. Mes sens, habituellement si aiguisés, étaient brouillés par la panique. Je me suis penchée vers les dômes, essayant de capter une effluve, n' importe quoi. Une odeur de sucre, de crème, mais rien de distinct. C' était une cacophonie olfactive.
Mes mains tremblaient. Je devais choisir. C' était un piège, je le savais. Mais je devais essayer de sauver mon enfant.
Le temps s' écoulait. 20… 19…
J' ai fermé les yeux, me concentrant, essayant de me souvenir de l' odeur de chaque dessert que j' avais vu passer. Une mousse au chocolat, une tarte aux fruits rouges, une panna cotta à la vanille.
10… 9… 8…
J' ai pointé un doigt tremblant vers le dôme du milieu.
« Celui-là. C' est la mousse au chocolat. L' essence est… "Souffle d' Orient". »
Antoine a souri. Un sourire cruel et victorieux. Il a fait un signe de la tête à un serveur, qui a soulevé le dôme. Dessous, il y avait la tarte aux fruits rouges.
« Faux, » a dit Antoine, sa voix résonnant dans le silence de mort.
Puis il s' est tourné vers le plateau de velours. Il a pris mon flacon de "Clair de Lune", l' a levé bien haut pour que tout le monde le voie, et l' a laissé tomber sur le sol en marbre.
Le son du verre qui se brise a été assourdissant. L' essence s' est répandue sur le sol, son parfum délicat montant dans l' air, un dernier souffle avant de mourir. C' était comme si on venait de poignarder mon propre cœur.
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