Couverture du roman Vivants

Vivants

8.9 / 10.0
Sous une lune d'août voilée, Drago Malefoy et Hermione Granger pleurent leur détresse en secret. De retour à Poudlard après une guerre dévastatrice, leurs destins s'entremêlent face à l'imprévisible : le deuil d'un père, une identité usurpée, l'arrivée d'un nouveau-né et un mariage forcé. Entre traumatismes profonds et rapprochement inattendu, ces deux âmes brisées cherchent la lumière. Car là où l'amour finit par naître, l'obscurité ne peut plus jamais triompher.

Vivants Chapitre 1

Il pleura. Elle pleura.

Séparés par des centaines de kilomètres, ils étaient tous les deux recroquevillés sur eux-mêmes, pleurant à chaudes larmes.

La nuit était noire, presque aucune étoile n'était visible dans le ciel, recouvert de sombres nuages. C'était la pleine Lune, la première du mois d'août.

Seule la Lune permettait à Drago d'apercevoir le grand portail de son manoir, à travers la fenêtre de sa chambre. Voilà dix minutes qu'il se tenait là, le regard perdu dans la nuit. Dix minutes qu'il s'était réveillé d'un de ses fréquents cauchemars. Trois mois que la guerre était terminée, trois mois qu'il faisait ces cauchemars presque toutes les nuits. Ses yeux, habituellement d'un bleu profond tendant à l'argenté, n'étaient plus que des halos gris que l'on aurait pu croire éteints. D'imposants cernes, presque violets, soulignaient ses yeux. Son visage que l'on pouvait auparavant comparer à celui d'un ange, semblait dévasté par ces incessantes nuits d'insomnie. Il semblait mourir à petit feu, de l'intérieur.

Des larmes coulaient le long de ses joues pâles. Il pleurait. Sans exprimer le moindre sanglot, seulement des larmes qu'il semblait avoir retenues depuis bien trop longtemps. Il explosait enfin, toutes les émotions qu'il s'efforçait de dissimuler explosaient enfin, en larmes silencieuses.

Il se remémorait chacune de ses souffrances, toutes les peines, qu'il n'avait jamais exprimées. Chacun de ses cauchemars – sans exception – lui rappelait l'horreur qu'il avait vécue, mais aussi l'horreur qu'il avait été. Chacun de ces souvenirs le hantait la nuit. La guerre, son père, le Seigneur des ténèbres, les Mangemorts, ses choix, sa famille. Sa vie. Il se réveillait, chaque fois, en sueur, paniqué à l'idée de revivre tout cela, que la fin de la guerre ne soit qu'un rêve, qu'une mauvaise blague, qu'une illusion.

Au fond de lui, il savait que tout était fini, mais il était toujours hanté par tout ce qui l'entourait. Il vivait toujours dans le manoir où Lord Voldemort avait passé les deux dernières années. Celui où il avait vécu les pires moments de sa vie. L'endroit qui lui rappelait chacune de ses souffrances.

Voilà deux mois que son père avait été envoyé à Azkaban, la prison des sorciers, qui regroupait désormais les mages noirs restés vivants après la guerre. Il n'avait pas voulu assister au procès de son père, contrairement à sa mère. Il savait qu'il n'aurait pas résisté à l'envie de lui faire du mal. C'était trop dur, il lui en voulait trop.

Drago et Narcissa avaient été amnistiés, contrairement à leur père et mari. En effet, ils avaient été reconnus innocents, considérés comme ayant été menacés et poussés à bout par Lucius Malefoy, puis forcés à devenir des Mangemorts par le Seigneur des Ténèbres. Depuis, sa mère et lui restaient enfermés dans leur manoir, sans jamais en sortir.

Tout était silencieux, comme si tout était mort. Sa mère était dévastée, tout autant que lui. Elle aussi avait souffert des violences du Seigneur des Ténèbres, et de celles de son mari. Après tout, elle vivait avec Lucius Malefoy depuis bien plus longtemps que son fils. Elle avait donc subi d'autant plus de maltraitances. Elle en avait été détruite.

Ils vivaient chacun de leur côté. Drago restait la plupart du temps enfermé dans sa grande chambre et ne sortait que pour les repas. Cependant, même au cours de ces derniers, aucun son ne quittait les lèvres de l'un ou de l'autre. Combien de temps cela faisait-il qu'il n'avait pas entendu la voix de sa propre mère ? Il n'en avait aucune idée.

Pourtant, Drago savait qu'il ne valait pas beaucoup mieux que sa mère, à ce moment-là. Les seuls sons qui sortaient de sa bouche, étaient ceux de ses cauchemars. Des cris, des sanglots, des plaintes. De la terreur.

Pour la première fois depuis la fin de la guerre, il avait réussi à pleurer. À cet instant, bien que terrible, il se sentait libéré. Il se sentait mieux. Toutes ces émotions, retenues pendant si longtemps, s'étaient enfin échappées. Un poids venait de quitter ses épaules.

Après ces quelques instants de délivrance, il retourna s'asseoir sur son lit, les coudes sur ses genoux, la tête au creux de ses mains. Il essuya ses dernières larmes, puis se recoucha, bien moins hanté par ses horribles pensées.

oOo

Voilà deux heures qu'elle était recroquevillée dans son lit. Une lettre dans une main, l'autre séchant les larmes incessantes qui coulaient le long de ses joues rebondies. Hermione Granger pleurait à chaudes larmes.

Au bout d'un certain temps, la jeune femme se calma. Elle essuya ses dernières larmes et se releva de son lit. Elle venait de lire pour la dixième fois la lettre qu'elle avait trouvée dans les affaires laissées par les Granger, avant qu'ils ne quittent le pays. Elle avait explosé en sanglots à la fin de celle-ci, ravagée par ce qu'elle venait d'apprendre.

" Ma belle Hermione,

Je ne sais pas quand tu pourras lire cette lettre, mais sache, avant de la lire, que je suis désolée, pour tout. Pardonne-moi, je t'en prie.

Je t'écris cette lettre quelques jours avant ta naissance, le 28 juillet 1980. Quelques jours me séparent de notre rencontre, et je n'ai qu'une hâte : pouvoir enfin te regarder. Bien sûr, je sais qu'en lisant mes mots, tu ne comprends pas. Dans ta tête, tu es née bien avant, mais non. Je sais que cette révélation peut te paraître invraisemblable, mais je t'en prie, laisse-moi tout t'expliquer.

Cela fait quelques années que Voldemort, se faisant appeler le Seigneur des Ténèbres, est apparu et sème la terreur. Je ne sais pas si lorsque tu lis cette lettre, tu sais ou non qui il est, mais crois-moi, cet homme, ou plutôt ce monstre, ce mage noir, nous terrorise tous. Ton père et moi faisons partie d'un groupe de résistance appelé l'Ordre du Phénix, depuis plusieurs années maintenant. Avec les autres membres, nous nous battons nuit et jour pour combattre ce monstre.

Mais depuis quelque temps, il nous poursuit. Il a eu connaissance d'une prophétie nous concernant. Enfin plus particulièrement ton frère et toi. Celle d'un garçon et d'une fille, nés à la fin de juillet, qui mettraient fin au pouvoir de Lord Voldemort. Cependant, heureusement ou malheureusement, il n'a conscience que de la partie concernant le garçon. Ce garçon se trouve dans mon ventre, à côté de toi. Encore une fois, pardonne-moi, ma chère fille, que j'aime tant, pardonne-moi de t'apprendre tout cela, d'une telle façon. Ton frère est recherché, ainsi ton père, toi et moi le sommes aussi.

L'Ordre du Phénix étant au courant de tout cela, nous a fortement conseillé de prendre, à mon sens, la décision la plus difficile de ma vie : celle de me séparer de toi, de te séparer de ta famille, de te séparer de ton frère. Hermione, si tu savais comme je m'en veux d'avoir à te dire tout cela. J'aurais tant aimé t'avoir à mes côtés pour toujours. Mais pour ta survie et la survie de tous, nous n'avons pas le choix.

Tu dois te demander pourquoi toi et pas ton frère, laisse-moi t'éclairer. Le Seigneur des Ténèbres n'est au courant que de la naissance de ton frère, ainsi, en vous séparant, en le gardant avec nous et en le cachant du mieux que nous pouvons, nous pouvons assurer sa survie, mais aussi la tienne. En effet, en t'éloignant le plus possible, nous garantissons ta survie et ne te mettons pas en danger, ni le fait que tu puisses un jour, avec ton frère, mettre fin aux Ténèbres qui nous entourent. Sirius et Severus ont d'ailleurs été les premiers à nous encourager à cela. Sirius étant le parrain de Harry et Severus le tien.

Je ne te demande pas d'accepter ma décision, car je sais que ce serait trop dur, mais comprends-moi, comprends-nous. Tout ce que nous voulons, c'est votre bien, à ton frère et toi. Ainsi, lorsque tu naîtras, je te confierai à mes amis moldus les plus proches : les Granger. Jean est comme une sœur pour moi, j'ai passé mon enfance à ses côtés, et je connais assez bien Alrick pour savoir qu'il est d'une extrême bonté. Je sais qu'ils feront de merveilleux et aimants parents pour toi.

Je t'en prie, ne m'en veux pas, pardonne-moi ma douce et tendre fille. Harry et toi allez naître d'ici quelques jours et votre père et moi vous aimons déjà plus que tout. J'espère de tout cœur que tu rencontreras un jour ton frère, que vous vous retrouverez, et que vous pourrez tous nous sauver. J'espère tant pouvoir un jour te voir grandir, voir à quel point tu deviendras belle et forte.

Ma fille, je t'aime,

Jamais je ne t'oublierais, je t'aime trop pour cela,

Je t'embrasse et te souhaite de tout cœur d'être heureuse.

Ta mère, Lily."

Deux heures qu'elle était au courant, deux heures qu'elle ne cessait de pleurer.

Toute sa vie n'avait été qu'un mensonge. Ses parents, les Granger, ceux chez qui elle avait vécu toute sa vie et qu'elle considérait comme ses parents, n'étaient pas ses parents biologiques. Elle avait vécu toute sa vie dans l'ignorance de sa véritable identité.

Et Harry... Son frère. Elle l'avait toujours considéré comme tel, mais c'était donc réellement le cas depuis le début ? Était-il au courant ? Depuis tout ce temps ? Elle n'en savait rien, elle ne savait plus quoi ressentir. Si elle devait être heureuse d'avoir un frère qu'elle aimait, si elle devait être en colère de n'avoir jamais rien su, si elle devait en vouloir aux Granger, à Lily et James ?

Elle était passée par chacune de ces émotions, mais à l'instant présent, plus aucune d'elles ne dominait. Hermione se sentait vide.

L'Ordre du Phénix était aussi au courant, mais personne ne lui avait jamais rien dit. Même pas Severus Rogue, son parrain. Elle n'en revenait pas. Elle avait été gardée dans l'ignorance pendant tant d'années, fréquentant tant de personnes qui savaient, depuis tout ce temps. Pourtant elle n'avait jamais rien su, ni soupçonné. Hermione se sentait impuissante, idiote, et en colère contre tout le monde.

Cela faisait un mois qu'elle vivait dans l'ancienne maison des Granger et elle n'avait revu personne depuis. Elle ne voulait revoir personne. La jeune femme avait reçu des dizaines de lettres de tous ses proches, mais ne donnait aucune nouvelle. Hermione avait voulu s'éloigner de tous, pendant quelque temps, afin de se remettre des traumatismes de la Bataille. Elle n'avait prévenu aucun de ses amis et avait préféré quitter le Terrier pendant la nuit, sans dire au revoir. Cela aurait été trop dur, elle ne voulait pas avoir à leur expliquer.

Elle faisait aussi de nombreux cauchemars, trop nombreux. Elle dormait peu, mangeait peu, sortait peu. Pourtant, elle se sentait retrouver petit à petit ce qu'elle avait perdu pendant la guerre. Son humanité, sa force, sa joie. Sa vie. Elle reprenait des forces doucement, mais sûrement.

Elle était partie une semaine après la cérémonie d'enterrement et de commémoration de la Grande Guerre. Cela avait été horrible. Tous ces noms, cités un par un par le nouveau Ministre de la Magie, Kingsley Shacklebolt.

Fred Weasley, Nymphadora Tonks, Remus Lupin, Lavande Brown, Colin Crivey, Albus Dumbledore, Sirius Black, Cédric Diggory, Alastor Maugrey, Dobby, Rufus Scrimgeour...

La liste était trop longue. La cérémonie avait duré toute une journée, durant laquelle Hermione n'avait cessé de pleurer, comme tous ceux autour d'elle. Elle avait alors pris la décision de rentrer, de partir loin de toute cette souffrance. Elle aimait tous ceux avec qui elle vivait, mais elle ressentait le besoin de se retrouver seule, de faire le vide, de se retrouver.

Après avoir longuement réfléchi suite à la découverte de cette lettre, Hermione se dirigea dans sa salle de bain, pour prendre une douche. Elle avait besoin de se ressourcer. Elle se demandait si elle devait contacter Harry pour lui raconter tout ce qu'elle avait découvert. Elle ne savait même pas s'il était au courant. Elle choisit d'attendre le lendemain, afin de prendre une décision, n'étant pas en état de réfléchir correctement.

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