
7798:La nuit tournante de l'Europe
Chapitre 2
Chapitre 1L’élection surprise fondatrice d’une nouvelle gouvernance
Dimanche 8 mai 2022, 19 h 30 : la télévision du bureau de Vladimir est allumée depuis un peu plus d’une demi-heure et l’équipe de journalistes autour de Laurent Delahousse ressasse les mêmes informations ; la participation est exceptionnelle, montrant par là même un surcroît d’intérêt du peuple français pour son destin, ce qui ne peut qu’impliquer que les enjeux sont importants. Avec l’élection d’Emmanuel Macron, on avait été servi en matière de surprise, mais là personne n’avait imaginé le résultat qui se dessine alors.
Il faut revenir quelques semaines auparavant, durant la campagne pour l’élection présidentielle. Certes, Marine Le Pen était candidate, comme annoncé dès début 2020, au même titre que le président sortant, Emmanuel Macron, ce dernier ayant réinsisté sur l’importance de faire un choix entre le progrès, qu’il était censé représenter, et le repli sur soi des populistes avec le Rassemblement National (RN), fortement persuadé que l’issue serait comparable à 2017, laissant Marine Le Pen à nouveau sur le côté, et même s’il avait dû mettre un peu d’eau dans son vin après la gestion de la crise sanitaire de la Covid-19. Sans compter qu’il avait fait en sorte que la gauche soit en déliquescence dès 2017, que d’autre part Jean-Luc Mélenchon, leader de La France Insoumise (LFI) s’était petit à petit tiré plusieurs balles dans les pieds et de même pour les Républicains (LR), avec la radicalisation de Laurent Vauquier entre 2017 et 2018, aboutissant à la déconvenue lors des élections européennes de 2019. Les élections municipales de 2020, en deux épisodes du fait du report du second tour avec le confinement à compter du 17 mars, auront pu être quelque peu salutaires pour LR, mais c’est surtout le mouvement écologiste, porté par son succès des européennes, qui avait fait la meilleure progression, le parti du président, la République en Marche (LREM), ne parvenant pas à gagner des communes, comme on pouvait s’y attendre alors. Les élections départementales et régionales de 2021 auront peu modifié les rapports de force en présence. Ceci n’avait pas empêché le président Macron de continuer à avancer dans le sens de réformes annoncées dans la campagne de 2017, malgré des retours de plus en plus négatifs dans la société française, mais plutôt sur des réformettes, celle de la retraite passant aux oubliettes, scellant d’ailleurs le sort d’Édouard Philippe, 1erministre jusqu’en juillet 2020. Avait fini par être en capacité de redresser la situation pour la droite classique le soldat Xavier Bertrand, celui-ci ayant gardé un œil plus que critique vis-à-vis de la politique du président, tout en restant pragmatique et empilant quelques résultats socio-économiques intéressants dans la région qu’il présidât jusqu’en 2021. À gauche, personne, mis à part pour LFI n’avait été en mesure de relever le défi de se présenter et même Ségolène Royal avait fini par renoncer, les scores affichés dans les sondages étant vraiment trop faibles. Si on néglige, du fait qu’il s’agit de candidatures de principe, les deux ou trois candidats habituels (Nathalie Arthaud pour Lutte Ouvrière [LO], Nicolas Dupond-Aignan pour Debout la France [DLF] ou François Asselineau pour Union Populaire Républicaine [UPR]) ayant pu obtenir tout de même des signatures validant leurs candidatures, la liste des candidats pouvant se présenter était la suivante : Mmes Nathalie Arthaud (LO) et Marine Le Pen (RN) et MM François Asselineau (UPR), Xavier Bertrand (LR), Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Yannick Jadot (Écologie Les Verts – ELV), Emmanuel Macron (LREM), Jean-Luc Mélenchon (LFI) et la surprise du chef, Vladimir Luknikoff, médiatisé à vitesse « grand V » à l’automne 2021, notamment via les réseaux sociaux, ce qui faisait une liste de 9 candidats, soit peu au regard des élections précédentes.
Ces 9 candidats s’étaient retrouvés lors de trois débats télévisés les mardi 1ermars, jeudi 10 mars et mardi 15 mars 2022. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que certains avaient marqué des points, tels Xavier Bertrand, mais aussi Marine LE PEN et surtout Yannick Jadot, alors que le président sortant avait peine à se maintenir au-delà des 20 % de satisfaction. La progression de celui qui était sorti de nulle part était à saluer, même s’il était à peine au-dessus de 10 % d’intention de vote. Pour autant, il avait marqué les esprits avec des remarques cinglantes adressées essentiellement au président sortant, lui rappelant qu’il avait largement fragilisé le pays en proposant des réformes souvent pas assez réfléchies, sans concertation réelle avec les différents corps intermédiaires, montrant surtout une capacité à être ferme et autoritaire, alors même que sa légitimité ne s’appuyait que sur à peine un français sur 6 au regard des résultats du 1ertour de 2017 et du rejet de la candidate du Front National, appellation à l’époque du RN. Xavier Bertrand ainsi que Yannick Jadot étaient apparus comme Vladimir Luknikoff des candidats proposant un programme étayé, s’appuyant sur des principes clairs et pouvant laisser à penser qu’il était possible d’imaginer ce coup-ci un vote d’adhésion à un programme et non de rejet, comme depuis 2002. Tant et si bien qu’à la sortie de ces trois débats, les forces en présence pouvaient partir dans la bataille finale avec les pourcentages d’intentions de vote suivants, tout en ayant une participation estimée à 60 %, ce qui reste faible, et un pourcentage de vote déjà identifié à hauteur de 55 %, ce qui laissait alors une marge de manœuvre non négligeable : arrivait en tête Marine Le Pen avec 26,5 %, Emmanuel Macron avec 22 %, d’où alors le duel attendu par l’une et l’autre, Yannick Jadot avec 17 %, Xavier Bertrand avec 11,5 %, Vladimir Luknikoff avec 10,15 %, Jean-Luc Mélenchon avec 7 %, les autres candidats ne pesant que 5,5 %.
À n’en point douter, le candidat surprise avait marqué des points lorsqu’il avait insisté sur l’importance de réformer, non pour réformer par principe, mais pour se donner les moyens d’avancer dans ce XXIesiècle au regard des défis conséquents, mais sans être démagogue ou populiste, en respectant les différents partenaires et surtout sans se tromper d’adversaire. Les axes principaux de son projet portaient sur l’adaptation des institutions à la vie quotidienne des Français, des choix socio-économiques visant à respecter à la fois une construction de société à laquelle les Français sont attachés tout en relevant le défi de la transition écologique et en donnant suffisamment de gages aux jeunes générations autant qu’aux plus anciens sur leurs avenirs respectifs. Il n’avait cessé de marteler que les candidats critiquaient souvent les institutions et oubliaient de les réformer une fois élus, histoire d’en profiter pour avancer sans difficulté ou encore les modifiaient pour ne plus rencontrer aucun problème. Lorsqu’il était interpellé sur l’aspect jugé non prioritaire de ce type de réforme, il n’avait eu aucun souci à comparer la gestion d’un pays à la gestion d’une maison :
« Devant la nécessité de réduire le chômage autant que les inégalités sociales, mes prédécesseurs ont souvent fait du replâtrage parce qu’il y avait des fissures et même ont pu choisir des couleurs différentes, ce qui n’a rien changé sur le fond des emmerdements rencontrés par les Français (sa particularité à parler cash était à noter). Parfois, certains ont été un peu plus loin, avec des réformes plus ambitieuses, allant jusqu’à bouger les lignes, ce qui pouvait se comparer à déplacer des cloisons et réaménager les proportions utiles pour la vie au quotidien, mais cela ne pouvait suffire. Il ne peut y avoir de réforme autant juste qu’ambitieuse si on ne revoit pas les fondations dès lors que la maison a des fissures, présente un agencement non satisfaisant au regard des priorités du moment ; c’est là l’objet d’une réelle réforme institutionnelle qui est devenue nécessaire et qui ne peut se traduire que par le passage à la VIeRépublique, voire à préciser les grands principes de la laïcité ».
Il aura alors eu l’occasion de préciser tant les principes que le calendrier dans les débats, mais surtout dans la campagne officielle, qu’il s’agisse des spots, d’interviews télé et/ou radio ou encore en meeting, mais surtout via les réseaux sociaux. Nul doute que ce positionnement a pu séduire les déçus de LFI, la partie de son programme sur la transition énergétique ayant aussi leur agrément, mais peut-être aussi des électeurs s’étant alors éloignés de la chose publique. D’ailleurs, sur cette partie du programme, il avait d’abord surpris en précisant qu’il n’était pas frontalement opposé à l’énergie nucléaire, et même favorable à la reprise du surrégénérateur, en insistant sur le pragmatisme nécessaire en la matière. Il s’en était expliqué en précisant qu’il ne fallait pas tomber dans la démagogie et regarder les choses en face :
« Il faut arrêter de prendre nos concitoyens pour des andouilles et il faut se méfier de leur faire peur, celle-ci n’étant jamais bonne conseillère : l’urgence est à la décarbonisation, ce qui fait que la solution nucléaire en matière d’énergie doit être reconnue comme la solution la moins pire dès lors qu’il faut produire beaucoup d’énergie. Parallèlement, il faut être capable de développer des usines de géothermie, vraie source d’énergie renouvelable à grande échelle, mais il faut aussi moderniser les habitats de manière à éviter le gouffre que sont les bâtiments mal isolés. Ce type de politique nécessite de vrais investissements sur le long terme, permettant de redéfinir un maillage territorial susceptible de réduire le recours aux véhicules non collectifs et il faut savoir proposer une vraie relance économique sur fond de transition écologique, de plus avec redéploiement d’emplois dans les secteurs porteurs que sont l’énergie et le bâtiment ! ».
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