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Couverture du roman AMOUR CARCERAL

AMOUR CARCERAL

Aaric Ewalle mène une carrière brillante au sein de l'administration pénitentiaire. Cet homme ambitieux, passionné par son métier autant que par la gent féminine, se laisse pourtant piéger par ses propres penchants. Prisonnier d'un engrenage de vices, il s'enfonce dans une spirale destructrice. Cette tourmente incessante menace désormais de briser son équilibre personnel et de ruiner son avenir professionnel. Saura-t-il se sortir de cette impasse avant de tout perdre ?
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Chapitre 2

2 ans plus tard…

Assis dans un coin de la pièce, je regarde dans le vide ; j’ai ramené mes deux mains vers mon visage et je semble soucieux ; je pourrai l’être en effet, après toutes ces deux dernières années ; mais aujourd’hui je peux dire que j’ai quand même roulé ma petite bosse…

-Aaric ? Tu es prêt ?

C’est ma mère ; elle a frappé avant d’ouvrir, me tirant des mes profondes pensées…

-Tu es prêt ? Répète-t-elle.

-Oui maman !

Je me lève en trombe, et je la regarde…

-Comment tu me trouves ?

-Ooooh ! Mon… mon fils ! Tu es élégant dans ta tenue ! Ca alors !

Je la vois couler une larme…

-Tu pleures ? Au lieu d’être contente pour moi !

-Non ce sont des larmes de joie ! Tu es enfin devenu quelqu’un !

-Merci ! C’est grâce à vous, papa et toi, que j’ai pu redresser la pente et retrouver mon chemin… désormais je sais ce que je veux !

-J’espère que tu vas bien faire ton travail !

-On a toujours dit que j’étais un bon manager ! J’espère que je serai à la hauteur !

-Je te fais confiance mon fils ! Voilà ! Je n’ai plus rien de concret à te dire ! L’essentiel est fait !

-Oui ! On y va ?

La cérémonie de ma sortie prévue pour 9 heures a été reportée de deux heures à cause du retard accusé dans l’organisation, mais le plus important est le fait de voir ma famille, mes sœurs, mes beaux-frères ; ils ont fait le déplacement pour assister à cet événement. Admis à l’Ecole Nationale d’Administration Pénitentiaire (ENAP) de Buéa il y a deux ans, j’ai suivi le cursus avec brio ! J’ai tout donné pour m’en sortir ; je me suis battu pour prouver que j’avais du mérite.

C’est en comptant justement sur l’assistance de mes parents, et surtout celle de mon père ; je lui en suis redevable à un tel point que lorsque je l’ai vu assis à la tribune, l’émotion s’est emparée de moi brutalement ; je savais qu’il était fier de moi et de ma bravoure ! La preuve, après la remise du diplôme, quand je me suis jeté dans ses bras en dernier lieu, après tout le reste, j’ai coulé les larmes…

-Monsieur l’Administrateur des prisons !!! S’est-il écrié avec entrain !

-Papa !!!

-Dans mes bras fiston ! Je suis si content !!!

Qui ne l'est pas ? Partis de là, nous avons continué les festivités jusqu’au lendemain. Une fois à Yaoundé, j’ai organisé une autre cérémonie de réjouissance pour ceux qui n’ont pas pu faire le déplacement ; il faut avouer que ma liste d’amis s’est raccourcie avec le temps ; mon meilleur ami, Romuald vit désormais à Bertoua depuis près de deux ans. Bertoua c’est une ville de la région de l’est du pays. Apparemment il occuperait un poste assez important ; il est toujours célibataire comme moi ; de temps en temps on papote au téléphone, question de nous enquérir des nouvelles de chacun…

-Gars c’est comment ? Félicitations !!! Tu es devenu quoi ? Me demande-t-il.

-Administrateur des prisons !

-Merde ! Tu n’es plus un petit hein ?

-Avec quoi dis-donc ! On attend les affectations !

-Ça va aller ! J’ai toujours su que tu seras un grand dirigeant ! Ça commence souvent comme ça ! Tu sais où tu iras ?

-Non ! Je crains seulement qu’on m’affecte dans une ces brousses je t’assure !

-Ça va aller ! Avec mon poste ici à Bertoua je ne suis pas sûr de pouvoir me déplacer pour la cérémonie de ta sortie, mais je suis de tout cœur avec toi, et je sais que la fête sera belle, comme toujours !

-Ne t’en fais pas je comprends ! Tu te souviens ? La dernière fois que j’ai organisé une fête j’ai eu de sérieux problèmes par la suite à cause d’Elisa !

-Oui ! Mais c’est passé ! Laissons ça derrière ! Heureusement que ton vieux t’a sorti du pétrin !

-Exact ! Mais j’étais innocent je te jure ! Je n’avais rien à voir avec cette histoire et en plus c’est elle qui…

-Laissons ça derrière ! C’est bien le passé tout ça ! Ce qui compte c’est ton devenir c’est tout !

-Comme tu dis ! Nous sommes toujours célibataires ! Tu te rends compte Romuald ? J’ai 28 ans et toi 30 !

-Je ne me presse pas tu sais ? Ça viendra comme ça viendra ! Nous sommes encore jeunes !

-Tu as raison ! Moi non plus je ne me focalise pas trop dessus ! Je veux avoir une brillante carrière, pour le reste on verra !

-Je te dis ! Ok ! Tiens-moi au courant de l’évolution des choses stp ! Même si je ne peux pas y être, j’aimerai suivre ça à distance !

-Pas de soucis ! On fait comme ça !

Je n’aime pas trop ressasser les choses qui se sont passées il y a de cela deux ans, mais c’est en partie ça qui m’a poussé à vouloir donner un sens à ma vie ; le fait d’avoir été en contact avec la justice et d’avoir frôlé de près la prison ont déclenché en moi l’envie de me battre. Certes mes parents avaient déjà émis le souhait que je fasse plutôt l’ENAM (Ecole Nationale de Magistrature), mais j’ai opté pour l’ENAP ; je trouve que cela me convient mieux … je ne sais pas si c’est par désir de vengeance ou alors comme je le disais tantôt, c’est parce que j’aime diriger les hommes…

Je suis dans les préparatifs de la petite cérémonie que j’organise donc ici à Yaoundé, dans une salle des fêtes allouée pour l’occasion, pour ceux qui n’ont pas pu faire le déplacement à Buéa ; tout est fin prêt pour la circonstance ; il a fallu que je revête encore ma tenue et que les autres membres de ma famille, en l’occurrence, les oncles, tantes de la ville et même ceux du village me voient comme tel, sans oublier les différents représentants de chaque famille paternelle et maternelle, et aussi pour m’arroser en quelque sorte les galons…

La fête se passe bien, sans aucun incident, l’ambiance est vraiment au top, entre quelques effusions par ci par là avec les uns, et les autres qui s’en donnent à cœur joie à se trémousser au rythme des décibels ; le DJ, un pote à moi qui anime bien, sans oublier bien sûr le service traiteur, détail crucial permettant aux convives de bien se remplir la panse.

Je suis rassuré, car je sais que je viens d’assurer. A un moment donné on me fait comprendre qu’on cherche à me voir…

-Aaric ! Me dit un de mes cousins. Elle est dehors !

-Qui ça ? Qui me cherche ?

-Elle dit qu’elle est une de tes connaissances ! Elle préfère rester dehors, elle a refusé d’entrer !

-Elle ne t’a pas donné son nom ?

-Non ! Elle dit que c’est une surprise !

-Ok ! Installe-la quelque part à la terrasse, je suis encore occupé ! Qu’elle patiente un peu !

Un peu intrigué, je n’ai pas vite cherché à savoir qui ça peut bien être, encore que je suis bien trop occupé avec certains convives. Je parviens même à oublier cette invitée surprise qui attend tout bonnement à l’extérieur. Ce n’est qu’au bout d’une heure de temps que je finis par m’arracher de mon petit groupe d’amis ; il est vrai que ma relation avec les filles a beaucoup changé; mon aventure avec Elisa m’en a donné des leçons, au point où, j’ai du mal à me remettre en couple avec quelqu’un d’autre.

En sortant de la salle, j’ai au fond de moi l’espoir que cette invitée forcée se soit éclipsée, las de m’attendre. Tout au contraire ! En la voyant assise là, j’ai d’abord marqué un temps d’arrêt et je suis resté interdit ; elle s’est levée, souriante et timide…

-Bonsoir Aaric ! Aaric ! Tu… tu m’as manqué ! Je sais, je n’aurai pas dû ! Je n’aurai pas dû te faire ça !

-Elisa…

-C’est moi ! Je suis revenue ! Pour… pour te parler, t’expliquer !

-Elisa… ai-je dit cette fois en secouant la tête à plusieurs reprises.

-Stp ! Accorde-moi encore 5 minutes ! Le temps de t’expliquer !

-Comment tu as su que je me trouvais ici ?

-La fête ne s’ignore pas ! J’ai juste appris, et je suis très contente pour toi !

-Va-t’en !

-Stp ! Laisse-moi t’expliquer…

-On n’a plus rien à se dire et tu le sais ! Nous ne sommes pas du même monde !

-Si tu savais…

-Je ne veux justement rien savoir ! Plus rien ! J’ai encore ça en travers de la gorge ! Je ne suis plus le même !

Je fini par lui tourner le dos que je l’entends me dire dans un murmure et en larmes…

-Je… j’étais enceinte !

-Oui je sais ! Tu me l’avais dit indirectement, et tu ne m’as pas laissé le temps de réaliser ce qui était en train de nous arriver !

-Mais je… je n’étais sûre de rien ! Snif !

-Tu peux répéter ?

-Ma carrière… tout ça comptait pour moi ! Je n’ai pas su quoi faire et en plus mes parents, j’avais honte qu’ils l’apprennent ! C’est alors que je décide de le faire, mais ça se passe mal ! Je te demande pardon ! Pardon ! On t’a accusé à tort… j’ai fait croire à une agression ! J’ai fait croire que… que tu étais entré par effraction dans la maison et que tu m’en voulais pour cette grossesse… snif ! J’ai dit tout un tas de mensonges, juste pour t’incriminer ; je leur ai fait croire que tu étais un mauvais garçon et que j’ai failli mourir par ta faute ! Comme je regrette ! On a mal fait ! Ma mère a mal fait ! C’est à mon réveil que j’apprends qu’elle a porté plainte contre toi ! On t’a accusé injustement !

-J’ai failli aller en prison par ta faute !

-Excuse-moi Aaric ! Je ne voulais pas que ça se passe ainsi !

-On m’a pris pour un bandit de grand chemin ! Je t’ai crue morte ! On a refusé que je te voie dans la chambre d’hôpital ! Ta mère m’a accusé ouvertement ! On m’a arrêté et on m’a traîné comme un brigand !

-Tu ne l’es pas ! Tu ne l’as jamais été ! J’ai tout avoué à mes parents ! Je leur ai dit qu’il s’agissait d’un avortement raté occasionné par moi-même ! Ils ont honte à présent !

-Qu’est-ce que tu veux ?

-Je suis venue te voir en face et te dire que je regrette ! Tu n’as fait que me fuir, m’éviter après tout ça !

-Que voulais-tu que je fasse ? Je me suis éloigné de toi ! J’ai eu peur pour ma personne ! On m’a relaxé fautes de preuves ! Si mon père n’était pas là je crevais en prison, et pour rien !

Je n’aime pas me souvenir de cette mauvaise période… j’étais fou amoureux de cette fille et le simple fait qu’elle ait laissé faire et qu’on me prenne à cause d’une fausse histoire m’a rendu amer… je lui en veux encore jusqu’à présent d’avoir menti sur toute la ligne. Juste après j’ai décidé de couper les ponts avec elle ; je ne l’ai plus revue jusqu’à ce soir. Le simple fait de la revoir me rend si nerveux ; j’ai envie de l’envoyer balader, j’ai envie de l’attraper de mes mains et de la secouer de toutes mes forces, mais je me retiens de ne pas commettre une gaffe.

Je suis en train de célébrer ma sortie d’une grande école et je sais qu’un avenir certain m'attends peut-être…

-Elisa… j’ai tellement envie de… de… tu ferais mieux de t’en aller ! Ce que je vaux et ce que j’ai à présent valent bien mieux que ta présence ici !

-Je venais juste te dire que je regrette… tu me manques beaucoup !

Je… je t’aime… snif ! Je me sens perdue !

-Va le dire à tes parents ! Laisse-moi tranquille ! Tu as une belle vie ! Tu es une star adulée ! Pourquoi tu reviens ! Parce que…

-C’est vrai j’ai presque tout ! Mais ma vie est dérisoire sans toi ! Je te jure ! Je n’ai fait que te chercher ! Quand j’ai appris que tu es allé à Buéa pour ta formation j’ai été heureuse pour toi ! J’ai voulu venir te voir mais je savais que ce serait compliqué ! J’ai attendu patiemment ton retour, en priant intensément pour que tu puisses me pardonner ma bêtise ! J’ai besoin de toi Aaric !

-C’est impossible ! Je… trop de choses !

-Il a besoin de toi aussi !

-Qui ça ? Je ne comprends pas !

-Ton fils !

Je la regarde, éberlué ; je commence à croire qu’elle est dans un délire qui ne dit pas son nom…

-Qu’est-ce qui t’arrive ?

-Juste après mon hospitalisation, je suis restée cloîtrée des jours, des mois à la maison sans sortir ! Ma grossesse n’a fait qu’évoluer au contraire !

Comme je te l’ai dit, les parents ont été mis sur le fait accompli ! L’enfant est né… ton fils !

-Qu’est-ce que tu me chantes là comme ça ? Où est-il ? Ne me manipule surtout pas !

-Il est chez mes parents… ils demandent après toi ! Les regrets nous rongent !

-C’est pas vrai ! J’ai… j’ai… quoi ? Il a pu naître !

J’ai le cœur qui bat très fort et je ne sais quoi penser, ni quoi dire, avant de me raviser aussitôt…

-Qu’est-ce qui prouve que tu ne te joues pas de moi ?

-Si tu veux on pourra faire un test de paternité ! Il a deux ans maintenant ! Ca coïncide bien avec les faits, car nous étions encore ensemble, avant les problèmes !

Je lui ai tourné le dos, j’ai fait quelques pas en avant, comme pour réfléchir. Je sais que j’ai été un mauvais garçon par le passé ; je voulais me ranger, faire ma vie avec elle, parce que je l’aimais… mais un enfant à mon âge ; je n’en sais trop rien ; ce qui me rassure c'est ma situation, je sais qu’elle serait assez stable et que je pourrai sûrement prendre mes responsabilités ; je me retourne vers elle et je lui dis…

-Je vais le voir ! Je veux le voir cet enfant !

Elle s’est jetée à mes pieds, à genoux et en larmes…

-Ooooh Aaric ! Tu es un homme bien ! Je te remercie du fond du cœur ! Snif !!!

Gêné, je ne voulais pas attirer l’attention sur nous…

-Non relève-toi ! Ça ne sert à rien ! J’irai le voir ! Mais sache que toi et moi ça ne peut pas continuer !

J’ai coupé court ; je ne veux pas non plus lui donner l’impression d’être si faible. Plus tard après la fête, je me suis affalé sur mon lit ; je n’ai pas arrêté de penser à elle, à son apparition si soudaine ; elle est réapparue, encore plus belle et si bien mise ; elle n’avait aucune raison de revenir vers moi, vu son statut, en tant qu’ancienne miss et tout; mais elle est venue vers moi et elle s’est agenouillée devant moi ; elle m’a dit qu’elle reconnait ses torts et que nous avons un fils… je n’en reviens pas. N’ayant pas grandi avec mon père, je sais bien ce que c’est.

J’entends cette petite voix me demander de lui donner une seconde chance…

Et c’est ce que j’ai fait ; au bout de deux semaines nous avons pu recoller les morceaux. Les parents d’Elisa se sont excusés et m’ont accueilli avec beaucoup de joie, sa mère en particulier…

-Eeeeh mon fils ! Je t’ai traité de tous les noms ! Je suis une mère et je peux ressentir ton mal ! Vraiment faisons la paix ! Je t’ai accusé à tort !

Touché par autant de sympathie et d’humilité vis-à-vis de la part de ces gens, j’ai fini par céder ; on m’a présenté mon fils. Surpris de me voir père à 28 ans, je me suis senti interpellé par le rôle que j'aurai à jouer auprès de lui ; j’ai succombé instantanément en le voyant là, devant moi ; je me suis senti encore plus responsable; je me suis senti lié à cette fille, Elisa.

Bien qu’elle ait voulu se faire avorter par le passé, j’ai pu faire table rase…

-Oublions tout ! Je veux refaire ma vie ! Je veux avoir une vie stable !

Lui ai-je dit plus tard alors qu'on vient de se remettre ensemble ; j’ai fait les présentations à ma mère et ainsi qu’à mon père ; nos deux familles ont fini par se rapprocher valablement ; ma mère et la mère d’Elisa s’entendent super bien, et Elisa vient tous les week-ends chez ma mère pour passer du bon temps avec moi, accompagnée de notre fils Kevin.

Après deux mois de stage effectué à la prison de New-Bell à Douala, j’ai reçu mon affectation comme intendant adjoint à la prison principale d’Edéa ; je n’étais pas très enjoué…

-Edéa ??? Je vais faire quoi là-bas ? Je voulais Yaoundé ! Me lamentais-je en permanence.

-Non vas-y ! Je pense que tu dois y aller Aaric ! Me dit Elisa. C’est comme ça les débuts ! Tu reviendras ici plus tard !

-Je comprends ! Mais ce qui me chagrine c’est la distance ! Je serai encore loin de vous ! Je ne sais pas…

-J’ai connu ça avec mon père… les affectations ! Me dit- elle. J’en sais quelque chose ! Mais on finit par s’y habituer ! Ne t’inquiète pas, nous viendrons te voir !

-Non ! Viens vivre avec moi là-bas ! Venez ! J’ai besoin de vous !

-Euh… tu… en es sûr ?

-Et certain ! Elisa… épouse-moi ! J’ai besoin de toi ! J’ai besoin d’une épouse, d’une femme !

Elle a fermé les yeux avant de laisser perler une larme le long de sa joue…

-Aaric ! Si tu savais comme tu me rends heureuse ! J’accepte ! J’accepte de devenir ta femme !

-Toi aussi tu me rends heureux !

Elisa n'est pas parfaite ; mais j’ai trouvé en elle LA FEMME que je recherche ; on commet parfois des erreurs certes, mais lorsqu’on finit par se ranger on devient quelqu’un de meilleur ; Elisa me le démontre si bien, et malgré sa notoriété, elle a fait profil bas en revenant vers moi, le cœur ouvert et sincère ; c’est ce qui m’a touché et motivé. Cette nuit-là, dans ma chambre, on s’est parlé en se regardant droit dans les yeux, et on s’est accordés sur ce que nous aurions à faire…

-Je t’aime Elisa et je ne te laisserai pas tomber !

-Je t’aime aussi Aaric ! Je serai avec toi, quoi qu’il advienne !

Pendant qu’on se parle les yeux dans les yeux, mes mains devenues très baladeuses n’ont fait que parcourir tout son corps, en commençant par sa poitrine ; assis côte à côte sur mon lit, j’ai vite fait de dégrafer son corsage ; on s’embrasse avec beaucoup d’entrain ; quelques minutes plus tard je l’ai fait basculer; j’ai pris plaisir à contempler sa nudité, tout en m’abreuvant de la saveur naturelle de son corps ; elle a fait de même, lorsque sa main s’est emparée de mon sexe ; son agilité n’a fait qu’augmenter mon envie de la rejoindre ardemment…

Désormais, c'est elle et moi, et moi en elle ; je suis parti à la recherche du bonheur, et j'ai su qu’il existe chez elle. Parvenu à l’extase, nous sommes restés allongés, sans se parler ; nous n'en avons pas besoin ; rien que la chaleur qui se dégage de nos corps suffit amplement à nous prodiguer assez de bien-être et de répit.

6 mois plus tard…

Installé dans la ville d’Edéa, ville carrefour entre Yaoundé, Douala et Kribi, elle se situe dans la province du Littoral, sur les rives du fleuve La Sanaga, j’ai pu prendre mes fonctions comme il se devait ; rien n’a été facile au début, mais j’ai tenu bon, et je reste confiant pour les jours à venir. Mon travail en tant qu’intendant adjoint dans cette prison pour hommes, est assez prenant ; je fais le gros du travail ; la prison étant surpeuplée, j'ai essayé de trouver une alternative à ce que les prisonniers soient traités selon la règlementation en vigueur, même si cela attire parfois les foudres de mon supérieur hiérarchique, j'essaye de faire la part des choses. A 29 ans, j’attire l’attention de tous, et je lis parfois dans le regard de certains, une profonde admiration, et chez d’autres une certaine jalousie.

Mon mariage approche à grand pas ; Elisa a tenu sa promesse, celle de souvent venir me voir ; quand elle ne le fait pas, c’est moi qui rapplique à Yaoundé, juste pour deux ou trois jours. Je suis logé dans un appartement de deux chambres, avec salon douche, cuisine, etc. Ce n’est pas le luxe, mais c'est assez confortable ; et avec le temps j’ai fini par m’en accommoder. La toute première fois qu’Elisa et Kevin sont venus me voir j’ai eu un peu honte…

-Waouh ! Aaric ! C’est super ! S’exclame-t-elle avant d’entrer.

-Tu trouves ? C’est pas très grand je t’assure et puis c’est…

-C’est bien et c’est beau ! Je suis fière de toi ! Tu es un battant !

-Merci ma belle !

Elisa me met sans cesse en confiance et c'est ainsi que je gagne en assurance ; je lui accorde valablement sa place et tous les deux nous sentons qu'on évolue.

Notre mariage a été célébré en grande pompe au mois de décembre; Romuald était mon témoin, il m’a accompagné dans toutes les étapes; je ne saurai comment qualifier son assistance sur tous les plans, tant par sa présence que par son aide financière. Elisa Makosso Ndingue est devenue Madame Ewalle, et la semaine qui a suivie, elle a posé ses valises à Edéa. J’ai obtenu un petit congé de quelques jours et nous avons profité pour faire du rangement, dans la bonne humeur.

Alors qu'on s'extasie devant tous ces présents qui nous ont été offerts, Elisa s’en donne à cœur joie de les ouvrir un à un sans omettre d’en faire un commentaire satisfaisant. Assis à ses côtés, je la regarde et je souri à grandes dents, alors que Kévin lui n’arrête pas de faire des pirouettes de gauche à droite...

-Waouuuh depuis que j’en rêve ! Aaric regarde ! C'est le cookéo !!!

-Comprends rien ! A quoi ça sert ?

-C’est un cuiseur ! Attends c’est écrit dessus multi cuiseur ! Il te cuit tout à la vapeur en même temps, sans que tu ne te décarcasses à venir tout le temps contrôler ! Et en plus tu es sûr que tu manges BIO !

-Ce sont vos trucs de femmes ! Pourvu que tu nous serves de la bonne nourriture et sans la brûler ! Ahahaha !

-Ahahahah ! Je te dis !

Nous partons dans un fou rire ; elle finit par se lever et se diriger vers la cuisine…

-Attends ! Je nous installe-ça vite fait !

Au même moment je reçois un appel d’un numéro inconnu, je décroche…

-Allo ? Allo ? Je ne vous entends pas ! Parlez plus fort !

On raccroche aussitôt. Le même numéro me rappelle, pareil, je n’entends rien à l’autre bout du fil. L’action se répète plusieurs fois, jusqu’à ce que je ne prenne plus la peine de décrocher. A la fin je reçois un sms…

« Tu devrais avoir honte gros naïf comme ça ! On te malmène comme une marionnette… Kevin n’est pas de toi ! Ouvre les yeux ! ».

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