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Couverture du roman Wild cats also fall in love

Wild cats also fall in love

Chuuya, un jeune musicien, vit une idylle clandestine avec Matt, son prétendu meilleur ami. Leur existence bascule violemment le jour où une lycéenne éconduite provoque une agression brutale, révélant leur secret à tous. Anéanti par ce drame, l'adolescent doit désormais se reconstruire au milieu des doutes. Pour surmonter ce traumatisme et affronter ses peurs, il se tourne vers sa passion. La musique devient alors son unique refuge pour guérir et réapprendre à avancer.
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Chapitre 3

Ils montèrent au premier étage. Gêné, Chuuya ne savait pas quoi dire face à son ami qui demeurait calme et plus silencieux que d’habitude. Matt entra le premier, saisit la guitare et s’assit en tailleur sur le sol. Il laissa ses doigts danser sur le manche, jouant avec aisance les arpèges d’une mélodie empreinte de mélancolie. Derrière lui, Chuuya déposa le plateau à même le sol et s’installa à côté de lui le dos appuyé sur le lit. Il prit un bol puis mangea sans un mot. La musique emplissait la pièce, transformant l’atmosphère à chaque note. Le portable de Chuuya vibra, brisant la douceur du moment. Il mit le récipient de côté et se leva pour saisir l’appareil qui tournait en rond sur le bureau. En voyant l’écran, il jeta un coup d’œil à Matt qui avait arrêté de s’exercer et avalait son dessert, perdu dans ses pensées.

— Ne te dérange pas pour moi ! Décroche.

— Je… Je reviens vite.

Il sortit de la chambre et ferma la porte derrière lui.

— Bonsoir Amber.

Il retourna quelques minutes après. Matt avait enfilé le casque et branché l’ampli pour continuer à jouer. Ils avaient les yeux clos. Ses doigts allaient d’une corde à l’autre et faisaient résonner des notes aussi profondes que claires. Chuuya l’observait, fasciné. Sans ouvrir les yeux, Matt l’appela :

— Pose-toi. Tu ne vas pas rester planté là.

Il avança et se rassit à la même place. Matt se mit à fredonner et Chuuya appuya sa tête sur le lit pour l’écouter. Le murmure de sa voix s’éteignit brusquement et ses doigts se figèrent sur les cordes.

— Hey… Qu’est-ce que tu penses des hommes qui en aiment d’autres ?

L’adolescent se redressa et dévisagea Matt, incrédule. Le casque encore sur ses oreilles, il ne quittait pas ses doigts posés sur la guitare des yeux. Chuuya se tourna légèrement vers lui et articula :

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Alors ?

— Si c’est par rapport à tout à l’heure, c’était juste… Je suis désolé…

— C’était quoi ?

— Je ne sais pas, mais ce n’était rien.

— Tu n’as pas répondu.

— Parce que ça n’a aucun sens bon sang !

— Que dirais-tu si je te disais que j’aime les hommes ?

— D’où elle sort cette question ? Ce n’était rien. On se connaît depuis toujours. Et là, tu me sors un truc pareil juste après que…

Sa phrase resta en suspens. Il appuya sur le bouton off de l’ampli, remit la guitare sur son support et retira le casque qu’il abandonna sur le lit. Le garçon leva enfin les yeux vers son ami recommença, cette fois-ci le regard plus assuré :

— Si je te disais que je t’aime ?

— Quoi ? Qu’est-ce que…

Un baiser étouffa les mots dans sa bouche. Les lèvres de Matt s’étaient posées sur les siennes. Le pouls de Chuuya s’accéléra. Il sentit le goût sucré des pêches et se laissa aller doucement à la sensation de leurs langues qui s’enlaçaient. Le temps parut s’arrêter. Un tourbillon emportait ses émotions quand Matt se recula pour rompre leur connexion :

— Alors ?

Son visage se crispa quand son regard dévia vers le seuil de la chambre. Chuuya tourna rapidement la tête et vit sa mère debout dans l’entrée un panier à linge dans les mains.

— Maman…

— Madame Matsunaga…

— Les garçons, qu’est-ce que…

— Pardonnez-moi.

Matt se précipita pour sortir. Il dévala les escaliers en quelques secondes. Chuuya, paralysé, entendit la porte d’entrée de la maison se fermer un instant plus tard. Le claquement sec le tira de sa torpeur et il se dressa à son tour sur ses jambes pour se lancer à sa poursuite quand il sentit Annie qui le retenait.

— Chuuya !

Le garçon s’arrêta et se retourna les poings serrés. Les yeux d’Annie étaient voilés par le trouble :

— Maman, s’il te plaît. Je dois y aller.

— Chuuya, est-ce que j’ai bien entendu ?

— Il faut que je le rattrape.

— Réponds-moi !

— Laisse-moi partir, je t’en prie.

— Réponds-moi d’abord ! cria-t-elle.

Surpris, le garçon scruta sa mère dont le visage affichait une émotion qu’il n’arrivait pas à saisir :

— Oui, tu as bien entendu.

— Et… Tu es sûr que tu veux y aller ? continua-t-elle la voix étranglée.

— Oui… Oui, maman, je suis certain.

— Très bien. Quand tu reviens, il faudra qu’on parle.

— Compris.

***

Les cours de l’après-midi avaient repris et Chuuya n’avait pas revu Matt depuis la bibliothèque. La dernière heure de cours tardant à s’achever, il avait du mal à se concentrer. Les yeux dans le vague, le lycéen griffonnait une partition sur son cahier quand un coup sec s’abattit sur son crâne. Quelques rires éclatèrent dans la salle et il leva la tête vers son professeur d’anglais qui venait de le taper avec son manuel.

— Nous ne sommes pas en cours de musique, monsieur Matsunaga. On a changé de page il y a déjà cinq minutes.

— Oui, pardon, monsieur Collins.

— Si tu veux que je t’excuse, continue à la page cinquante-trois, second paragraphe.

L’étudiant s’empressa d’ouvrir son livre au bon endroit et commença à lire à voix haute le passage indiqué par le vieil homme.

— Très bien, qui peut me traduire…

Il n’écoutait déjà plus le professeur. La sonnerie retentit avant qu’un élève n’ait répondu à la question.

— Vous allez me finir cette question et me faire une version du texte…

Les lycéens s’agitaient, obligeant l’enseignant à hausser le ton. Agacé, l’homme cria par-dessus la cacophonie pour donner ses consignes. L’adolescent rangea ses affaires et entendit derrière lui quelqu’un l’appeler :

— Tu t’en vas déjà ?

— J’ai un truc à faire ! Tu m’enverras les exos, s’il te plaît ?

— Pas de problème, tu les auras tout à l’heure.

— Merci ! dit-il en bondissant vers la sortie.

Il se mit à courir dans les couloirs, mais une voix l’interpella.

— Matsunaga, on n’est pas sur un stade ! Si vous voulez vraiment vous dépenser, je peux vous donner des tours de piste à faire en guise d’heure de colle !

— Non, monsieur. Ça ira, répondit-il en stoppant net.

Il continua en marchant jusqu’à la salle où Matt avait sa dernière heure de cours. Le jeune homme vérifia à l’intérieur et balaya la pièce du regard sans voir celui qu’il recherchait. Quelques élèves rangeaient leurs affaires en discutant tranquillement.

— Donovan est déjà parti.

Il baissa la tête vers la table collée près de la porte et se retrouva nez à nez avec Briannah encore assise qui recopiait les devoirs inscrits sur le tableau.

— Vraiment ?

— Oui.

— Merci. À plus.

Il tourna les talons et prit la direction de la sortie du lycée. Fouillant à l’aveugle dans son sac, il finit par mettre la main sur son téléphone portable dont il déverrouilla l’écran avant de passer un appel. Il entendit une sonnerie derrière lui et vit Matt lui faire signe, appuyé sur un arbre de la cour. Chuuya raccrocha et avança vers lui.

— Tu allais tellement vite je n’ai pas eu le temps de t’appeler.

— J’avais peur que tu sois parti.

— Je suis sorti juste après la cloche. Ah, j’ai décalé la répétition avec les gars à demain donc on peut aller chez toi directement. Quoi ?

Il se tenait face à Matt, les mains enfoncées dans les poches de son manteau. Ses lèvres entrouvertes laissaient échapper un nuage de vapeur à chaque expiration. Il entraîna Matt derrière l’arbre à l’abri du flot d’élèves qui se ruaient vers la sortie et appuya son front sur son épaule :

— Mec, qu’est-ce que tu fais ?

— Il n’y a que toi, tu sais ?

Matt glissa sa main dans ses cheveux défaits en profitant de l’agitation de leurs camarades qui s’engouffraient dans le portail. Chuuya déposa un baiser dans le creux de son cou. Près de la grille d’entrée, Briannah qui avait tourné la tête en apercevant Chuuya détourna les yeux et poursuivit son chemin.

Le buste de Matt se soulevait et s’abaissait doucement faisant monter et descendre le bras de Chuuya posé en travers. Le soir était tombé depuis longtemps même si l’horloge affichait à peine six heures et malgré les fenêtres et les rideaux fermés, ils pouvaient entendre le bruit des voisins qui rentraient chez eux les uns après les autres.

— Ta mère va bientôt finir son service, tu devrais te lever.

— Hm… grogna Chuuya, pas avant neuf heures ce soir, je peux me reposer.

— Et ton père ?

— Pareil, je pense. Mais il y a toujours des urgences en général. Laisse-moi dormir.

— Sérieux, bouge ! Je dois rentrer.

— Tu m’as épuisé, assumes maintenant.

— Tu as fait ça tout seul ! Pousse-toi.

— Non et tu restes là toi aussi.

— Lâche-moi ! Sors, tu pèses une tonne.

Le jeune homme le maintenait sur le lit de tout son poids. Ses cheveux longs retombaient de part et d’autre de son visage. Il avait gagné en force depuis qu’il s’était mis à la boxe. Son torse large et ses muscles légèrement dessinés dominaient Matt qui essayait en vain de se dégager. Son sourire s’agrandit quand il sentit les hanches de Chuuya s’appuyer contre les siennes.

— Hm… Tu n’as plus sommeil ?

— Non plus du tout, répondit-il en l’embrassant.

La journée s’était écoulée lentement et la dernière heure avait été particulièrement calme après que le professeur de mathématiques a collé tous ceux qui avaient oublié leur cahier d’exercices. Finalement, la classe entière a écopé d’une heure de retenue à faire immédiatement. Chuuya qui avait plaidé sa cause en montrant ses devoirs faits n’avait rien pu faire pour y réchapper. L’humeur des élèves était des plus sombres, à l’opposé de celle de l’enseignant qui avait définitivement maté l’esprit post-vacances traînant en dépit de la reprise des cours il y a une semaine déjà. La sonnerie finit par retentir et l’homme annonça tout de suite la couleur :

— Je vais prévenir la vie scolaire que vous êtes tous sanctionnés, vous avez cinq minutes de pause. Profitez-en pour noter toutes les questions que vous avez sur la leçon d’aujourd’hui nous allons faire des exercices pratiques.

— Pfff !

— Ouais, c’est ça !

— C’est injuste !

— Et en silence ! prévient le professeur, irrité. Gardez vos réflexions pour vous, vous n’aviez qu’à travailler.

Dehors, les élèves des autres classes jetaient des coups d’œil curieux et moqueurs. Matt qui passait devant la salle s’arrêta et fit signe à Chuuya qui se leva pour lui parler.

— C’est la merde ! J’ai une heure de colle !

— Sérieux ? Qu’est-ce qu’il y a ?

— Plus de la moitié de la classe n’avait pas fait ses exercices, le prof nous a tous punis.

Il resta un moment impassible et éclata de rire en se tenant le ventre. Vexé, Chuuya l’attrapa et mima une clé de bras pour l’immobiliser.

— J’arrête, lâche-moi. Tu veux que je t’attende ? ajouta-t-il en se calmant.

— Ça va te faire patienter une heure entière.

— T’inquiète c’est cool. Je retrouve les gars à dix-huit heures de toute façon.

— Bon, c’est d’accord alors.

— Monsieur Matsunaga, rentrez tout de suite si vous ne souhaitez pas une heure de plus, grinça le professeur en passant à sa hauteur.

— Oui !

Il fila s’asseoir et laissa Matt qui avait recommencé à rire en se dirigeant vers la bibliothèque. L’heure s’écoula plus vite qu’il ne l’avait imaginé. Les perturbateurs, qui d’habitude s’amusent à jouer au plus fin, faisaient profil bas et toute la classe avait finalement participé. Le directeur était venu brièvement durant les dernières minutes pour prévenir que la prochaine fois, les élèves pris en faute auraient un avertissement et seraient de corvée de nettoyage du gymnase pendant une semaine. Debout les bras croisés derrière lui, le professeur jubilait de plaisir.

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