
Vengeance et séduction
Chapitre 3
Chapitre 5 : Les chaînes du passé
Le silence s'éternisa entre eux, lourd de non-dits et de révélations à peine formulées. Chancelle avait du mal à reprendre ses esprits. Sa bouche s'asséchait, et chaque respiration semblait plus difficile que la précédente. Ma famille ? Comment était-ce possible ? La question tourbillonnait dans sa tête, mais aucune réponse satisfaisante ne venait. Elle se détacha lentement de Lucas, reculant de quelques pas, comme si sa présence devenait insupportable.
"Tu veux dire que... ma propre famille ?" dit-elle, presque incapable de formuler la question. Ses yeux se durcirent, son regard se perdant dans le vide. Elle ne pouvait pas croire ce qu'il venait de dire.
Lucas, toujours là, la regardait avec une intensité douloureuse. Il semblait se débattre avec ses propres démons, cherchant comment expliquer cette vérité qui allait probablement tout détruire. "Oui," répondit-il, sa voix plus basse qu'à l'ordinaire. "Je ne pouvais pas te dire qui était impliqué... mais c'était un membre de ta famille. Quelqu'un que tu croyais proche."
Un frisson parcourut le dos de Chancelle. Son esprit se précipita vers les noms, les visages, les souvenirs. Tout se mélangeait, devenait flou. Qui, parmi les siens, pouvait être impliqué dans quelque chose de si grave ? Ses parents ? Ses cousins ? Ses frères et sœurs ?
"Tu es en train de me dire que quelqu'un dans ma famille a mis ma vie en danger ?" Sa voix était étranglée, le doute et l'incompréhension s'entrechoquant dans son esprit.
Lucas hocha la tête, les traits de son visage marqués par l'angoisse. "J'ai dû garder ça pour moi, Chancelle. Si tu savais... je savais que ça te briserait, que ça te changerait à jamais."
Chancelle se détourna, son corps tendu, ses mains tremblant. L'idée qu'un membre de sa famille ait pu la trahir ainsi semblait irréelle. C'était tout ce qu'elle avait redouté, tout ce qu'elle avait essayé d'éviter. Cette idée de trahison venait de son propre sang, et elle ne savait pas si elle pouvait en supporter le poids.
Elle inspira profondément, fermant les yeux un instant pour calmer les battements frénétiques de son cœur. "Alors, qu'est-ce que tu as fait ?" demanda-t-elle enfin, la voix dure, mais cachant un brin d'espoir. "Qu'est-ce que tu as fait pour me protéger ?"
Lucas ferma les yeux à son tour, le visage sombre. Il s'avança lentement, ses pas lourds, comme s'il portait un fardeau qu'il ne pouvait plus supporter. "J'ai fait des compromis, Chancelle. J'ai accepté de faire certaines choses pour neutraliser la menace. J'ai essayé de contrôler la situation. Mais je t'ai laissée dans l'ignorance, et ça... c'était une erreur."
Elle sentit un frisson la parcourir en entendant ses mots. "Tu as pris des décisions sans me consulter ?" demanda-t-elle, ses poings serrés. "Tu as fait des choix pour moi, sans me dire ce qui se passait réellement ?"
Lucas baissa la tête, incapable de la regarder. "Je pensais que c'était la meilleure chose à faire. Je voulais te protéger de tout ça. Mais aujourd'hui, je réalise que j'ai agi comme un idiot. J'aurais dû tout te dire. J'aurais dû te laisser prendre part à tout ça, même si ça te faisait mal."
Un éclat de colère perça en Chancelle, et elle se tourna brusquement vers lui. "Tu as agi comme si tu savais mieux que moi ! Comme si je n'étais pas capable de prendre mes propres décisions, comme si tu étais le seul à savoir ce qui était bon pour moi !" Sa voix tremblait de frustration et de déception. "Je ne suis pas un objet à protéger, Lucas. Je suis une personne, et j'ai le droit de savoir la vérité, même si elle est douloureuse."
Il recula légèrement, comme s'il se sentait accablé par la force de ses paroles. Chancelle, quant à elle, se tenait immobile, son corps tendu par la colère et la douleur de la trahison qu'elle ressentait. Comment pouvait-il penser qu'il était le seul à pouvoir prendre des décisions pour elle ? Comment pouvait-il la considérer comme faible au point de lui cacher la vérité pour la "protéger" ?
Lucas soupira, ses épaules se vissant sous le poids de ses regrets. "Je sais que tu as raison. Je ne devrais pas t'avoir écartée de tout ça, mais j'avais peur, Chancelle. Peur de te perdre, peur de te mettre en danger encore plus. Et maintenant, je suis prêt à tout te dire. Chaque détail, chaque mot. Mais avant ça, tu dois comprendre une chose : je t'aime. Et je n'ai jamais cessé de t'aimer."
Chancelle le fixa intensément, ses yeux pleins de larmes qu'elle retenait encore. Elle n'était pas prête à lui accorder le pardon qu'il semblait chercher, mais quelque part dans cette déclaration, elle sentait que la vérité était sur le point de se dévoiler.
"Je veux savoir, Lucas. Maintenant. Tout," dit-elle, la voix froide mais déterminée.
Il se laissa tomber dans le canapé, épuisé, comme s'il venait de tout lâcher. Il prit une profonde inspiration, cherchant le courage d'aller au bout de cette confession qui le rongeait depuis trop longtemps.
"Ta mère, Chancelle," commença-t-il enfin, sa voix brisée. "Elle a joué un rôle bien plus grand que tu ne peux l'imaginer dans tout cela. Elle savait que ta vie était en danger, et elle a tout fait pour cacher la vérité, pour me manipuler. Je n'avais pas d'autre choix que de me confronter à elle pour éviter que ça n'atteigne encore plus de gens... y compris toi."
Chancelle blêmit en entendant ces mots. Sa propre mère, celle qu'elle avait toujours considérée comme une femme forte et digne de confiance, était impliquée dans tout cela. L'idée même semblait inconcevable. Elle se sentit perdre pied, comme si le sol se dérobait sous ses pieds.
"Ma mère ?" murmura-t-elle, se repliant sur elle-même. "Non, ça ne peut pas être vrai..."
Lucas, penaud, baissa la tête. "Je n'ai jamais voulu te dire ça. Je n'ai jamais voulu que tu aies à faire face à ça. Mais tout ça vient de bien plus loin que ce que tu imagines. Et je ne peux pas tout réparer. Mais je te promets, je ferai tout pour te protéger maintenant. Même si ça veut dire affronter la vérité, aussi dévastatrice soit-elle."
Chancelle se leva lentement, le visage marqué par une tristesse infinie. "Tout ce que je croyais... tout ce que j'ai vécu, tout ce que j'ai ressenti avec ma famille... tout était basé sur des mensonges. Et toi, tu m'as laissée dans l'ignorance." Elle tourna la tête pour le regarder une dernière fois avant de se diriger vers la porte. "Je ne sais pas si je peux te pardonner, Lucas. Pas tout de suite."
Elle franchit la porte d'un pas lourd, emportant avec elle un océan de doutes et de questions sans réponse. Lucas resta là, seul avec ses regrets et la certitude qu'il venait de briser, une fois de plus, la confiance de la femme qu'il avait toujours aimée.
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