
1326 Ans Plus Tard...
Chapitre 2
La sonnerie retentit, enfin. Calvaire terminé ! Je range mes affaires à la vitesse de l'éclair, et attends Jack en dehors de la classe. De l'air frais ! Rester deux heure assise, très peu pour moi.
- Alors, Nem, on y va, ou tu comptes rester ici, les yeux fermés ?
J'ouvre un œil, et tire la langue à mon ami.
- T'es si pressé que ça d'aller à la médiathèque ?! Répliquais-je.
Jack ne réponds rien, levant les yeux au ciel. Je lui emboîte le pas, et nous marchons en silence.
Nous passons toutes nos pause du midi à la médiathèque. Au départ, on se mettait dehors, on mangeait nos sandwichs et on rentrait à l'intérieur à attendre la fin de la pause déjeuner. Mais depuis noël, la bibliothécaire nous laisse manger dans la médiathèque. Je crois qu'elle avait pitié de nous, quand on se gelait dehors, en Novembre. Ou c'est qu'elle pensait qu'on était en couple et qu'elle nous trouvais mignon. Elle est fan de roman à l'eau de rose. Bien sûr, elle adore Jack. Ils peuvent parler de livres pendant toute notre pause (c'est à dire, deux heures). Elle est sympa mais je n'arrive pas à l'apprécier. Elle doit avoir seulement cinq ans de plus que nous, mais elle reste hyper possessive avec Jack. Comme si c'était son petit frère. Bien évidemment elle ne m'aime pas. Mais ce n'est pas la seule. Les gens savent que je ne suis pas loup-garou (de toute façon, c'est difficile de faire semblant de ne pas avoir remarqué que je suis trop différente pour être comme eux : peau blanche, yeux en amandes et de couleur rouges ou verts selon mon humeur, cheveux raides et fins coupés en un carré plongeant, de petite taille… on ne peut que me remarquer dans la rue ! À côté de moi, j'ai des loups-garous à la peau mate, les yeux marron et de grande taille...). C'est pour ça que je reste dans mon coin à lire. Ou à faire mes devoirs, au choix. Un jour, Jack m'a demander pourquoi je restait à l'écart quand des gens venaient nous voir. Moi qui pensait que personne ne le remarquait, j'ai été étonné que ce soit lui qui le voit, vu qu'il a toujours la tête plonger dans un livre. Ce jour là, je me suis contentée de baisser la tête, sans répondre. Il a eu l'air fâché mais n'a pas relevé. Peut-être a t-il compris que je ne voulais simplement pas en parler… en tout cas, la discussion n'est jamais revenue.
- Bonjour mon petit pirate ! S'exclama la bibliothécaire en nous voyant entrer. (Bien sûr le « petit pirate », c'est Jack. Des fois, je me demande si elle sait qu'il est accompagné.)
- Bonjour Lucy ! Notre table est libre ?
Elle lui lança un sourire éclatant et répondit tout en replaçant une de ses mèches blondes derrière son oreille.
- Oui, moussaillon ! N'hésite pas à fermer la fenêtre si tu as froid, je l’ai ouverte ce matin pour aérer !
Je me retint de lever les yeux au plafond. Elle risquerait de se fâcher. Jack sentit mon énervement et me pris le bras, jusqu'à la table. Juste avant de s'asseoir, il me souffla à l'oreille :
- Tiens toi tranquille, Nem. Elle est gentille, et elle ne voulait pas te mettre en colère.
- Désolé, mais elle m'agace avec ses surnoms débiles.
- Tu ne peux pas lui en vouloir d'aimer les pirates ! S'indigna t-il.
- C'est pas les pirates qu'elle aime, c'est toi ! Elle fait semblant d'aimer juste pour avoir une raison de te parler ! Répliquais-je, en faisant la moue.
Il leva un sourcil en l'air.
- Tu ne serais pas un tout petit peu jalouse, par hasard ?
Je n'eus pas le temps de répondre. La bibliothécaire revenait déjà, toute souriante, un livre à la main. Pour une fois, ça ne me dérangeais pas qu'elle vienne nous couper dans notre conversation, puisque je n'avais rien à répondre à Jack.
- Regarde ! Un nouveau livre est arrivé ce matin ! Sur les pirates ! Je ne l'ai pas mis en rayon tout de suite, je voulais le lire avec toi d'abord !
Jack oublia soudain notre conversation et regarda le livre avec envie.
- C'est vrai ? Viens donc te joindre à nous alors ! On va le découvrir ensemble !
Elle ne se fit pas prier. S'installant entre Jack et moi, elle posa le livre devant Jack. Celui-ci protesta.
- Mais, vous n'allez rien voir ! Mets le au milieu !
- Au contraire ! Vas-y lis le nous. Tu n'as pas ton pareil pour lire les histoires ! C'est tellement… passionnant.
Elle papillonnait des cils pendant que je bouillonnais à l'intérieur. Elle avait raison, mais la façon dont elle l'avait dit m'énervais. De toute façon, à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche, je me retenais pour ne pas montrer ma colère. J'étais un peu jalouse, c'était vrai... Même si je ne l'aurai jamais avoué à Jack.
- Bon, si Nem est ok, je veux bien.
La bibliothécaire me fusilla du regard. Il était clair que si je disais non, je risquais gros. Je fis semblant de ne rien voir et souria à Jack en hochant la tête. Avec une délicatesse non dissimulée, Jack ouvrit le livre. Il se racla la gorge, et commença sa lecture :
« Cette histoire est véridique. Elle se déroule en 1719... »
Jack s'arrêta, les sourcils froncés.
- Pourquoi t'arrêtes-tu ? Demandais-je, étonnée.
- Il… il n'y a pas de suite… ce sont les seuls mots du livre. Me répondit-il en tournant furtivement les pages. En effet, elles étaient vierges.
Ravalant ma fierté, je me tourna vers Lucy et la questionna.
- Tu le savais ?
- Non, c'est étrange, ce matin le livre avait l'air complet, j'ai tourné les pages, pour voir un peu comment il était fait. Et je suis certaine d'avoir vu des écritures sur toutes les pages ! Il y avait même des illustrations !
- Étrange… vraiment très étrange… marmonna Jack.
- Hum…excusez moi ? Je cherche une bibliothécaire, mais je ne sais pas où elle est… pourriez-vous m'aider ? Nous interrompit une voix.
Nous nous retournâmes tous d'un coup. Un homme de taille moyenne se dressait devant nous. Il avait un regard doux, un sourire gêné, et quelques mèches brunes s'échappait de sa capuche. Mais il émanait quelque chose de différent… On le fixa, l'air ébahi, comme s'il venait de rentrer chez nous par intrusion (alors qu'il avait tout à fait le droit d'être ici). Lucy fut la première à réagir, et se leva en riant :
- Je suis désolée, c'est moi la bibliothécaire ! J'ai plutôt l'habitude d'être par ici le midi, puisqu'il y a moins de monde ! Que puis-je faire pour vous ?
Elle s'éloigna, suivi de l'homme.
- Lui, il est pas normal. Chuchotais-je à mon ami.
- Tu crois ? Il m'avait l'air plutôt normal, au contraire.
- Je te jure, il dégage quelque chose de différent de nous.
Jack fronça les sourcils. Il connaissait l'existence de mes« intuitions », qui se révélaient être souvent justes.
- Et tu penses qu'il est quoi, exactement ? Un voleur ? Me questionna t-il.
- Non, pas quoi mais qui. Je n'en suis pas certaine à cent pour cent, mais j'ai comme l'impression que ce n'est ni un loup-garou, ni un vampire.
- Alors, quoi ?
- Un Humain ? Proposais-je.
Les yeux de Jack doublèrent de volume. Je voyais bien qu'il se retenait de sourire.
- Quoi ? Sérieux ? Un vrai de vrai ? Un Humain ? Me chuchota t-il.
J'hochai la tête.
- Et il va bientôt se faire croquer, si quelqu'un découvre la vérité. Ajoutais-je.
- Je ne crois pas.
Étonnée, je me tourna vers mon ami.
- Comment ça ?
- Eh bien, déjà, pour venir ici, il a sûrement dû rencontrer quelques loups-garous. Et pourtant, le voilà. Qui sait ? Ça se trouve, cela fait longtemps qu'il vit par ici !
Je fais la moue. Comment cela aurait-il pu être possible ? Un Humain parmi tous ces loups-garous ? Franchement, j'avais dû mal à y croire.
- Écoute, de nous trois, tu es la seule qui est découvert que quelque chose clochait chez cet homme. Je ne sais pas si mon hypothèse est juste, mais il n'y a peut-être que les vampires qui peuvent découvrir l'identité d'une personne. Du moins, ce qu'elle est ou qui elle est. Et en sachant, qu'à notre connaissance tu es la seule vampire parmi nous, il est normal que personne ne se soit soucié de cet homme avant toi.
J'étais d'accord avec Jack. N'empêche que ça n'expliquait pas ce que faisait cet Humain ici.
- On fait quoi alors ? On ne va tout de même pas le laisser repartir, au risque que quelqu'un découvre sa réelle identité !
- On le retrouve et tu lui arraches les vers du nez ? Proposa Jack avec un sourire.
- Très drôle. Je ne lui arracherais pas les vers du nez. Mais je veux bien qu'on essaye de le retrouver et de lui parler pacifiquement. Okay ? Dis-je en insistant bien sur le mot pacifiquement.
- Okay, Vampire. Je te suis.
Je me levai et détecta l'odeur de son sang dans la plupart des rayons de la médiathèque. J'en informa Jack.
- Je crois que ça va être plus compliqué que prévu… son odeur est à peu près partout. Il a dû se promener un bon moment avant de nous trouver.
- Changement de plan, alors. Toi tu sens son sang, mais moi je sens son odeur générale. Elle est plus forte là où il est passé récemment. Suis moi.
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