Suivre
Chapitres
Partager
Couverture du roman Xancolie

Xancolie

Mai Novem semble être une lycéenne ordinaire, parfaitement intégrée parmi ses pairs. Pourtant, elle dissimule une vérité déchirante : une profonde détresse psychologique qui la consume. Entre le poids des secrets familiaux et son propre mal de vivre, l'adolescente oscille dangereusement au bord du néant. Hantée par une souffrance mentale invisible mais dévastatrice, elle fait face à un dilemme existentiel ultime : endurer ce calvaire ou mettre fin à ses jours.
Chapitres
Partager

Chapitre 3

Je n’ai jamais été très douée pour m’exprimer oralement. Je suis loin d’être loquace. J’ai donc pris l’initiative, pour mon anniversaire, de demander un carnet pour, bien évidemment, écrire dessus. Un carnet sans fioritures. Je ne souhaite pas que cela ressemble à un journal intime. C’est également pour m’entraîner à l’écriture puisque je souhaite devenir écrivaine, auteure ou femme de lettres si ces formulations sont préférables. Peut-être qu’un jour, je pourrais voir un de mes écrits publiés avec mon nom : Mai NOVEM, écrit en gras. Pour l’instant, ce n’est qu’un rêve que je miroite du haut de mes 14 ans, mais j’espère bien un jour y parvenir.

Je suis au collège en quatrième dans la classe germaniste. J’ai choisi cette langue en sixième, car je peux l’écrire, désormais, avec un peu de recul, je suis facilement influençable. Mon grand frère Michael a fait allemand dans sa jeunesse. Mon frère jumeau Hash lui fait Espagnol. Ma mère voulait être certaine que nous soyons dans des classes séparées pour que les professeurs ne soient pas tentés de nous comparer. Elle a lu ça dans un livre de psychologie. « Les jumeaux ne doivent pas être comparés, c’est mauvais pour le développement de leur personnalité », a-t-elle dit. J’imagine que cela nous sera bénéfique, après tout je ne voudrais pas que cela nous porte préjudice.

Je n’arrive plus à supporter mon collège, j’ai souvent l’impression d’être déphasée comparée aux autres. Je crois que j’aime faire des choses bizarres. Du moins, c’est ce que mon amie a dit. Cependant, je ne sais pas si je peux toujours continuer à la considérer comme une amie. Au début, elle était gentille avec moi, mais elle m’a trahie. Un coup bas que j’ai du mal à accepter. Elle a dit à tout le monde ce que je faisais. Pour moi, ça n’a rien de bizarre. J’aime jouer avec des compas. C’est tout ! J’aime bien les traces que la pointe en acier laisse sur ma peau. Le contraste du rouge avec ma peau pâle est assez agréable à voir. Quand elle l’a remarqué, elle m’a pris le poignet, l’a frotté comme si elle voulait faire disparaître les traces. J’ai trouvé ça gentil, mais après elle l’a dit à la classe. Maintenant je me sens mal à l’aise en cours comme si les autres m’observaient, peut-être veulent-ils me voir recommencer pour se moquer de moi. Je n’aime pas la sensation d’être jugée. Je n’aime définitivement pas ça.

Aujourd’hui, j’ai fait les magasins avec ma mère. J’ai de nouveaux vêtements, des hauts et des pantalons. Elle voulait m’acheter des jupes, mais je n’aime pas ça du moins pas sur moi. En primaire, j’étais un vrai garçon manqué comme le disait mon père. Je ne jouais qu’avec les garçons et j’aimais bien le sport. Je ne sais pas si cela fait de moi un vrai « garçon manqué » si nous admettons que cette expression ait réellement un sens. Aimer ce que la société définit comme étant pour les hommes. Cependant, j’étais toujours la première des filles choisies lorsqu’on faisait des équipes mixtes pour le cours d’EPS alors je ne vais pas m’en plaindre finalement. Cette époque me manque. L’époque de l’insouciance.

Je suis plutôt heureuse aujourd’hui, ça change d’habitude, j’ai réussi à avoir 17 en mathématiques. Le contrôle portait sur le théorème de Thalès. Peut-être que j’irai en filière scientifique au lycée. Bien sûr, je souhaiterais devenir auteure. Il serait plus logique d’aller en filière littéraire, mais j’adore les sciences. Je suis indécise, mais ma mère m’a dit qu’il me restait encore du temps pour y réfléchir. Ce qui est vrai. J’ai vraiment hâte d’être au lycée. Peut-être que mes nouveaux camarades de classe seront plus matures, du moins, je l’espère. Je dois tout de même avouer que quitter mes vraies amies du collège sera compliqué. J’ai vraiment du mal à me faire des amis, je suis trop « timide » selon mes parents, comparée à Hash qui a le contact facile.

Les choses vont mal à la maison. Les disputes sont quotidiennes dans ma famille. Ma mère dit souvent que je suis impertinente et que mon comportement frôle l’insolence. J’aimerais lui préciser que je ne fais pas ma crise d’adolescence. Elle serait sûrement en désaccord avec mon affirmation et préciserait que cela n’est qu’une phase. Elle ne comprend pas ce que je vis, ce que je ressens. Si seulement elle savait tout. Rectification, je préfère qu’elle ne sache rien. C’est mieux comme ça. Pour elle comme pour moi.

Ce que je souhaitais qu’il ne se produise pas est finalement arrivé. Bien évidemment, tout finit par se savoir ! J’aurais dû m’en douter. Ma mère est au courant. Elle sait tout. Elle sait pour les brûlures. On s’est disputées. Je ne sais pas pourquoi j’ai réagi comme ça ; je me suis allongée sur le sol et j’ai commencé à pleurer à chaudes larmes. Je n’arrivais plus à parler, mais elle m’a forcée à expliquer pourquoi il y avait des marques de brûlures sur mes bras. Ma respiration s’est coupée, comment pouvais-je lui dire que je m’étais infligé ça ? Je n’ai pas vraiment eu le choix finalement. Elle s’est assise à côté de moi – avec une voix plus calme – puis m’a demandé pourquoi je faisais cela. Pourquoi ? À vrai dire, je ne connais pas non plus la raison de mon acte. Ça me calme. Au début, je faisais brûler des objets, comme des stylos ou des bâtonnets de sucette. C’est en plastique alors ça fond. Je regardais seulement puis, le temps passant, je me suis demandé ce que ses pauvres objets ressentaient quand je les brûlais – même si je sais pertinemment que les objets n’ont pas de sentiments – alors j’ai posé délicatement le plastique en feu sur ma peau. Voilà comment c’est arrivé.

Ma mère m’a forcé à aller voir mon médecin traitant, elle dit assez souvent que celle-ci nous connaît d’avant notre naissance. C’est vrai, étant donné, elle a suivi le déroulement de la grossesse de ma mère. C’est une très gentille femme. Je l’apprécie, elle est attentive et à l’écoute c’est pour ça que j’ai accepté, mais l’envie n’y était pas. Après environ trente minutes dans son cabinet à implorer une autre solution, j’ai finalement cédé, je devrais désormais aller voir un psychologue. J’ai réussi à négocier six séances qui seront obligatoires, et pas une de plus, après je pourrais tout arrêter. Je ne comprends pas pourquoi je dois en voir un, je suis loin d’être folle après tout !

C’était le jour de la première séance avec la psychologue que ma mère a choisie. Elle a préféré que cela soit avec une femme, « tu seras sûrement moins sur la défensive », a-t-elle dit. Désolée, mais tu as eu tort. Je ne voulais vraiment pas y aller alors comment ne pas être sur mes gardes ? Elle a l’air gentille pourtant, mais je n’y arrive pas. Je n’aime pas parler de moi. La première phrase que j’ai prononcée c’était :

« Je ne suis pas folle ».

Elle m’a regardé avec étonnement et une pointe de tendresse et a simplement répondu :

« Mais voyons personne n’est fou ! Ce terme ne s’utilise plus depuis longtemps. Il est seulement employé par des profanes – j’étais contente je connaissais déjà ce mot – nous possédons un mal-être plus ou moins intense. C’est sûrement ton cas ».

Honnêtement, je ne savais pas quoi en penser, soit, elle était très douée et avait su déceler un mal-être qui, je pense, n’existe pas soit elle m’a jugée en une minute. Mais au vu de mes actions, cela pourrait lui sembler logique.

Voilà, la troisième séance est finie. Il y a une horloge au-dessus du siège de la psychologue et puisque je suis assise en face d’elle, j’arrive facilement à voir l’heure. Elle l’a remarqué, au bout de la septième fois, et m’a précisé qu’il ne restait que vingt minutes. Cela m’a mise mal à l’aise. C’était impoli de ma part. Je ne voulais pas qu’elle ait l’impression que je m’ennuyais, mais le temps passe si lentement lorsque l’on ne veut pas être là. Je le fais seulement et uniquement pour respecter le contrat que j’ai passé avec mon médecin. Rien de plus. Elle parle beaucoup, surtout d’elle, sûrement pour me mettre en confiance. Elle me complimente aussi, mais ça sonne faux. Elle dit que je suis jolie. C’est faux, je suis plutôt banale, cheveux noirs, yeux gris. Rien de spécial. J’espère que les séances seront bientôt finies.

Continuez à regarder !
L'histoire devient intense ! Passez sur l'application pour continuer la lecture
Débloquer tous les épisodes
Ouvrir le site officiel

Vous aimerez aussi

Couverture du roman Amour empoisonné, douce vengeance
7.8
Privée des fonds pour soigner son frère mourant, une jeune femme découvre la trahison d'Adrien. Ce milliardaire, qui simulait la pauvreté, l'a sacrifiée pour son premier amour lors d'un accident brutal avant de l'humilier sans pitié. Laissée pour morte, elle décide de simuler son trépas afin de savourer sa revanche. Soutenue par le pacte secret de son grand-père avec cinq puissants alliés, elle s'apprête désormais à épouser le pire ennemi d'Adrien pour le détruire.
Couverture du roman Amour, mensonges et un chien fatal
8.8
Après l'attaque brutale de sa mère par le chien d'Héloïse, une amie proche, le monde de l'héroïne s'effondre. Son fiancé milliardaire, Côme, affiche une indifférence glaçante, défendant l'animal avant de s'envoler pour un prétendu voyage d'affaires. Mais alors que sa mère succombe à ses blessures, la vérité éclate sur les réseaux sociaux : Côme s'affiche aux Maldives avec Héloïse. Face à cette trahison ignoble, elle réalise que son amour n'était qu'un tissu de mensonges.
Couverture du roman Broken angels: Tome I
9.7
Au cœur du prestigieux Upper East Side, le calme apparent dissimule une réalité brutale. Depuis plus de deux ans, Tyler Firestone endure un véritable enfer domestique, orchestré par sa compagne Alison Sanderson. Cette dernière prend un plaisir cruel à l'humilier et à le briser quotidiennement. Pris au piège de cette relation toxique et de cette emprise dévastatrice, Tyler parviendra-t-il à briser le silence pour dénoncer son statut de victime et retrouver enfin sa liberté ?
Couverture du roman Il m'a repoussé, maintenant il me traque
8.5
Après une vie d'obsession fatale pour sa tutrice Charlotte, le protagoniste renaît avec la ferme intention de se racheter. Pour la protéger, il tente de la rapprocher d'Hugo, ignorant que cet homme est un prédateur. Victime d'un complot orchestré par Hugo, il frôle la mort sous les yeux d'une Charlotte méprisante qui l'enferme au sous-sol. Réalisant enfin la vraie nature malveillante de son rival, il décide de ne plus sauver Charlotte de lui-même, mais de la libérer d'Hugo.
Couverture du roman L'Évasion de la Fille à la Cage Dorée
8.5
Simple sugar baby pour Alexandre Dubois, Ayla voit son monde basculer en découvrant sa liaison avec sa belle-sœur. Elle planifie alors sa fuite pour devenir scientifique loin de son emprise. Mais le milliardaire refuse de la perdre : il brise la carrière de son nouvel amant, Clément, et utilise la mère d'Ayla pour la salir publiquement. Coincée entre un mariage forcé et le regard brisé de Clément, Ayla doit agir. Elle ne veut plus fuir, mais détruire sa cage dorée.
Couverture du roman Liberté
8.0
Après avoir fui l'emprise de François, Liberté tente de se reconstruire. Une rencontre fortuite au supermarché avec Peter, un hockeyeur étranger fraîchement arrivé en ville, bouleverse son existence. Malgré une attirance réciproque, le traumatisme des violences passées et les menaces persistantes de son ex-compagnon hantent la jeune femme. Peter parviendra-t-il à concilier sa carrière sportive et son désir de protéger Liberté pour lui réapprendre à aimer en toute sécurité ?