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Couverture du roman Vibrations clandestines

Vibrations clandestines

Zarek, un extraterrestre aux traits mayas connu sous le nom de Diego, débarque dans le sud de la France. Sa mission : localiser son compatriote Moïse. Toutefois, ce dernier sombre dans une folie meurtrière, transformant cette traque en un défi mortel. Accompagné de Natacha, une jeune voyante, Zarek devra affronter des périls imprévus. Entre secrets d'État et manipulations, il tente de découvrir le véritable projet des Anciens de Juma derrière l'exil de Moïse sur Terre.
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Chapitre 3

Les trois Anciens, comme on les nomme sur Juma, se dévisagent, pensifs. Ce sont eux les instigateurs de la mission. Ils continuent de se poser des questions quant au bien-fondé d’avoir envoyé Ismak (Moïse) sur Terre. D’autant plus que cet homme d’une trentaine d’années, Jumarien « pure souche » n’avait encore jamais eu l’occasion de « sortir » de leur système solaire. Bien sûr, cela concordait avec la raison officielle qu’ils avaient fournie à la population de Juma : envoyer quelqu’un vierge de toute image préconçue de la planète Terre pour tester ses facultés d’adaptation dans un milieu étranger. Mais en réalité, s’ils avaient choisi Ismak, c’était pour une tout autre raison, assez obscure et que seuls ces trois hommes connaissent. Il faut dire que l’homme qu’ils avaient désigné leur donnait du grain à moudre. Il faisait partie d’une minorité de Jumariens qu’ils étudiaient depuis pas mal de temps et qui leur causait du souci. Heureusement, la petite pilule bleue qu’ils lui faisaient avaler quotidiennement, comme à tous les habitants de Juma, empêchait son caractère particulier de prendre une tournure quelque peu excessive.

En fait, Jumariens et Jumayens sont drogués à leur insu. D’où leur apparente apathie, l’inexistence de leurs émotions. En fait, les seules personnes, pouvant vivre naturellement sans qu’une parcelle de leur esprit soit bridée perpétuellement, sont les Anciens dont Liko, Arzak et Kozna font partie. Tout est dirigé par eux, ils établissent les règles de la société communautaire et ont la main mise sur toute la planète. Aussi, sont-ils curieux de savoir de quelle manière va réagir Moïse au contact d’une civilisation « débridée ».

— Et si nous nous exercions un peu à parler ? lance Kozna d’une voix éraillée, à peine audible.

Les autres le regardent, interdits.

— Oui, je trouve que nous n’utilisons pas assez ce moyen de communication, nous devons nous servir de nos cordes vocales plus souvent, faute de quoi, un jour, il ne nous sera plus possible d’émettre un seul son. En plus, dans un futur proche, il se peut que nous en ayons besoin.

Les quatre autres n’ont pas l’air d’être d’accord avec lui.

— Et pourquoi donc ? demande Arzack qui s’est efforcé de poser la question à haute voix.

— Parce qu’il se peut que nous ayons à faire un petit voyage, répond Kozna qui se félicite intérieurement d’avoir eu l’idée d’ôter les pilules bleues du bagage de Moïse.

Moïse est complètement déboussolé, il pensait pourtant être libre sans son capteur/émetteur d’ondes vibratoires mais c’est loin d’être le cas. Au contraire, depuis qu’il s’en est débarrassé, il se sent perdu.

— Je n’arriverai jamais à le récupérer, se dit-il piteusement

Le petit appareil revêtait le même aspect qu’une montre. Il lui avait donc suffi de le détacher pour s’en débarrasser. Puis, il l’avait tout simplement jeté dans une poubelle de son quartier.

Moïse était arrivé un an plus tôt par une belle nuit d’été. Grâce au système supraluminique mis au point par les scientifiques de Juma, son vaisseau, muni d’un générateur d’hyper propulsion, avait permis à lui et un autre passager de rejoindre la planète Terre en utilisant l’hyperespace, en deux jours seulement. À peine Moïse déposé sur Terre, l’autre passager avait réenclenché la procédure pour retourner sur Juma. Moïse s’était retrouvé seul, dans un champ, près d’une grande ville dans le sud de la France. Heureusement, la mission avait bien été préparée au préalable sur Juma. Pendant trois années, il avait étudié les langues, le mode de vie et même les religions Terriennes. En plus, muni de son capteur/émetteur d’ondes vibratoires, il pouvait être localisé depuis Juma et, en appuyant sur un petit bouton intégré au système de l’appareil, il lui était même possible d’envoyer un message codé aux Jumariens, un message qui serait, en quelque sorte, téléporté sur sa planète. En repensant à tout cela, il se maudit de l’avoir jeté sur un coup de colère. Car s’était bien la colère qui l’avait conduit à faire ce geste inconsidéré. Qu’est-ce qu’il croyait en venant sur Terre, que tout allait marcher comme sur des roulettes, qu’il lui suffirait d’avoir un emploi, un appartement et qu’aussitôt il serait intégré à la population ? Il n’avait pas assez bien réfléchi à sa mission avant. Si cela avait été aussi simple, on ne l’aurait pas « expédié » sur cette Terre justement pour tester les possibilités d’adaptation d’un Jumarien à la vie Terrienne. Depuis qu’il est arrivé dans cette ville française, il ne s’est fait aucun « ami », comme disent les Terriens. Il travaille comme laveur de carreaux dans une société de nettoyage. Ce travail lui convient assez bien car il lui permet d’être plus ou moins en contact avec le ciel. Les bâtiments de verre de Juma lui manquent horriblement. Ici, tout est sombre, il y a des toitures presque partout, des volets, les portes ferment « à clef », autant de choses qui n’existent pas sur sa planète. Et puis, les gens ont l’air méfiants, ils le regardent toujours d’une drôle de façon. C’est sûrement à cause de son absence de cheveux et de sourcils. Ils doivent penser qu’il est malade. C’est dans un moment de révolte qu’il avait décidé de se débarrasser du capteur, pensant qu’en coupant le cordon avec les siens, il aurait beaucoup plus de chance de devenir un vrai Terrien.

— Bon, il faut que j’arrête de me lamenter, ça ne sert à rien, se dit-il en se levant du banc où il était assis depuis quelques minutes.

C’est samedi et il ne travaille pas. Ce matin, il s’est levé tôt pour tenter de voir le soleil se lever. Il est maintenant presque midi. Dans le jardin public, il croise des gens, les uns rient, d’autres se disputent. Deux jeunes filles se demandent si elles ne vont pas aller au cinéma dans l’après-midi pour revoir « La Guerre des Mondes ».

— Tiens, se dit Moïse, depuis que je suis arrivé ici, je n’y ai encore jamais mis les pieds dans leur « cinéma ». Après tout, je ferais bien de faire comme elles, ça me changerait les idées.

Dans l’après-midi, comme prévu, Moïse se rend au cinéma de son quartier où La Guerre des Mondes est à l’affiche. Quand il en sort, deux heures plus tard, on ne peut pas dire que son moral ait remonté. Au contraire, le film ne lui a pas plu du tout, il serait même plus en colère que le matin.

— Mais qu’est-ce c’est que ce film ? Ils sont tout juste capables d’aller sur la lune et ils croient tout savoir des êtres qui peuplent le cosmos. Ces Terriens me déçoivent de plus en plus.

Il est tellement pensif, qu’il bouscule, sans s’en rendre compte une femme qu’il croise sur le trottoir.

— Et l’ami, où tu vas comme ça ?

Moïse l’observe un instant. Quelle vulgarité se dégage de cette personne ! Il n’a pas encore compris pourquoi les Terriennes éprouvent le besoin de se maquiller de cette façon. Quelle différence avec les Jumariennes et les Jumayennes, des femmes qui, à l’image de leur planète, sont la discrétion même, portant toutes de grands bandeaux blancs et de longues tuniques amples d’une blancheur immaculée. En fait, le blanc est la teinte de prédilection sur Juma. Il n’y a pas de place pour la fantaisie là-bas. Quant aux maisons, elles seraient qualifiées par les Terriens de temples voire de pyramides. Faites de matériaux ressemblant au verre, au cristal et à l’argent, leurs dômes sont orientés vers le ciel afin d’être reliées à l’énergie cosmique. Les êtres comme les maisons sont transparents. Là-bas, rien ne se cache, pas d’individualisme, l’ensemble du peuple œuvre pour la communauté. Perdu dans ses pensées, il s’aperçoit qu’il a dépassé son appartement et se trouve devant une des cathédrales de la ville.

— Tiens, une de leurs fameuses « églises », ça me fend le cœur quand je pense de quelle manière ils ont détourné la religion des ancêtres de mes compatriotes Jumayens.

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