
Alpha:La destinée de Miranda
Chapitre 2
Elle ne lui échapperait pas. Miranda sentait encore le poids de la dague d'Ezechiel contre sa cuisse lorsqu'elle s'enfonça dans la forêt. Chaque pas était un défi. Son corps hurlait de fatigue, mais son esprit refusait d'abandonner. Elle n'avait pas le droit.
L'Alpha la pourchassait. Son petit ami souffrait entre ses griffes.
Et elle était seule.
Ou presque.
Ezechiel lui avait parlé d'une meute rebelle, un groupe de loups bannis, traqués, mais qui refusaient de plier sous la domination impitoyable de l'Alpha. Ils vivaient en marge, cachés, des ombres insaisissables.
Si quelqu'un pouvait l'aider, c'était eux.
Le vieil homme lui avait donné des indications vagues, comme s'il hésitait à la jeter dans la gueule du loup. Mais elle n'avait pas le choix. Elle devait les trouver. Et les convaincre.
Elle marcha des heures, le vent froid fouettant sa peau, avant de sentir un changement dans l'air.
Un frisson lui parcourut l'échine. Elle n'était plus seule.
D'un geste rapide, elle posa la main sur sa dague.
- Ce n'est pas nécessaire.
La voix surgit des ombres, calme mais tranchante comme une lame.
Miranda se tendit. Deux silhouettes émergèrent des arbres, puis trois autres. Des loups en chair et en os, vêtus de cuir sombre, les regards perçants. L'un d'eux, un homme grand, au visage marqué par une cicatrice traversant sa joue, s'avança.
- Une louve égarée... et traquée, ajouta-t-il en humant l'air.
Miranda serra la mâchoire.
- Je cherche votre chef.
Le loup ricana.
- Tu l'as trouvé.
Un mélange de soulagement et d'appréhension se mêla en elle.
- Je veux une alliance.
Un silence tomba. Puis, il rit. Un rire rauque, moqueur.
- Tu es sérieuse ?
Miranda sentit la colère grimper en elle.
- J'ai des informations. Un plan. Je sais comment renverser l'Alpha.
Le regard du chef s'assombrit.
- Et pourquoi je t'écouterais ?
Elle avança d'un pas, le fixant droit dans les yeux.
- Parce que nous avons un ennemi commun.
Les loups autour d'eux échangèrent des regards. Mais le chef secoua lentement la tête.
- Tu ne comprends rien, gamine.
Il s'approcha, si près qu'elle sentit son souffle sur son visage.
- On ne renverse pas l'Alpha. On survit.
Il tourna les talons.
- Repars d'où tu viens avant qu'il ne soit trop tard.
Un mur. Il lui opposait un mur.
Elle sentit l'impuissance lui serrer la gorge.
- Attendez ! Vous ne pouvez pas juste... fuir !
Il s'arrêta mais ne se retourna pas.
- C'est exactement ce qu'on peut faire.
Puis il disparut dans l'ombre des arbres, suivi de ses guerriers.
Miranda resta figée, tremblante de frustration.
Il l'abandonnait.
***
- Il ne t'aidera pas.
Miranda sursauta.
Une femme aux cheveux courts et aux yeux sombres s'adossait à un arbre, les bras croisés.
- C'est une cause perdue.
La voix de la guerrière était dure, mais il y avait quelque chose dans son regard.
- Toi, tu n'es pas d'accord, murmura Miranda.
Lena la fixa un instant, puis haussa les épaules.
- L'Alpha est un monstre. Beaucoup d'entre nous veulent sa chute. Mais personne n'ose le dire à voix haute.
Miranda s'accrocha à cet espoir.
- Alors aide-moi.
Lena soupira, jetant un regard furtif autour d'elle.
- Si je fais ça, je risque gros.
Miranda la fixa, suppliant presque.
- Tu ne veux pas être libre ?
Lena ferma les yeux une seconde. Puis elle expira lentement.
- Retrouve-moi ici demain soir.
Elle disparut aussi vite qu'elle était apparue, laissant Miranda seule dans la nuit.
Le pacte était scellé.
Et avec lui, le début d'une guerre.Miranda serra les dents en enfonçant la pointe de la dague dans l'écorce. La nuit était tombée depuis longtemps, et le vent froid soufflait à travers la forêt, portant avec lui le parfum de la terre humide et du danger qui rôdait. Lena l'attendait quelques mètres plus loin, les bras croisés, l'air méfiante.
- T'es sûre de ton coup ? murmura-t-elle.
Miranda ne répondit pas tout de suite. Son cœur battait vite, mais elle n'avait pas le choix.
- Il doit savoir que je suis en vie, chuchota-t-elle finalement.
Sous ses doigts, elle traça les dernières lettres du message. Il était simple. Juste un code, caché dans une marque sur un tronc, un symbole qu'il reconnaîtrait instantanément.
Un souvenir d'eux, de leurs jeux d'enfants.
Avant que tout ne bascule.
Elle recula, observant son œuvre. Un œil non averti n'y verrait que des griffures laissées par un loup de passage. Mais lui... lui comprendrait.
Lena s'approcha, plissant les yeux.
- Et comment tu comptes faire passer ça jusqu'à lui ?
Miranda inspira profondément.
- Les gardes patrouillent souvent ici. L'un d'eux le verra, et tôt ou tard, l'info circulera.
Lena secoua la tête.
- C'est risqué.
- Tout l'est, répondit Miranda en rangeant sa dague.
Elles échangèrent un regard. Puis Lena hocha la tête, résignée.
- Alors il faut qu'on s'éloigne avant qu'on nous repère.
Miranda acquiesça et s'éloigna du tronc, jetant un dernier regard à la marque gravée dans l'écorce.
Elle pria silencieusement pour qu'il la voie.
***
Le froid s'infiltrait sous sa peau, mordant ses os comme des crocs acérés. Ses poignets, enchaînés au-dessus de sa tête, lui arrachaient des élancements de douleur chaque fois qu'il bougeait.
Son souffle était court. Chaque inspiration était une brûlure, chaque mouvement un supplice. Mais il ne plierait pas.
Il ne plierait jamais.
Les pas lourds de Tobias résonnèrent sur la pierre du cachot.
- Tu es plus résistant que je ne le pensais.
Le prisonnier ne répondit pas. Ses lèvres fendues formaient un rictus silencieux, un défi muet.
Tobias s'accroupit devant lui, posant un coude sur son genou.
- Tu sais que c'est inutile, n'est-ce pas ?
Un silence.
- Elle est seule, traquée. Elle ne tiendra pas longtemps.
Il baissa légèrement la tête, son regard perçant fouillant celui du captif.
- Alors, pourquoi souffrir pour rien ?
Le prisonnier rit doucement, un son rauque et brisé par la douleur.
- Parce que ça vous emmerde.
Tobias lui décocha un coup de poing qui lui fit cracher du sang.
Mais il riait toujours.
Puis, soudain, son regard se figea.
Derrière Tobias, à travers les barreaux de la fenêtre, il aperçut quelque chose.
Un symbole gravé dans l'écorce d'un arbre.
Son cœur rata un battement.
Un message.
**Elle est en vie.**
Il sentit une vague de chaleur le traverser, balayant la douleur, la peur, le désespoir.
Elle était en vie.
Et elle n'abandonnerait pas.
***
L'Alpha scrutait la nuit depuis son balcon, son regard d'or froid braqué sur l'obscurité.
- Quelque chose ne va pas.
Sa voix n'était qu'un murmure, mais Tobias, derrière lui, l'entendit clairement.
- Nous avons renforcé la garde, mon Alpha. Il ne peut pas s'échapper.
- Non... mais elle peut essayer de le contacter.
L'Alpha se tourna lentement vers son bras droit, un sourire glacé aux lèvres.
- Je veux des hommes partout. Chaque arbre, chaque ombre, chaque bruissement doit être surveillé.
Tobias hocha la tête avant de disparaître dans l'obscurité.
L'Alpha resta seul, le regard perçant toujours la nuit.
**Je t'aurai, Miranda.**
***
Les buissons frémirent à sa gauche.
Miranda se figea, le cœur battant.
Un craquement. Puis un souffle, trop proche.
Son sang se glaça.
**Ils sont là.**
D'un mouvement fluide, elle agrippa le bras de Lena et la tira en arrière, plongeant derrière un tronc couché.
- Merde, souffla Lena.
Les ombres se mouvaient entre les arbres, silencieuses, dangereuses.
L'Alpha avait renforcé ses hommes.
Et elles venaient de tomber dans un piège.
Miranda échangea un regard avec Lena. Elles n'avaient qu'une seule issue : courir.
Sans un mot, elles bondirent en avant, fendant la forêt à toute vitesse.
Des cris retentirent derrière elles.
- Là !
Le sol défilait sous ses pieds, les branches griffaient sa peau, mais elle ne ralentit pas.
Un sifflement fendit l'air.
Une flèche.
Elle plongea, sentant l'arme frôler son épaule avant de se ficher dans l'écorce d'un arbre.
Lena jura.
- Ils nous encerclent !
Miranda ne répondit pas. Elle savait.
Mais elle n'avait pas l'intention de mourir ce soir.
Son regard balaya l'obscurité. Puis elle le vit.
Une crevasse, juste à quelques mètres.
Sans réfléchir, elle attrapa le bras de Lena et l'entraîna vers le bord.
- T'es folle ?!
- Fais-moi confiance !
Les voix des chasseurs se rapprochaient.
Un.
Deux.
Trois.
Elles sautèrent.
Le vide les engloutit.
Miranda sentit l'air siffler à ses oreilles avant que l'eau glaciale ne l'engloutisse.L'eau glaciale l'engloutit comme un linceul, coupant son souffle d'un coup sec. Miranda ouvrit les yeux sous la surface, luttant contre le choc thermique qui engourdissait ses membres. Son corps sombra un instant, emporté par le courant puissant, puis son instinct reprit le dessus. Elle donna un coup de pied, perçant la surface avec une inspiration haletante. À côté d'elle, Lena refaisait surface aussi, toussant et jurant à mi-voix.
Au-dessus d'elles, les chasseurs s'étaient arrêtés au bord de la crevasse, scrutant l'eau trouble en contrebas.
- Elles sont mortes, grogna l'un d'eux.
- On doit en être sûrs, répliqua un autre.
Miranda ne leur laissa pas l'occasion. Elle attrapa le poignet de Lena et l'entraîna en aval, se laissant porter par le courant avant que leurs poursuivants ne descendent les chercher.
Le froid mordait sa peau, mais ce n'était rien comparé au souvenir brûlant qui venait de resurgir dans son esprit.
Un autre plan d'eau, plus paisible. Une clairière baignée de lumière.
Un rire.
Et un garçon aux yeux sombres.
***
C'était il y a des années. Miranda avait à peine dix-sept ans. À cette époque, elle n'était qu'une louve parmi tant d'autres dans la meute, une fille obéissante qui suivait les règles sans les questionner. Jusqu'à lui.
Il était arrivé un jour, un étranger, un oméga rejeté par sa propre meute, recueilli par l'Alpha par simple pitié. Les omégas n'avaient aucun statut, aucun droit. Ils devaient courber l'échine, accepter leur sort.
Mais lui... il refusait de se soumettre.
Miranda s'était approchée de lui par curiosité d'abord. Il ne parlait à personne, passait ses journées à l'orée de la forêt, comme s'il rêvait de s'enfuir.
- Pourquoi tu ne pars pas, alors ? lui avait-elle demandé un jour.
Il avait levé les yeux vers elle, surpris par sa franchise.
- Parce que je n'ai nulle part où aller.
Elle s'était assise à côté de lui, sans réfléchir.
- Alors reste ici, mais ne baisse jamais la tête.
Il avait souri, et elle avait su, à cet instant, que quelque chose en elle venait de changer.
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