
Vendu à l'alpha intouchable
Chapitre 3
Point de vue d'Arissa
Je me tenais à genoux au centre de l'immense salle du trône, le dos droit malgré la douleur, le regard levé vers les yeux noirs et glacés de mon beau-père. Son visage était figé dans une neutralité terrifiante, comme une statue de pierre incapable de ressentir la moindre compassion. Ses lèvres étaient serrées, traçant une ligne dure qui annonçait déjà le verdict.
Il savait.
Il avait toujours su.
Dès mon retour, il avait été prêt à me faire jeter dans les profondeurs du donjon, sans même chercher à entendre ma version des faits. Le sort de Gillian lui était parvenu avant moi, et avec lui, ma condamnation.
- Je suis désolée..., murmurai-je d'une voix tremblante, incapable de retenir plus longtemps les mots qui me brûlaient la gorge. J'ai essayé de le sauver.
Je savais que mes paroles ne changeraient rien. Pourtant, je devais parler. Me taire aurait été pire encore.
- Je vous en prie... croyez-moi.
Je ne détournai pas les yeux. Même face à la peur, je refusais de baisser le regard.
Un silence pesant s'installa, avant qu'il ne se penche lentement vers moi.
- Penses-tu réellement que tes mots aient la moindre valeur ? demanda-t-il d'une voix basse et coupante.
- N... non, balbutiai-je.
Il se redressa, dominant la pièce de toute sa stature.
- Tu as laissé mourir mon fils. Et comme si cela ne suffisait pas, tu as abandonné son corps aux chasseurs, pour qu'ils en fassent ce qu'ils voulaient.
Je n'eus pas le temps de répondre. Il s'élança soudain vers moi, et sa main s'abattit violemment sur ma joue. L'impact me projeta au sol. Un craquement sec résonna dans la salle lorsque ma tête heurta les dalles froides.
Avant que je ne puisse reprendre mon souffle, il agrippa mes cheveux et tira brutalement, m'arrachant un gémissement de douleur.
- Donne-moi une seule bonne raison de ne pas te tuer ici et maintenant ! gronda-t-il.
La vérité était simple, cruelle, implacable.
- Je n'en ai aucune..., répondis-je faiblement.
Il n'y avait effectivement aucune raison pour qu'il m'épargne. J'avais toujours été une tache à ses yeux, un rappel vivant de ce qu'il méprisait. Cette tragédie lui offrait l'excuse parfaite pour se débarrasser de moi sans soulever la moindre objection.
- Sale chienne insolente !
Il tira plus fort encore, me soulevant presque du sol avant de me projeter à l'autre bout de la salle. Mon corps s'écrasa contre le mur dans un fracas sourd, et une douleur fulgurante traversa chacun de mes os.
- Emmenez-la ! rugit-il en direction des gardes postés près des portes. Enchaînez-lui aussi les pieds. Et dites au geôlier qu'elle ne doit pas recevoir une seule miette pendant une semaine.
- À vos ordres, répondit le chœur grave des soldats.
Un rire faible m'échappa alors que je m'effondrais sur le sol, incapable de lutter davantage. Je fermai les yeux. Après des années de souffrance, de coups et d'humiliations, tout semblait enfin toucher à sa fin. Peut-être allais-je enfin pouvoir mourir en paix.
Deux mois plus tard
Point de vue d'Ivan
Je levai les yeux vers l'arène monumentale d'où s'élevaient des cris de jubilation et de sauvagerie. Là-bas, des vies s'éteignaient sous les acclamations d'une foule avide de sang. C'était une forme de divertissement répugnante à mes yeux... mais l'une des préférées de mon frère.
Sans la pression incessante du conseil des anciens, je ne serais jamais venu dans un endroit pareil. Ils exigeaient un héritier, et pour cela, il me fallait un oméga. Une nécessité politique, rien de plus.
Le visage fermé, je pénétrai dans l'arène et me dirigeai vers la zone réservée, là où Isaac devait m'attendre. Il m'avait invité à choisir un oméga parmi les prisonniers destinés à mourir ici. Une reproductrice, selon ses propres mots. Créer un successeur et faire taire les anciens... la logique était implacable.
Alors que je gravissais les marches abruptes menant aux gradins principaux, Isaac apparut, descendant avec nonchalance.
Il portait une chemise blanche entrouverte qui laissait apparaître sa poitrine, un pantalon sombre parfaitement ajusté, et ses longs cheveux noirs étaient attachés en un chignon négligé. Sa moustache et sa barbe, plus fournies que dans mes souvenirs, accentuaient encore son sourire suffisant.
- Frère ! s'exclama-t-il en ouvrant grand les bras. Je commençais à croire que tu allais me poser un lapin.
- Impossible, répondis-je. J'ai simplement été retenu par quelques affaires.
- Allons, allons..., dit-il en passant un bras autour de mon cou. Le spectacle principal va commencer.
- Quelle joie..., marmonnai-je avec un sarcasme à peine dissimulé. Tu sais à quel point ce genre de chose m'ennuie.
Regarder des criminels lutter pour leur survie contre des bêtes sauvages ne m'apportait aucun plaisir. Je préférais la chasse, la vraie. Mais chacun ses goûts.
- La première combattante est spéciale, annonça Isaac avec un clin d'œil. Viens, Tania nous attend.
- Comment va-t-elle ? demandai-je tandis qu'il me guidait vers le sommet des gradins, sous la lumière aveuglante du jour.
- Comme toujours..., répondit-il. J'espère que ce combat lui remontera le moral.
Je connaissais la vérité. Depuis que sa fille avait été jetée au donjon pour la mort accidentelle de Gillian, Tania n'était plus que l'ombre d'elle-même. Isaac avait tenté de la consoler, sans succès.
- Cette combattante est si exceptionnelle que ça ? demandai-je en apercevant la femme assise au premier rang.
Elle avait vieilli prématurément. Sa peau autrefois éclatante était marquée de rides profondes, ses yeux cerclés de noir. Sa chevelure blond doré, jadis impeccable, semblait terne, et son corps amaigri témoignait d'un chagrin qui ne l'avait jamais quittée.
- On peut dire ça comme ça, répondit Isaac en prenant place à ses côtés, m'invitant à faire de même.
Je m'assis sur le banc de pierre, détournant bientôt le regard vers le centre de l'arène. Un lion y déchiquetait un homme sous les cris de la foule.
- Pauvre idiot..., soufflai-je lorsque la bête arracha la tête de sa proie. Rappelle-moi encore pourquoi tu prends plaisir à ce genre de spectacle.
- N'est-ce pas la justice parfaite ? répondit Isaac avec un air faussement surpris. Les pendre ou les torturer n'a rien de comparable avec une mort sanglante.
Je perçus alors une lueur inquiétante dans ses yeux, une excitation malsaine.
- Ah ! s'exclama-t-il soudain. La voilà !
- Elle ? répétai-je en suivant son regard.
Je plissai les yeux. Deux gardes massifs traînaient une silhouette frêle vers le centre de l'arène. Elle paraissait minuscule à côté d'eux. Ses longs cheveux blonds pendaient en mèches sales autour de son corps émacié. Elle n'était plus que peau et os. Son regard vide fixait droit devant elle, dépourvu de toute émotion. Sa peau trop pâle était couverte de cicatrices, de marques de fouet, de blessures anciennes et récentes. Elle ressemblait à une morte qui marchait encore... et pourtant, une étrange dignité émanait d'elle.
Un frisson me parcourut.
- Ce n'est pas... commençai-je, la reconnaissance me frappant de plein fouet.
- Exactement, répondit Isaac avec fierté. C'est Arissa.
Je tentai de superposer cette femme brisée à l'adolescente que j'avais connue autrefois, encore innocente, à l'aube de sa beauté. Comment était-il possible qu'elle ait fini ainsi ?
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