
Amour Brisé, Vies Dévastées
Chapitre 2
Le téléphone a sonné juste après minuit, un bruit strident qui a déchiré le silence de mon bureau. Je finalisais un patch pour le jeu vidéo sur lequel je travaillais depuis des mois. L'écran affichait « Hôpital Central ». Mon cœur s'est arrêté de battre.
« Monsieur Dubois ? Votre fille, Sophie, a été admise. »
Le reste des mots était un brouillard. Agression. Grave. Chemin du retour.
Je me suis retrouvé dans les couloirs blancs et froids de l'hôpital, l'odeur d'antiseptique me piquant les narines. Une infirmière m'a conduit à une chambre. Sophie était là, allongée, si petite dans ce grand lit. Son visage était tuméfié, sa respiration était faible, rythmée par le bip régulier d'une machine. Un tube sortait de sa bouche. Je me suis effondré sur une chaise, incapable de détourner les yeux de ma fille, mon enfant.
Claire, ma femme, est arrivée une heure plus tard. Elle portait encore son tailleur impeccable, ses talons claquant sur le sol du couloir. Elle est entrée dans la chambre, a jeté un regard rapide à Sophie, puis s'est tournée vers moi. Son visage était une toile vierge, sans la moindre trace de panique ou de chagrin.
« Où étais-tu ce soir, Alexandre ? »
Sa voix était glaciale, comme celle d'une avocate interrogeant un suspect, pas une mère s'adressant à son mari. J'étais trop sous le choc pour comprendre.
« Au bureau. Je travaillais, Claire. Comme d'habitude. Sophie a des cours du soir le mardi, tu le sais bien. »
« Vraiment ? »
Elle a haussé un sourcil.
« La police va vouloir te parler. Tu devrais préparer une bonne histoire. »
Je l'ai regardée, la confusion se mêlant à la douleur. Une histoire ? De quoi parlait-elle ? Notre fille était entre la vie et la mort.
Les jours suivants ont été un cauchemar. Sophie restait inconsciente. Claire, elle, passait plus de temps avec les policiers et les médecins qu'avec moi. Elle répondait aux questions avec une précision juridique, me tenant à l'écart. C'est elle qui a engagé un avocat, mais pour elle, pas pour nous.
Un soir, épuisé, je suis rentré à la maison pour prendre quelques affaires. La maison était silencieuse, vide. J'ai vu la vieille tablette de Claire sur la table basse, celle qu'elle n'utilisait plus. Par réflexe, j'ai voulu chercher des nouvelles sur un forum médical. En l'allumant, une application d'enregistrement vocal s'est ouverte. Une liste de fichiers est apparue, synchronisée depuis son téléphone. Le plus récent était daté d'hier. Le titre était simple : « Conversation Marc ».
Marc. Marc Leclerc. Son amour de jeunesse, et mon rival professionnel depuis qu'il avait tenté de racheter ma société. La curiosité, mêlée à un mauvais pressentiment, m'a poussé à appuyer sur lecture.
La voix de Claire a rempli le silence.
« Tout se passe comme prévu. La police le suspecte déjà. Son alibi est faible, un développeur qui travaille tard, c'est banal. »
Puis la voix de Marc, suave et arrogante.
« Et la petite ? Elle ne va pas se réveiller et tout gâcher, j'espère ? »
Mon sang s'est glacé.
« Les médecins ne sont pas optimistes. »
La réponse de Claire était dénuée de toute émotion.
« Franchement, si elle ne se réveille pas, ça simplifierait les choses. Pas de témoin gênant. »
J'ai cru vomir. Elle parlait de notre fille. De Sophie. Comme d'un problème à éliminer.
Marc a ri. Un rire gras et satisfait.
« Tu es vraiment sans pitié, mon amour. C'est pour ça que je t'aime. Bientôt, tout ce qui appartient à ce minable d'Alexandre sera à nous. Son argent, sa maison, sa société. »
« Il le mérite. »
La voix de Claire était soudain chargée d'une haine que je ne lui avais jamais connue.
« Pendant des années, je l'ai regardé réussir, devenir ce développeur de génie, pendant que moi, j'étais coincée dans ce mariage, à élever sa fille. Il a gâché ma vie, Marc. Il m'a volé mes meilleures années, celles que j'aurais dû passer avec toi. »
Le choc était si violent que j'ai dû m'agripper à la table. Cette vie qu'elle décrivait comme une prison, je la croyais notre bonheur. Cet homme qu'elle accusait de l'avoir gâchée, c'était moi. Et notre fille... notre fille n'était qu'un dommage collatéral dans sa quête de vengeance et de cupidité.
Mes yeux se sont posés sur le mur du salon. Une grande photo de nous trois, prise en vacances l'été dernier. Sophie était sur mes épaules, riant aux éclats. Claire souriait à l'objectif, un sourire parfait, un sourire de mensonge.
Une rage aveugle a déferlé en moi. J'ai attrapé le cadre et l'ai fracassé contre le mur. Le verre a explosé en mille morceaux, le son résonnant dans la maison vide comme le bruit de ma vie qui se brisait.
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