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Couverture du roman Voyou et la loi du plus fort

Voyou et la loi du plus fort

Unis par un lien indéfectible depuis l'enfance, deux êtres parcourent les chemins de la vie dans une harmonie parfaite. Au-delà des mots, leur complicité s'exprime par des regards empreints de tendresse et une confiance absolue. Cette amitié profonde, pure et sans artifice, évolue vers un sentiment plus intense où chaque geste devient une déclaration silencieuse. Découvrez un récit touchant sur la force des âmes sœurs et l'élégance d'un amour qui n'a pas besoin de s'énoncer.
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Chapitre 3

À l’affût de la moindre parole sortant de la bouche de son bègue d’ami, Gréco houspilla Samir rudement, jusqu’à être agacé par sa mine réjouie. Las d’en attendre un seul mot, il lâcha le bonhomme pour rejoindre à grands pas l’endroit du mur indiqué par l’index du jeune homme lui montrant des traces de sang sur le mur. La façade de ce bâtiment, vieux de quelques années à peine, était couverte de tags de toutes sortes, de chaque côté, ainsi que largement au-dessus d’un trou béant faisant office d’entrée principale. Décoratifs et de couleurs, certains se noyaient sous un flot d’autres graffitis incisifs et noirs ceux-là, dissuasifs, déversant les rancœurs de ce quartier en perpétuelle révolte. Accroupi près de ses amis, Gréco s’empressa d’observer ce que Samir venait de découvrir. Ce qu’il en déduisit lui fit afficher un sourire de satisfaction, en effet, en relief sur un des bas-côtés du mur, une tache visqueuse, assez étendue, d’un rouge sombre et que l’on ne pouvait confondre avec de la peinture s’offrait à son regard scrutateur. Il palpa aussitôt entre ses doigts ce sang qui maculait cet endroit du mur et le sol de gouttelettes éparses se dirigeant vers les étages. Le cri d’approbation qu’il lança à la face de ses amis fut d’une telle puissance qu’ils en tombèrent le cul par terre. Gréco se précipita dans l’immeuble donnant libre cours à sa joie intempestive. Il ne faisait plus aucun doute pour lui que ce brave toutou, dont il n’avait jamais douté, était passé par là et l’attendait sagement devant la porte. Il gravit les marches quatre à quatre afin d’y retrouver son chien. Samir et Allan en firent tout autant sans José qui, intrigué, suivait une à une les traces de sang menant à l’extérieur et laissées par l’animal. Quelques-unes de ces taches se dirigeaient vers le hall de l’entrée, pour probablement finir au quatrième étage comme il s’y attendait, tandis que d’autres, à distance inégale et plus fraîches celles-ci, ressortaient côté opposé, pour suivre le chemin inverse. Il n’eut pas à attendre bien longtemps avant d’entendre les hurlements de Gréco dévalant l’escalier plus vite qu’il ne l’avait monté. À la tête qu’il faisait, il comprenait qu’il avait raison de penser que le « brave toutou », las d’attendre, avait fugué pour voir ailleurs s’ils y étaient, ou qui sait, mourir tout simplement dans une lente agonie. L’état pitoyable dans lequel il se trouvait et vue la masse de sang perdue depuis les combats, sans soins immédiats, il ne faisait aucun doute qu’il soit mort. Cette race d’animaux, combattants sans fin, prisonniers de la cruauté des hommes, gravement blessés, sans soins immédiats, n’avait aucune chance de rester en vie bien longtemps, et pour José, le doute n’existait plus dans son esprit. L’amitié qu’il portait à Gréco était sacrée mais son attachement à Voyou, s’il ne datait pas d’aujourd’hui, s’avérait si fort chaque jour qu’il se reprochait bien souvent sa lâcheté, car l’animal était un être exceptionnel à ses yeux. Comme le lui rappelait son impétueux ami, « ce n’est qu’un chien après tout, et un chien de combat ne fait guère de sentiment, nous non plus... OK ! ». Sans doute avait-il raison mais cette vérité-là n’était pas la sienne et Voyou avait quelque chose dans le regard qui avait touché sa sensibilité mais José n’avait plus jamais parlé ainsi de Voyou à Gréco. Celui-ci se trouvait à présent dans la rue, plus vindicatif que jamais à suivre les traces laissées par le chien. La bête devait souffrir mais qu’importait, il vociférait, admonestant les voisins comme les passants ébahis en les agressant plus sûrement qu’il ne les suppliait de n’avoir pas su s’occuper de l’animal blessé. José demeura impassible face à cet être véritablement désaxé, n’ayant jamais atteint un tel paroxysme de haine, de violence et de douleur à la fois. Il en fut si indigné qu’il préféra laisser ses compères continuer sans lui cette démonstration de force. Témoin depuis toujours des humeurs fantasques de son ami, il décida dès cet instant de mettre de la distance entre eux et lui, pour un temps du moins. L’état d’esprit dans lequel il se trouvait ce matin lui ôta tout regret concernant le coup asséné à Gréco et, en y repensant, elle lui procurait même une certaine satisfaction tandis qu’il s’éloignait en pensant à Voyou. Les bruits de la rue ne l’empêchaient nullement de se souvenir de cette nuit et de toutes les autres avant elle où il assistait sans y prendre goût aux massacres de chiens. Lié à Gréco par des années d’obligations ou autres services rendus, il subissait sans broncher son emprise grandissante, le privant le plus souvent de l’unique argument qu’il possédait depuis toujours ; sa conscience. Combien de fois le sablier de sa petite existence a-t-il offert de temps à cet irresponsable donneur de leçons, convaincu de sa raison ? Parmi ses admirateurs, séduits par sa beauté sauvage et son corps d’athlète, nombreux furent ceux qu’il dupa dans ce quartier où l’apparence domine. Aussi, personne jamais, encore moins lui José, n’osa mettre en doute son talent de hâbleur ni la pertinence de ses propos lorsque le besoin s’en faisait sentir, était-ce de l’appréhension ou de la peur ? Sa suffisance ne vint que bien plus tard, lorsque la soumission de certains à sa volonté, opprimés ou non, firent corps avec son altière personne, grandissant son image, pour en faire un chef de bande, Gréco avait bien changé. Devenu le pivot de ce petit monde d’indisciplinés, il attira sur lui les feux de la rampe de cette petite banlieue, jusqu’à, peu à peu, faire le tri dans le rang de ses admirateurs. Les souvenirs de ses débuts parmi eux troublaient José, longtemps assujetti aux dures lois de la rue, le minus qu’il était aux yeux de tous, devint avec fierté le cadet d’un Gréco ambitieux. Celui-ci sachant manier son monde, se vit aussitôt promu au grade de « couillon » de service auprès de cet homme d’influence, pour le rester jusqu’à ce jour. Il n’en alla pas de même pour la bande qui, à force de conflits d’ambition et autres prises de position de certains à refuser son autorité, explosa pour se reformer ailleurs laissant à leur dévouement les incorruptibles Samir, Allan ou bien José. Les amis d’autrefois devinrent donc les farouches adversaires d’aujourd’hui qui las de se faire la guerre, trouvèrent le moyen de se battre afin de conquérir cet espace déserté de la ville par les autorités. Ce fut Gréco le précurseur de ces combats entre pitbulls, les idées ne manquant pas chez lui pour donner du piment à sa vie, tout en empochant de l’argent facile, les autres n’avaient qu’à suivre bien entendu. Le cadet José s’en voulait de n’avoir pas envoyé tout balader plus tôt, et il n’était même pas sûr à cette heure de laisser tomber son copain, malgré le peu d’atomes crochus, restant entre eux. Vingt-quatre heures réparatrices dans le giron familial qui devait le croire mort à cette heure et il y verrait plus clair : pour le moment, l’épuisement prenait le pas sur son raisonnement, il lui fallait dormir... dormir. Indolent comme à son habitude, il marcha d’un pas effacé vers la petite maison qu’il occupait avec sa mère ! Une maisonnette plutôt située à quelques kilomètres de la ville. Le soleil déjà haut dans le ciel et la foule tout autour lui donnait le vertige, les véhicules sur les grandes artères aussi. Son trouble était tel durant quelques secondes, qu’il sentit poindre en lui un profond désarroi, une indicible sensation le faisant frissonner jusqu’à provoquer le malaise. Mettant cela sur le compte des vapeurs de l’alcool et sans s’en inquiéter davantage, il choisit néanmoins de faire une halte sur un des bancs publics offerts au repos du promeneur. Peu enclin à affronter la colère de sa mère dans l’état où il se trouvait, il décida sagement de prendre une option sur son manque de sommeil. Allongé inconfortablement sur le dos, la casquette à visière posée sur le nez, il se glissa lentement dans les bras de Morphée, offrant à l’existence ses tracasseries et autres spéculations malsaines. Le manège de la vie n’en finissant pas de tourner tout autour de ce parc sans que la moindre parcelle de son corps frémisse, il s’endormit enfin, profondément. Ce fut à elle seule cette impression évanescente qui contraignit son être à émerger de son sommeil. Un frôlement d’abord, telle une caresse suscitant son imagination et qu’il prend pour un rêve en essayant de le chasser en dodelinant doucement. Sa lassitude est pesante sur son corps endolori, aussi se tourne-t-il lentement sur le côté tout en geignant, laissant son être abuser encore de ce repos compensatoire. Le corps replié sur lui-même malgré la dureté du siège, il s’abandonne délicatement sur ce qu’il croit être un songe, le bras ballant retombant mollement sur le gazon. Séduit par les rayons du soleil apaisant sa solitude, il n’oppose nulle résistance à ce nouvel endormissement.

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